Un astronaute ayant passé 178 jours dans l’espace affirme que : « l’humanité vit dans le mensonge »
Auteur: Simon Kabbaj
Un voyage de 71 millions de miles qui bouleverse les certitudes

Passer 178 jours dans le vide spatial constitue une période suffisamment longue pour induire une réflexion profonde sur l’existence et les modes de vie humains. L’astronaute américain Ron Garan a fait l’expérience de cet isolement extrême loin de la surface terrestre.
Lors de ses missions, il a parcouru une distance totale de 71 millions de miles, ce qui correspond à 2 842 orbites complètes autour de la Terre. À son retour sur la terre ferme, cet homme s’est présenté profondément transformé par son expédition stellaire.
Depuis qu’il a retrouvé la gravité terrestre, son objectif principal consiste à persuader la population mondiale de modifier radicalement sa façon de vivre. Cette volonté de sensibilisation découle directement des observations inédites qu’il a pu mener en orbite.
L’effet de surplomb, un phénomène observé depuis l’expédition de Yuri Gagarine

Cette prise de conscience porte un nom scientifique : l’effet de surplomb, ou overview effect en anglais. Ce phénomène psychologique frappe plusieurs individus ayant eu le privilège d’observer la planète bleue depuis l’espace.
Le premier cas documenté remonte au mois d’avril 1961, lorsque le cosmonaute soviétique Yuri Gagarine est devenu la toute première personne à s’aventurer dans l’espace. Ce périple en altitude, lui offrant une vue d’ensemble sur la petitesse du monde, a provoqué un changement de perspective immédiat chez l’explorateur. Il a consigné cette impression dans un autographe : « En orbitant autour de la Terre dans le vaisseau spatial, j’ai vu à quel point notre planète est belle. Préservons et augmentons cette beauté, ne la détruisons pas. »
Selon une définition publiée par le magazine Time, l’effet de surplomb survient lorsque les astronautes perçoivent la Terre de très haut « comme un endroit où les frontières sont invisibles, où les conflits raciaux, religieux et économiques ne sont nulle part visibles ». C’est précisément cette sensation d’unité géographique globale qui déclenche le bouleversement cognitif.
Le constat implacable depuis la fenêtre de la Station Spatiale Internationale

Ron Garan s’inscrit dans cette lignée d’explorateurs marqués par l’effet de surplomb. Lors d’un entretien accordé au média Big Think, l’astronaute a partagé des souvenirs visuels extrêmement précis de son séjour en orbite : « Quand j’ai regardé par la fenêtre de la Station Spatiale Internationale, j’ai vu les éclairs des tempêtes qui ressemblaient à des flashs de paparazzis, j’ai vu des rideaux dansants d’aurores qui semblaient si proches que c’était comme si nous pouvions tendre la main et les toucher. »
La fragilité du bouclier terrestre a particulièrement retenu son attention lors de ses longues phases d’observation dans le vide stellaire. Il a ainsi précisé : « J’ai vu l’incroyable minceur de l’atmosphère de notre planète. À ce moment-là, j’ai été frappé par la réalisation dégriseuse que cette couche fine comme du papier maintient en vie chaque être vivant sur notre planète. »
Face à cette biosphère qu’il décrit comme « iridescente et grouillante de vie », l’astronaute affirme n’avoir vu aucune trace de l’économie mondiale. Il tire de ce contraste une conclusion radicale sur l’organisation des sociétés : « Mais puisque nos systèmes créés par l’homme traitent tout, y compris les systèmes mêmes de maintien de la vie de notre planète, comme la filiale en propriété exclusive de l’économie mondiale, il est évident, du point de vue de l’espace, que nous vivons un mensonge. »
Inverser nos priorités organisationnelles pour assurer la survie humaine

Selon les déclarations de Ron Garan, l’humanité doit modifier l’ordre de ses priorités avec une grande urgence. Il identifie l’obsession de notre société pour l’argent et l’économie comme la cause d’une dégradation irrémédiable de la planète.
Pour stopper ce phénomène, l’astronaute milite pour l’adoption d’une perspective véritablement planétaire dans les prises de décision. « Nous devons passer d’une pensée économie, société, planète à planète, société, économie. C’est à ce moment-là que nous allons continuer notre processus évolutif », a-t-il insisté lors de son témoignage. L’harmonie mondiale dépendrait, selon ses mots, de cette prise de recul : « Nous n’aurons pas la paix sur Terre tant que nous ne reconnaîtrons pas le fait fondamental de la structure interdépendante de toute réalité. »
Malgré la sévérité de son constat spatial, l’homme aux 2 842 orbites estime que la situation n’est pas encore désespérée. Il envisage une issue de secours collective : « Quand nous pourrons évoluer au-delà d’un état d’esprit bidimensionnel du nous contre eux, et embrasser la véritable réalité multidimensionnelle de l’univers dans lequel nous vivons, c’est alors que nous ne flotterons plus dans l’obscurité … et c’est un avenir dont nous voudrions tous faire partie. C’est notre véritable vocation. »
Le profond sentiment de tristesse de l’acteur William Shatner

Publicity photo of William Shatner for film, Brothers Karamazov via wikimedia public domaine
Les réflexions portées par Ron Garan et Yuri Gagarine trouvent un écho similaire chez de plus récents voyageurs de l’espace. En 2021, l’acteur William Shatner a effectué un vol spatial qui lui a inspiré des émotions d’une rare intensité, bien que teintées d’une dimension beaucoup plus sombre.
Lors d’une entrevue accordée au magazine spécialisé Variety, le comédien s’est confié sans détour sur le choc émotionnel ressenti une fois arrivé dans les étoiles. « C’était parmi les sentiments de deuil les plus forts que j’aie jamais rencontrés », a-t-il révélé. La perception du néant stellaire a considérablement amplifié son mal-être : « Le contraste entre la froideur vicieuse de l’espace et le chaleureux maternage de la Terre en bas m’a rempli d’une tristesse écrasante. »
Pour William Shatner, cette expédition a agi comme un révélateur frontal des impacts de l’activité humaine. Il a conclu son retour d’expérience par un constat définitif sur le temps biologique terrestre : « Chaque jour, nous sommes confrontés à la connaissance de destructions supplémentaires de la Terre de nos mains : l’extinction d’espèces animales, de la flore et de la faune … des choses qui ont mis cinq milliards d’années à évoluer, et soudainement nous ne les reverrons plus jamais à cause de l’interférence de l’humanité. »
Créé par des humains, assisté par IA.