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La Chine a planté 78 milliards d’arbres — et perturbé son cycle de l’eau
Crédit: lanature.ca (image IA)

Les infrastructures monumentales et la genèse de la « Grande Muraille Verte »

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La Chine maîtrise l’art de concevoir des infrastructures à très grande échelle. Le pays abrite actuellement le plus grand barrage du monde, ainsi que le plus vaste réseau ferroviaire à grande vitesse, avec plus de 25 000 miles de voies contre 3 145 miles pour les États-Unis. Ce gigantisme s’applique de la même manière au domaine énergétique, avec l’installation du plus grand parc éolien mondial. Une tendance similaire s’observe pour les installations photovoltaïques, le pays devançant l’Argentine avec la plus grande ferme solaire. L’histoire géologique et architecturale du pays s’inscrit dans cette continuité, comme en témoigne le plus long monument ancien jamais édifié.

Au-delà de ces constructions artificielles, les autorités chinoises ont appliqué cette logique d’envergure à la nature elle-même. Dès 1978, un projet titanesque a vu le jour sous le nom de système forestier des Trois-Nords, communément désigné comme la « Grande Muraille Verte ». Cette initiative visait un objectif précis : lutter contre l’érosion des sols et réduire la fréquence des tempêtes de sable dans les zones désertiques. Les plantations massives ont débuté de façon soutenue à partir de 1981, marquant le commencement d’une transformation végétale sans précédent.

L’achèvement d’un programme forestier aux proportions inédites

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Après plusieurs décennies de travaux continus, les médias d’État chinois ont formellement annoncé l’achèvement de ce projet majeur l’année dernière. L’agence de presse Reuters rapporte que la Chine a fait pousser une superficie de 116 000 miles carrés d’arbres. Ce programme intensif a modifié la physionomie du territoire national. La couverture forestière totale est ainsi passée de 10 % en 1949 à environ 25 % en 2024.

Certaines estimations indiquent que près de 78 milliards d’arbres supplémentaires ont pris racine depuis le début des années 1980. L’ampleur de ce nouveau feuillage modifie désormais les équilibres naturels en profondeur. Une étude publiée en 2025 dans la revue scientifique Earth’s Future révèle que cette densification végétale entraîne des conséquences imprévues sur la distribution hydrique du pays. Concrètement, cette abondance de feuilles déplace les précipitations vers certaines zones, tout en asséchant considérablement d’autres territoires.

La science derrière la modification du cycle hydrologique

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Les mécanismes intimes de cette perturbation ont été analysés conjointement par des chercheurs de l’Université de Tianjin, de l’Université agricole de Chine à Pékin et de l’Université d’Utrecht aux Pays-Bas. Leurs travaux montrent qu’entre 2001 et 2020, l’augmentation de la végétation a drastiquement réduit les ressources en eau dans deux zones géographiques majeures : la région de mousson orientale et la région aride du nord-ouest. Ces secteurs représentent une part immense du territoire, constituant environ 74 % de la superficie terrestre totale de la Chine, selon les données relayées par Live Science.

L’étude souligne que la Grande Muraille Verte n’est pas l’unique cause de ce phénomène. D’autres initiatives de plantation, telles que le programme de conversion des terres arables en forêts (Grain for Green Program) et le programme de protection des forêts naturelles, tous deux lancés en 1999, ont joué un rôle déterminant. Ces projets de reverdissement ont considérablement augmenté l’évapotranspiration. Ce phénomène complexe combine l’évaporation des sols et la transpiration végétale, processus mécanique par lequel les plantes libèrent de la vapeur d’eau à travers des pores minuscules appelés stomates.

Les bouleversements géographiques de la disponibilité en eau

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L’étude des changements rapides d’utilisation et de couverture des terres (LUCC) a permis aux auteurs de constater que certaines transitions de zones impactent directement les données climatiques locales. Des modifications comme le passage de prairies à des forêts, ou de terres cultivées à des prairies, modifient les taux d’évapotranspiration, les précipitations et la disponibilité de l’eau à des rythmes variables. La transformation de prairies en forêts, par exemple, a augmenté l’évapotranspiration et les précipitations totales, mais a eu un impact négatif net sur la quantité d’eau réellement disponible pour la région.

Le déplacement des masses d’air humide redessine aujourd’hui la carte du ciel chinois. « Ces changements ont provoqué des modifications des précipitations, dirigeant plus d’humidité vers le plateau tibétain, qui a connu une augmentation de la disponibilité en eau », écrivent les auteurs de la recherche. Le contraste géographique est saisissant. « En revanche, l’est et le nord-ouest de la Chine ont connu une diminution de la disponibilité en eau, le nord-ouest perdant le plus en raison d’un déplacement substantiel de l’humidité vers le plateau tibétain. »

Les défis futurs de la répartition démographique et agricole

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Cette nouvelle donne hydrologique se heurte frontalement à la répartition de la population et des terres cultivables. La géographie de l’eau en Chine ne s’aligne pas sur les besoins humains. L’étude précise que les régions du nord du pays abritent environ 46 % de la population totale et concentrent plus de la moitié des terres arables. Malgré cette densité démographique et agricole, ces régions ne disposent que de 20 % de la disponibilité totale en eau du pays.

Face à ce déséquilibre structurel, les chercheurs soutiennent que les futurs efforts de reboisement devront impérativement intégrer cette altération des cycles hydrologiques dans leur planification. « Nos résultats soulignent que les changements de couverture terrestre peuvent redistribuer les ressources en eau entre les régions », concluent les auteurs. La pérennité des écosystèmes locaux dépendra de cette adaptation méthodique : « Comprendre ces effets est crucial pour planifier une gestion durable des terres et de l’eau en Chine. »

Selon la source : popularmechanics.com

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