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Nous savons désormais à quoi sentaient les rituels religieux romains antiques : « C’est une invitation aux dieux et aussi une forme de purification. »
Crédit: Image courtesy of the Ministero della Cultura – Parco Acheologico di Pompei

Les rituels protecteurs du quotidien pompéien

Les habitants de l’ancienne cité de Pompéi pratiquaient des rites religieux réguliers au sein de leurs domiciles. Pour ce faire, ils utilisaient de luxueuses résines d’encens importées, dont l’origine se situait bien au-delà des frontières de l’Empire romain. Ces offrandes sacrificielles étaient vraisemblablement destinées à purifier les demeures, tout en invitant les dieux à accorder leur protection au foyer, à ses membres ainsi qu’à leurs biens.

L’utilisation de l’encens à de telles fins est largement décrite par de nombreux auteurs romains de l’époque. Les archéologues découvrent d’ailleurs fréquemment des brûle-parfums lors des fouilles de sites antiques. Les ingrédients précis qui composaient ces offrandes fumantes restaient toutefois indéterminés jusqu’à ce que des travaux récents n’apportent des réponses claires.

L’éruption catastrophique du mont Vésuve survenue en 79 de notre ère a eu un effet totalement fortuit pour la science. Les cendres volcaniques ont permis la préservation parfaite des résidus sur les brûle-parfums disséminés dans toute la ville au destin tragique, offrant un témoignage figé dans le temps aux chercheurs d’aujourd’hui.

L’analyse minutieuse des autels par la science

credit : lanature.ca (image IA)

Afin de percer le mystère de ces récipients, les chercheurs ont déployé une combinaison complexe de microscopie et de spectroscopie. Ces techniques d’analyse de pointe ont permis d’examiner les restes carbonisés prélevés sur deux encensoirs pompéiens. Les résultats ont révélé un mélange enivrant constitué de plantes et de résines anciennes.

Parmi les essences de bois détectées au cœur de ces résidus, les scientifiques ont identifié le chêne, le laurier et le mûrier. Il reste à ce jour difficile de déterminer si ces éléments végétaux servaient de simple combustible pour alimenter le feu ou s’ils faisaient partie intégrante de l’offrande d’encens à proprement parler.

Les écrits historiques apportent un éclairage culturel sur le choix de ces matériaux. Les textes rédigés par Pline l’Ancien indiquent notamment que le chêne pouvait être directement associé au dieu Jupiter. Le laurier, de son côté, était parfois brûlé en l’honneur d’Apollon lors de certaines cérémonies sacrées.

L’élémi, une résine mystérieuse venue de loin

credit : lanature.ca (image IA)

De multiples textes anciens font référence à la combustion sacrificielle de résines aromatiques telles que l’oliban, l’encens traditionnel. Les conclusions de cette recherche offrent la toute première détection archéologique de ces composants à l’intérieur de véritables brûle-parfums de l’époque. Le docteur Johannes Eber, de l’Université de Zurich et auteur de l’étude, a partagé le fruit de ces analyses.

« Étonnamment, la résine que nous avons trouvée n’est pas du véritable encens – qui provient principalement d’Arabie – mais est une autre résine d’un autre type d’arbre qui ne pousse qu’en Inde ou dans la forêt tropicale africaine, » précise le chercheur. Cette résine spécifique est connue sous le nom d’élémi. Elle est extraite d’un arbre appartenant à la même famille des Burséracées que l’oliban, présentant néanmoins des propriétés légèrement différentes.

S’adressant à la publication IFLScience, Johannes Eber a détaillé ce point : « les Égyptiens utilisaient l’élémi dans le processus de momification, mais c’est la première fois que nous trouvons cette résine dans un contexte romain. » La présence de cet ingrédient particulièrement exotique à Pompéi indique que cette ville de province était parfaitement connectée à des réseaux de commerce mondial s’étendant jusqu’en Asie et en Afrique subsaharienne.

Le rituel du vin et de la fumée

credit : Image courtesy of the Ministero della Cultura – Parco Acheologico di Pompei

En accompagnement de cette résine lointaine, l’équipe de recherche a identifié d’infimes traces d’un produit à base de raisin, vraisemblablement du vin. Cette combinaison singulière pourrait correspondre à un type de rituel sacrificiel romain désigné sous le nom de praefatio. Cette pratique consistait à faire brûler simultanément du vin et de l’encens sur l’autel.

Représentée dans de nombreuses œuvres d’art antiques, cette offrande courante était fortement associée au culte funéraire du début de la période impériale. La fusion des éléments liquides et solides créait une dynamique particulière lors de l’exécution de ces cérémonies domestiques.

« Vous pouvez imaginer la fumée de l’encens s’élevant alors que le vin sur l’autel s’évapore, créant une connexion visuelle avec le royaume des divinités, » décrit le docteur Johannes Eber. Le spécialiste poursuit son explication sur le sens de cette pratique : « C’est donc une invitation aux dieux et c’est aussi une sorte de purification en raison de l’odeur et de la fumée. »

Un ingrédient spécial au rythme du quotidien

credit : lanature.ca (image IA)

Selon les éléments avancés par Johannes Eber, de tels rituels auraient été exécutés dans les foyers à travers toute la ville de Pompéi « sur une base mensuelle ou même quotidienne ». La vocation principale de ces gestes répétés était de demander la protection des dieux et de s’assurer une prospérité durable pour les habitants de la maison.

De tels actes sacrificiels sont extrêmement bien documentés dans l’histoire de la Rome antique. La grande surprise mise en lumière par cette étude réside dans le fait que ces rites pourtant si communs impliquaient l’utilisation d' »un ingrédient assez spécial », exigeant des chaînes d’approvisionnement lointaines.

L’ensemble de ces travaux inédits a été publié dans la revue scientifique Antiquity. Ils permettent de reconstituer avec une précision moléculaire l’environnement olfactif qui baignait les demeures de l’époque, matérialisant le lien invisible que les Romains entretenaient avec leurs divinités protectrices.

Selon la source : iflscience.com

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