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 Quels pays seraient exposés aux retombées radioactives si la centrale de Bushehr en Iran était frappée ?
Crédit: lanature.ca (image IA)

Une alerte sécuritaire historique au Moyen-Orient

Khamenei.ir via wikimedia CC BY 4.0

Le 5 avril 2026, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a formulé l’une des mises en garde les plus explicites de l’histoire moderne du Moyen-Orient concernant la sécurité nucléaire. Il a affirmé que les frappes continues contre la centrale nucléaire iranienne de Bouchehr pourraient déclencher des retombées radioactives capables de dévaster plusieurs nations du Golfe. Selon lui, l’installation a été « bombardée » à quatre reprises depuis le déclenchement de la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran, le 28 février de la même année. Cette déclaration est intervenue peu de temps après qu’un projectile a touché les abords de la centrale, entraînant la mort d’un membre de l’équipe de sécurité.

À la suite de cette attaque, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a pris la parole. S’appuyant sur les confirmations fournies par les autorités iraniennes, l’organisme mondial a indiqué qu’il n’y avait « aucune augmentation des niveaux de radiation » dans l’immédiat. Néanmoins, l’attention internationale reste focalisée sur cette infrastructure unique. Située sur la côte sud-ouest de l’Iran et faisant directement face au golfe Persique, Bouchehr est l’unique réacteur commercial opérationnel du pays. Il s’agit d’un réacteur à eau pressurisée VVER-1000 de 915 mégawatts, construit en partenariat avec la société nucléaire d’État russe Rosatom, et mis en service en 2013.

Le fonctionnement d’une telle installation repose sur l’utilisation de réactions nucléaires contrôlées pour produire de la chaleur, qui actionne ensuite des turbines à vapeur pour générer de l’électricité. Toute perturbation des systèmes de refroidissement, du stockage du combustible ou du cœur du réacteur menace de libérer des quantités massives de matières radioactives dans l’air, l’eau et les sols environnants. La propagation de ces particules, connue sous le nom de retombées radioactives, expose les populations à des rayonnements ionisants capables de déplacer les électrons des atomes et d’endommager l’ADN des cellules vivantes. À forte dose, les conséquences sont graves et instantanées, tandis qu’à des doses plus faibles réparties dans le temps, le risque principal réside dans l’apparition de cancers pouvant persister sur plusieurs générations.

L’AIEA face au scénario d’une fusion nucléaire

IAEA Imagebank — Rafael Mariano Grossi (00110002) via wikimedia CC BY 2.0

Le niveau de risque entourant le site de Bouchehr est scruté de près par les instances internationales. Dès juin 2025, le directeur général de l’AIEA, Rafael Mariano Grossi, s’était adressé au Conseil de sécurité des Nations unies pour souligner l’urgence de la situation. Il avait alors désigné l’installation iranienne, qui abrite des milliers de kilogrammes de matières nucléaires, comme le lieu « où les conséquences d’une attaque pourraient être les plus graves ». Devant les diplomates, il avait formulé une mise en garde explicite : « en cas d’attaque contre la centrale nucléaire de Bouchehr, un coup direct pourrait entraîner un très fort rejet de radioactivité dans l’environnement. »

Cependant, le danger ne se limite pas à un impact direct sur le bâtiment abritant le réacteur. Rafael Grossi a également prévenu qu' »une frappe qui désactiverait les deux seules lignes fournissant de l’énergie électrique à la centrale pourrait provoquer la fusion du cœur de son réacteur, ce qui pourrait entraîner un très fort rejet de radioactivité dans l’environnement. » Ce second scénario, déclenché par une perte d’alimentation du système de refroidissement, s’avère particulièrement redouté puisqu’il suffirait de couper des lignes électriques situées à plusieurs centaines de mètres pour provoquer une chaîne d’événements catastrophiques. Un tel incident exigerait des ordres d’évacuation sur plusieurs centaines de kilomètres, touchant des pays au-delà des frontières iraniennes.

Face à la multiplication des incidents, la quatrième frappe a été qualifiée par le chef de l’AIEA d’acte franchissant « la ligne la plus rouge ». Rafael Mariano Grossi a réitéré le principe selon lequel les centrales nucléaires ne doivent être prises pour cibles sous aucun prétexte. En parallèle, les autorités devraient administrer des comprimés d’iode aux populations de la zone affectée et potentiellement restreindre l’approvisionnement alimentaire en raison du risque de contamination. Ce constat dresse le tableau d’une situation s’approchant dangereusement d’un seuil critique aux conséquences irrémédiables.

La diplomatie mondiale face à l’accusation de deux poids, deux mesures

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L’argumentaire du ministre iranien des Affaires étrangères s’est largement construit autour d’une comparaison avec le conflit en Europe de l’Est. Abbas Araghchi a interpellé les nations occidentales sur leur silence concernant Bouchehr, en contraste avec leurs réactions lors de l’attaque par les forces russes de la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijia en mars 2022. Cet événement, qui avait provoqué un incendie majeur, avait poussé le Royaume-Uni et l’Ukraine à convoquer une réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations unies. L’ONU, les États-Unis, l’Union européenne et des dizaines d’autres pays avaient immédiatement condamné l’action, tandis que l’OTAN avertissait que toute retombée radioactive atteignant un État membre déclencherait son mécanisme de défense collective.

Pour mettre en évidence cette disparité, Abbas Araghchi a déclaré : « Rappelez-vous l’indignation occidentale face aux hostilités près de la centrale nucléaire de Zaporijia en Ukraine ? » Il a ensuite ajouté un avertissement direct aux pays voisins : « Les retombées radioactives mettront fin à la vie dans les capitales du CCG, pas à Téhéran. » Dans une lettre envoyée au secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, quelques heures après la frappe du 4 avril, il a affirmé que ces attaques « exposent l’ensemble de la région à un risque grave de contamination radioactive avec de graves conséquences humaines et environnementales. »

La dimension diplomatique de cette crise s’accompagne d’une rhétorique de plus en plus tendue à l’échelle internationale. L’Organisation iranienne de l’énergie atomique a formellement demandé à l’AIEA de condamner ces frappes. Son chef, Mohammad Eslami, a écrit au directeur général Rafael Grossi, décrivant ces actes comme « une violation flagrante du droit international et un exemple de crime de guerre ». Ce climat d’escalade fait écho à d’autres tensions globales, comme le souligne une actualité connexe largement diffusée à la même période : « Lisez aussi : La Russie met en garde contre une Troisième Guerre mondiale inévitable, qualifiant les dirigeants occidentaux de ‘porcs' ».

La géographie du Golfe : un piège naturel

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La topographie de la région confère à la centrale de Bouchehr un statut singulier. Le golfe Persique est une étendue d’eau étroite et semi-fermée, dont la largeur peine à atteindre 200 kilomètres par endroits. Il est bordé de villes côtières densément peuplées et d’infrastructures énergétiques majeures, sans la moindre zone tampon naturelle. Par sa position, Bouchehr se trouve nettement plus proche du Koweït, de Bahreïn et du Qatar que de la capitale iranienne, Téhéran. Sur la côte opposée, des villes saoudiennes telles que Dammam, Dhahran et Al Khobar ne sont situées qu’à environ 400 kilomètres de l’installation nucléaire.

La dynamique des éléments naturels aggrave considérablement le profil de risque. Les vents dominants de la région soufflent généralement de l’Iran vers les États du Golfe, tandis qu’au nord, les monts Zagros forment une barrière physique qui redirigerait inévitablement la dispersion aérienne vers le sud et l’ouest. Les courants marins, quant à eux, se chargeraient de transporter toute contamination à travers ces eaux partagées. Les lois de la physique régissant cette région suggèrent ainsi que l’Iran pourrait encaisser l’impact militaire initial, laissant à ses voisins le soin de supporter les conséquences radiologiques. Des recherches publiées dans la revue Science and Global Security révèlent que, parmi les métropoles du Golfe, Doha serait la plus vulnérable aux problèmes de sécurité de l’eau liés à une contamination des eaux par le Césium-137, en raison de sa dépendance quasi totale au dessalement et d’une forte probabilité d’exposition dépassant les seuils de sécurité.

Cette fragilité face à la contamination aquatique est l’élément qui rend Bouchehr particulièrement dangereuse par rapport à toutes les autres centrales nucléaires mondiales. Une analyse des endroits les plus dangereux dans un conflit mondial en escalade fournit un contexte supplémentaire sur la façon dont la proximité des zones de conflit façonne le risque civil. Toute dispersion de matières radioactives se transformerait en un piège écologique semi-permanent, la faible profondeur du Golfe et sa circulation d’eau restreinte ralentissant considérablement la dissipation des polluants, dans un espace maritime partagé où 18 nations puisent leur eau et pratiquent la pêche.

Le dessalement menacé : une crise de l’eau inévitable

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Au-delà de l’explosion initiale, l’impact le plus critique d’une attaque majeure sur Bouchehr concernerait l’approvisionnement en eau potable de multiples nations souveraines. La région du Golfe abrite plus de 400 usines de dessalement, qui génèrent environ 40 % de l’eau dessalée à l’échelle mondiale en puisant directement dans les eaux marines. La dépendance à cette technologie est colossale : elle fournit 99 % de l’eau potable du Qatar, 90 % des besoins du Koweït et de Bahreïn, 70 % de ceux de l’Arabie saoudite et 42 % de ceux des Émirats arabes unis. Ces pays, membres du CCG, regroupent une population combinée dépassant les 50 millions d’habitants.

Les simulations menées par les autorités qataries indiquent qu’une contamination consécutive à une attaque rendrait l’eau de mer impropre au dessalement. Le Premier ministre du Qatar, Cheikh Mohammed bin Abdulrahman bin Jassim Al Thani, a prévenu qu’une telle éventualité entraînerait un épuisement rapide des réserves, risquant de transformer un incident nucléaire en une crise humanitaire transnationale. Il a résumé la situation sans détour : « Pas d’eau, pas de poisson, rien – pas de vie. » Alan Eyre, du Middle East Institute, a précisé à la chaîne Al Jazeera que même si la concentration radioactive dans l’atmosphère n’atteignait pas immédiatement les niveaux observés à Tchernobyl, la menace pesant sur l’eau demeure le péril principal.

Les analystes soulignent que l’introduction d’une « quantité appréciable » de radioactivité dans l’eau de mer suffirait à « arrêter complètement le dessalement ». Les installations actuelles, conçues pour extraire le sel, ne possèdent pas la capacité de filtrer les isotopes radioactifs à grande échelle. La présence de Césium-137 ou d’Iode-131 imposerait la fermeture immédiate des usines sous peine de distribuer de l’eau contaminée. Le Césium-137 se distingue par sa persistance : il se propage par le vent et l’eau, contamine les sols et l’alimentation, subsiste des décennies dans l’environnement, inflige de graves brûlures cutanées en cas d’exposition rapprochée et augmente drastiquement les risques de cancer au sein des populations touchées.

Les conséquences biologiques et les leçons de l’histoire

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La gravité de cette urgence de santé publique se comprend à travers l’effet des rayonnements ionisants sur les tissus humains. Dépourvu de récepteurs sensoriels pour la radiation, le corps peut absorber une dose mortelle sans le moindre symptôme pendant des heures. Le syndrome d’irradiation aiguë, ou mal des rayons, survient après une exposition soudaine à forte dose lorsque les radiations pénètrent les organes internes. Les symptômes, tels que nausées, vomissements, maux de tête et diarrhées, apparaissent en quelques heures et peuvent mener au décès dans les jours ou semaines suivantes. De légers symptômes peuvent se manifester dès des doses de 0,3 Gray. À partir de 200 rem et plus, les dommages s’aggravent, affectant le cerveau, la thyroïde, le sang, le cœur, le tractus gastro-intestinal, le système reproducteur et même les cheveux.

L’exposition prolongée à des doses plus faibles induit des risques à long terme, notamment des myélomes multiples, des lymphomes non hodgkiniens, ainsi que des cancers de la thyroïde, du poumon, de l’estomac et d’autres organes. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) indique que les bombardements atomiques ont démontré une augmentation significative du risque de cancer chez les individus ayant reçu des doses supérieures à 100 millisieverts. Les enfants âgés de 0 à 18 ans sont particulièrement exposés au cancer de la thyroïde, car l’iode radioactif libéré lors des urgences nucléaires se concentre dans cette glande s’il est inhalé ou ingéré. Par ailleurs, des recherches de la revue MDPI Medicina confirment que les accidents nucléaires engendrent également de profonds effets sociaux et psychologiques. Une étude exploratoire de 2021, parue dans l’International Journal of Environmental Research and Public Health de MDPI, révèle que survivre à une catastrophe nucléaire est lié à des niveaux accrus de SSPT, de dépression et d’anxiété, les taux les plus élevés frappant les travailleurs de décontamination, les riverains du réacteur et les évacués.

L’histoire offre deux précédents majeurs concernant la défaillance des infrastructures nucléaires civiles, bien qu’aucun ne se soit produit dans un espace maritime fermé bordé de nations en stress hydrique. En avril 1986, la destruction du réacteur de Tchernobyl en Ukraine a causé la mort de 30 travailleurs en quelques semaines et irradié plus d’une centaine d’autres. Les autorités ont dû évacuer environ 115 000 personnes des environs, puis relocaliser 220 000 personnes en Biélorussie, en Fédération de Russie et en Ukraine, les scientifiques estimant que l’exposition à l’iode-131 générera à terme quelque 16 000 cancers de la thyroïde supplémentaires. En 2011, à Fukushima au Japon, 160 000 résidents ont été évacués suite aux fusions de réacteurs provoquées par un séisme et un tsunami. Si un seul décès par cancer du poumon a été officiellement attribué aux travaux de nettoyage, le Comité scientifique des Nations unies pour l’étude des effets des rayonnements ionisants (UNSCEAR) a confirmé que le stress de l’évacuation, les traumatismes et les perturbations générales ont entraîné des milliers de décès supplémentaires, les conséquences psychologiques surpassant souvent les effets radiologiques pendant des décennies.

Droit international et protocoles d’urgence

La protection des installations nucléaires en période de conflit armé est strictement encadrée par le droit international humanitaire. Les Protocoles additionnels I et II aux Conventions de Genève de 1949 prévoient des dispositions spécifiques à ce sujet. L’article 56 du Protocole additionnel I interdit de manière explicite les attaques contre les centrales nucléaires. De plus, lancer une offensive contre ce type d’infrastructure peut, sous certaines conditions, être qualifié de crime de guerre. Le Comité international de la Croix-Rouge a rappelé que les centrales ne peuvent être attaquées sous le simple prétexte qu’elles seraient devenues des objectifs militaires, si cette action risque de libérer des forces dangereuses causant des pertes civiles graves, une protection qui s’étend également aux objectifs militaires situés à proximité immédiate.

Face à l’escalade, l’Organisation iranienne de l’énergie atomique a écrit pour qualifier ces frappes de crime de guerre, tandis que l’AIEA a réclamé une « retenue maximale ». La Russie, dont l’entreprise d’État Rosatom a construit et cogère partiellement la centrale de Bouchehr, a condamné ces événements. Le PDG de Rosatom, Alexei Likhachev, a déclaré : « La probabilité d’un risque de dommage ou d’un incident nucléaire potentiel ne fait, malheureusement, qu’augmenter, comme l’ont confirmé les événements de ce matin. » À la suite de la quatrième frappe du 4 avril, Rosatom a procédé à l’évacuation de son personnel, une opération concernant 198 travailleurs, qui aurait été coordonnée entre de hauts responsables des Forces de défense israéliennes (IDF) et des dignitaires russes.

Pour le grand public, l’évolution de la situation requiert de la vigilance et le suivi des consignes officielles. L’AIEA surveille activement les niveaux de radiation dans et autour des installations iraniennes et sera la première à confirmer tout rejet majeur. Pour les personnes résidant dans les pays du Golfe, les directives de l’OMS en cas d’urgence nucléaire reposent sur trois actions fondamentales : se mettre à l’abri à l’intérieur, y rester jusqu’à ce que la sortie soit sûre, et écouter les canaux d’information officiels pour suivre les instructions. Les comprimés d’iodure de potassium (KI), efficaces pour bloquer l’entrée de l’iode radioactif dans la thyroïde, ne doivent être pris que sur instruction des autorités et non à titre préventif quotidien, leur efficacité étant liée au moment de la prise après l’exposition. Ce dossier ne concerne plus seulement une usine sur une côte, mais la trajectoire d’un conflit qui a déjà ciblé des infrastructures nucléaires civiles à quatre reprises en cinq semaines.

Selon la source : thebulletin.org

Créé par des humains, assisté par IA.

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