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Des archéologues viennent de découvrir les vestiges d’un ancien monastère chrétien
Crédit: lanature.ca (image IA)

Une crête silencieuse le long de la Via Augusta

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À environ 75 miles de la ville portuaire espagnole de Carthagène, le paysage aride abrite des vestiges que le temps avait presque effacés. Le long d’une ramification de l’ancienne voie romaine Via Augusta, une crête peu élevée surplombant la rivière Vinalopo a tranquillement gardé un secret pendant plus de 1 400 ans. L’endroit semblait paisible, mais ses entrailles racontaient une toute autre histoire.

Aujourd’hui, les archéologues qui fouillent le site d’El Monastil, situé près de la ville d’Elda dans la province d’Alicante, ont enfin percé ce mystère. Leurs travaux ont permis de mettre au jour une colonie chrétienne fortifiée. Les chercheurs estiment que cette structure a été vraisemblablement construite par des populations originaires de l’Empire romain d’Orient, qui s’étaient établies dans la cité voisine de La Alcudia.

Le site est connu depuis longtemps sous le nom d’El Monastil. L’étymologie de ce toponyme retrace à elle seule l’histoire des lieux : elle remonte à l’arabe (al-Munastir) pour aller jusqu’au latin monasterium. Cette évolution linguistique reflète directement la succession des différentes communautés religieuses qui ont occupé le sommet de cette colline au fil des siècles.

Des racines romaines à l’évolution complexe

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L’histoire de ce lieu sacré s’avère bien plus ancienne que ne le laissait supposer sa dernière appellation. Dans une étude récemment publiée dans la revue scientifique Salduie, les chercheurs avancent que les racines de cette occupation remontent jusqu’à l’ancienne colonie romaine d’Elo. Il s’agissait alors d’un petit avant-poste entretenant des liens étroits avec la colonie d’Ilici Augusta.

Au fil du temps, ce modeste point d’ancrage a connu une métamorphose pour devenir une structure infiniment plus complexe. Les analyses minutieuses des artefacts et de l’architecture révèlent que le site a rempli de multiples fonctions religieuses à travers une vaste période de l’histoire humaine. Chaque strate du sol a livré les témoignages d’une occupation continue et évolutive.

Les auteurs de l’étude soulignent l’importance de ces découvertes matérielles pour comprendre l’histoire de la région. « Les vestiges architecturaux et le mobilier matériel trouvés sur le site fournissent des preuves convaincantes de l’existence de cette enclave et de son évolution culturelle ultérieure, » expliquent-ils dans leur rapport.

Une église sous l’influence de l’empereur Justinien

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Au cœur de cette découverte majeure se trouve une église d’une superficie de 900 pieds carrés. Les chercheurs estiment que cet édifice religieux a été bâti conjointement par des soldats romains et des membres du clergé durant la seconde moitié du sixième siècle de notre ère. La construction de ce lieu de culte ne relève pas du hasard historique.

Cette période coïncide très probablement avec la volonté politique et militaire de l’empereur Justinien. Ce dernier menait alors une campagne ambitieuse visant à étendre l’Empire romain vers l’ouest de l’Europe. L’église d’El Monastil s’inscrit donc dans ce vaste mouvement d’expansion territoriale et spirituelle.

Bien qu’elle soit de petite taille selon les normes modernes, cette église présentait les caractéristiques typiques de son époque. Elle comporte une abside en forme de fer à cheval et un bassin baptismal taillé directement dans la roche mère. Ses murs en plâtre portent encore aujourd’hui les traces de leur peinture d’origine. Seuls les membres du clergé osaient s’aventurer au fond de l’édifice, tandis que les fidèles chrétiens s’alignaient le long des murs ou se rassemblaient à l’extérieur.

Armures, impôts et objets du quotidien

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Les archéologues ne se sont pas contentés de mettre au jour des éléments architecturaux. Les fouilles ont révélé une multitude d’artefacts permettant de retracer le quotidien de cette communauté. Parmi les pièces maîtresses, l’équipe a découvert une armure qui était probablement portée par un soldat de la cavalerie byzantine, témoignant de la présence militaire sur le site.

L’administration locale a également laissé des traces de son fonctionnement. Les chercheurs ont exhumé sept poids en bronze utilisés spécifiquement pour la perception des impôts. À cette époque, c’était en effet l’église qui supervisait ce processus fiscal. D’autres objets du quotidien sont venus enrichir la collection : deux plaques en fer, un couteau en fer, une cuillère en étain et une clé-bague en bronze.

La dimension spirituelle des habitants transparaît à travers plusieurs objets décoratifs ou symboliques. Les fouilles ont permis d’identifier un sceau en céramique portant des initiales représentant la Bienheureuse Vierge Marie. Un plat en poterie, orné d’un motif comprenant six croix, complète ces découvertes témoignant de la ferveur religieuse locale.

Mythologie grecque et symbolisme chrétien

L’une des pièces les plus fascinantes exhumées sur le site est un contenant de stockage cylindrique en ivoire, connu sous le nom de pyxe. Ce récipient aurait probablement servi à conserver les hosties consacrées. Fait remarquable, il est orné d’une illustration représentant Hercule capturant la Biche de Cérynie. Ce choix iconographique relie directement la mythologie grecque à l’empereur Justinien et au symbolisme chrétien dans un cadre religieux.

Les archéologues estiment que ce contenant en ivoire date du sixième ou du septième siècle. L’analyse de sa facture et de ses détails artistiques montre des liens évidents avec les ateliers d’Alexandrie, illustrant l’étendue des réseaux d’échanges commerciaux et culturels de l’époque.

Le mobilier liturgique comprend d’autres pièces d’exception. Une table d’autel en marbre de Paros, un matériau originaire de Grèce, a été retrouvée brisée en quatre morceaux éparpillés à travers l’église. Les archéologues ont pu identifier un pilier de soutien de l’autel, toujours présent dans le bâtiment, qui abritait autrefois cette précieuse table.

Des Romains aux Wisigoths : un héritage partagé

credit : lanature.ca (image IA)

Si le site a initialement fonctionné comme une petite colonie rattachée à Ilici Augusta, la nature des artefacts liturgiques démontre que l’église a été occupée par les Romains avant que le contrôle de la région ne soit pris par le peuple germanique wisigoth. Les écrits historiques mentionnent d’ailleurs un certain Sanabilis, connu sous le nom d’évêque d’Elo, qui officiait sur le site. Il s’agit du seul évêque allemand connu lié à cet emplacement géographique.

À la suite de cette période wisigothique, l’église a été transformée pour devenir un monastère. Cette évolution n’était qu’une étape supplémentaire dans la longue histoire des lieux. Le site a ensuite changé de vocation pour devenir un lieu de culte islamique lors de l’arrivée des colons arabes dans la région.

Malgré ces multiples transformations, l’essence première du site reste ancrée dans l’Empire d’Orient. Comme le résument parfaitement les auteurs de l’étude pour décrire ses origines romaines : « L’endroit, » écrivent-ils, « avait toute l’apparence d’être un castellum byzantin. »

Selon la source : popularmechanics.com

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