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Des structures en pierre de 120 mètres retrouvées au large de la côte française, datant de 7 000 ans, probablement créées par l’homme.
Crédit: lanature.ca (image IA)

L’intuition d’un géologue face aux cartes des fonds marins

credit : lanature.ca (image IA)

L’océan atlantique dissimulait un secret imposant au large des côtes de l’ouest de la France. Des chercheurs y ont identifié une ancienne structure d’origine humaine, dont la construction remonte à environ 7 000 ans. L’histoire de cette trouvaille commence en 2017, lorsqu’un géologue français à la retraite, Yves Fouquet, étudie des relevés cartographiques des fonds marins environnant l’île de Sein, réalisés grâce à une technologie de modélisation par laser.

Sur ces cartes bathymétriques de haute précision, une formation particulière attire immédiatement l’attention du scientifique. Elle s’étire sur 120 mètres, soit 394 pieds, à travers le fond de l’océan. Aux yeux du chercheur, cet aménagement semble artificiel et mérite incontestablement une investigation approfondie de la part de la communauté scientifique.

« Juste au large de Sein, j’ai vu cette ligne de 120 m bloquant une vallée sous-marine, » explique Yves Fouquet à BBC News. Il précise la nature de son étonnement initial face à la topographie des lieux : « cela n’avait aucun sens d’un point de vue géologique. » L’hypothèse d’une intervention humaine antique prend alors forme, ouvrant la voie à de futures expéditions.

L’exploration sous-marine et l’identification des mégalithes

credit : lanature.ca (image IA)

Les observations du géologue débouchent sur une véritable campagne d’exploration archéologique qui débute en 2022. Les premières plongées s’avèrent laborieuses, les scientifiques étant gênés par une abondante couverture d’algues qui complique considérablement le travail de cartographie de la structure. Les expéditions se poursuivent néanmoins sans relâche jusqu’en 2024, permettant à l’équipe de confirmer la présence bien réelle de ces agencements de pierre.

Les plongeurs découvrent un imposant mur de 120 mètres, baptisé TAF1, entouré d’une douzaine d’autres aménagements façonnés par l’homme. Les archéologues se retrouvent face à une architecture complexe, impliquant des techniques d’assemblage surprenantes. À ces profondeurs, dans l’ouest de la France, l’équipe souligne qu’il n’existe aucune autre découverte similaire connue.

« La découverte la plus remarquable est la présence de nombreux monolithes verticaux et dalles érigés sur les sommets de TAF1 et TAF2A, » écrivent les chercheurs dans leur rapport. Ils détaillent la rigueur géométrique de cette installation antique : « Dans les zones les mieux préservées, les monolithes forment deux lignes parallèles espacées d’environ 1,5 m [5 pieds]. »

Une datation qui repousse l’histoire des premières constructions

credit : lanature.ca (image IA)

Cette architecture immergée bouscule la chronologie établie des premières constructions monumentales de la préhistoire. Les estimations de l’équipe placent la création de ce vaste complexe entre 5 800 et 5 300 avant notre ère. Cette fenêtre temporelle correspond à une phase charnière de l’évolution humaine, marquant la transition entre la période du Mésolithique et celle du Néolithique.

Au moment de l’édification de ces impressionnants murs de pierre, la physionomie des côtes ne ressemblait en rien à celle que nous connaissons aujourd’hui. Les niveaux marins de la région s’avéraient significativement plus bas. Les scientifiques expliquent que lors de sa conception initiale, l’installation se retrouvait probablement recouverte par l’océan à marée haute, puis totalement exposée à l’air libre lors de la marée basse.

Cette ancienneté confère au site une importance archéologique de premier plan. Si la datation se confirme définitivement, cet assemblage au large de Sein pourrait précéder de plusieurs siècles les premières structures mégalithiques découvertes ailleurs. Un tel chantier soulève d’innombrables questions sur le savoir-faire des populations de l’époque et sur la finalité d’un tel aménagement littoral.

Piège à poissons géant ou muraille contre l’océan ?

credit : lanature.ca (image IA)

Les scientifiques explorent deux hypothèses majeures concernant l’utilité de cette bâtisse antique. Il s’agirait soit d’un piège ingénieux destiné à capturer des poissons, soit d’un rempart massif conçu pour protéger le rivage des assauts de l’océan. La piste de la pêcherie s’appuie sur des observations comparatives réalisées dans le même secteur géographique.

« Il existe des similitudes architecturales entre ces structures et les pêcheries décrites dans l’archipel de Molène, à 40 km [25 miles] au nord de l’île de Sein, » notent les chercheurs. Ils précisent toutefois que le site de Sein se distingue par une échelle beaucoup plus grandiose et une élaboration supérieure, prenant explicitement en compte les forces de l’océan. « La dissymétrie et la largeur de TAF1 suggèrent que de la pierre a été délibérément ajoutée pour renforcer la résistance de la structure à l’hydrodynamique du côté nord, qui est exposé à la houle, » ajoute l’équipe.

Dans le cas d’un piège à poissons, l’installation a vraisemblablement servi pendant plusieurs siècles. La présence de blocs supplémentaires ajoutés sur le site est interprétée comme la preuve de travaux d’entretien tardifs. Les dimensions restent cependant un peu vastes pour une simple structure de pêche. L’équipe considère de ce fait le rôle de protection côtière comme une possibilité envisageable, bien que cette option soit jugée moins probable face aux données actuelles.

Les légendes bretonnes ravivées par la science

credit : lanature.ca (image IA)

Dans un ajout divertissant, bien que beaucoup plus spéculatif, l’équipe établit un lien entre cette trouvaille et une célèbre légende bretonne. Les archéologues évoquent le mythe de la ville engloutie d’Ys, une cité légendaire supposément située à 10 kilomètres, soit 6 miles, à l’est du site archéologique découvert.

« Il est probable que l’abandon d’un territoire développé par une société hautement structurée se soit profondément enraciné dans les mémoires des populations, » analysent les auteurs de l’étude. Ils tentent de comprendre comment la géologie façonne les mythes : « La submersion causée par la montée rapide du niveau de la mer, suivie de l’abandon des structures de pêche, des ouvrages de protection et des lieux d’habitation, a dû laisser une impression durable. »

Les conclusions complètes de cette recherche sont publiées dans la revue scientifique de référence, l’International Journal of Nautical Archaeology. Les chercheurs insistent sur le fait que des études supplémentaires demeurent nécessaires pour confirmer la découverte et l’investiguer plus en profondeur. Ils recommandent la rigueur scientifique avant de s’enthousiasmer excessivement pour des cités perdues légendaires.

Selon la source : iflscience.com

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