La saison des ouragans dans l’Atlantique 2026 devrait inverser la tendance récente, en raison d’un phénomène El Niño lié à El Niño
Auteur: Mathieu Gagnon
Les premières prévisions chiffrées de l’université du Colorado

Les scientifiques du climat se penchent déjà sur l’avenir de l’océan Atlantique. L’université d’État du Colorado (CSU) vient de publier ses premières projections concernant la saison des ouragans 2026, qui s’étendra de début juin à la fin du mois de novembre. Les modélisations initiales dessinent les contours d’une période légèrement moins mouvementée que la norme météorologique habituelle.
Dans le détail, les spécialistes estiment que le bassin atlantique verra la formation de 13 tempêtes nommées au cours de ces six mois. Parmi ces phénomènes, environ six devraient atteindre le stade d’ouragan, et deux se transformer en ouragans majeurs, ce qui correspond à une catégorie 3 ou supérieure sur l’échelle de Saffir-Simpson.
Ces projections représentent environ 75 % de l’activité enregistrée lors d’une saison moyenne calculée sur la période de référence allant de 1991 à 2020. À titre de comparaison, la norme à long terme s’établit annuellement à 14 tempêtes nommées, dont sept ouragans classiques et trois ouragans considérés comme majeurs.
Probabilités d’impact et gestion de l’incertitude

Les probabilités qu’un phénomène dévastateur touche les terres s’affichent à la baisse par rapport aux données historiques. Le rapport pointe un risque de 32 % qu’un ouragan majeur frappe le littoral des États-Unis cette année, contre une moyenne à long terme de 43 %. La côte Est voit ses risques d’impact chuter à 15 %, contre une moyenne habituelle de 21 %. Le constat est similaire pour la côte du golfe du Mexique, avec une probabilité évaluée à 20 %, contre 27 % en temps normal.
Phil Klotzbach, chercheur principal au département des sciences de l’atmosphère de la CSU et auteur principal du rapport, rappelle la fragilité de ces projections printanières. Dans une déclaration, il précise : « Jusqu’à présent, la saison des ouragans 2026 présente des caractéristiques similaires aux saisons 2006, 2009, 2015 et 2023. Nos saisons analogues allaient d’une activité cyclonique dans l’Atlantique bien inférieure à la moyenne à légèrement supérieure à la moyenne. »
Il détaille par la suite la variabilité inhérente à ces données préliminaires : « Bien que la moyenne de nos saisons analogues soit quelque peu inférieure à la normale, la grande dispersion de l’activité observée au cours de ces années analogues souligne les niveaux élevés d’incertitude qui sont typiquement associés à nos prévisions du début d’avril. » Pour affiner ces modèles, l’équipe de la CSU publiera des mises à jour le 10 juin, le 8 juillet et le 5 août.
Le lourd bilan des années précédentes

Cette prévision de relative accalmie contraste singulièrement avec les bouleversements météorologiques récents. La saison 2025 s’est illustrée par sa grande violence, avec une activité atteignant environ 105 % par rapport à la moyenne habituelle. L’année a été dominée par des événements climatiques d’une rare intensité qui ont laissé des traces profondes dans les territoires touchés.
Le phénomène le plus marquant reste sans conteste l’ouragan Melissa, un cyclone de catégorie 5 qui a directement frappé la Jamaïque. Son passage a causé près de 9 milliards de dollars de dégâts matériels et a entraîné la mort de 95 personnes recensées à travers les Caraïbes. Un bilan humain et économique particulièrement lourd pour l’ensemble de la région.
Ces destructions massives s’inscrivent dans la continuité directe de l’année précédente. La saison 2024 s’était déjà signalée comme étant extraordinairement active et destructrice pour le bassin atlantique, marquant les mémoires par la violence de ses tempêtes, dont le tristement célèbre ouragan Milton, devenu un symbole des ravages cycloniques de cette période.
Le rôle déterminant du courant El Niño

La saison officielle des ouragans dans l’Atlantique s’ouvre chaque année le 1er juin pour s’achever le 30 novembre, avec un pic d’intensité historiquement observé entre la mi-août et la mi-octobre. Durant cette fenêtre de six mois, les eaux chaudes du bassin atlantique agissent comme un carburant thermique, donnant naissance à certaines des tempêtes les plus puissantes et destructrices de la planète.
La principale raison avancée par les experts de la CSU pour justifier cette baisse d’activité en 2026 repose sur les prévisions d’un fort phénomène El Niño. Cette configuration climatique récurrente se définit par des eaux plus chaudes que la moyenne dans la partie orientale et centrale de l’océan Pacifique tropical. Ses répercussions se font sentir à l’échelle planétaire, impactant le climat mondial et les schémas météorologiques d’une multitude de manières, ce qui inclut le comportement des ouragans atlantiques.
Concrètement, l’élévation des températures dans le Pacifique génère des vents d’ouest en altitude plus forts au-dessus des Caraïbes et de l’Atlantique tropical. Cette dynamique atmosphérique accroît le cisaillement vertical du vent, compliquant le processus de formation et d’intensification des tempêtes. Le phénomène opère alors comme un véritable frein naturel sur l’activité cyclonique de cette partie du monde.
Maintenir la vigilance face au risque localisé

Bien que la saison des ouragans atlantiques 2026 s’annonce actuellement peu remarquable, les chercheurs soulignent avec insistance qu’il n’y a aucune raison de faire preuve de complaisance. Les prévisions globales n’éliminent pas la menace pour les populations résidant dans les couloirs cycloniques traditionnels.
Les statistiques et les moyennes à long terme offrent une perspective à grande échelle, mais ne garantissent en rien l’absence de dégâts localisés. Une saison globalement sous les normales saisonnières peut abriter un événement unique aux conséquences désastreuses s’il vient à toucher directement une zone densément peuplée ou une infrastructure critique.
Le professeur Michael Bell, qui a co-rédigé le rapport de l’université, résume cet impératif de préparation en une formule sans équivoque. Il précise à ce sujet : « Il suffit d’une seule tempête près de chez vous pour en faire une saison active pour vous. »
Selon la source : iflscience.com