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L’IA, nouveau confident des Québécois ? Ce que révèle une étude sur la santé mentale
Crédit: lanature.ca (image IA)

Un Québécois sur deux se tourne vers l’intelligence artificielle

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C’est un chiffre qui interpelle. À l’occasion de la Semaine nationale de la santé mentale, un sondage Léger, mené en mars 2026 pour le compte de l’Ordre des psychologues du Québec, révèle une tendance de fond : un nombre croissant de Québécois dialogue avec une intelligence artificielle pour trouver un soutien psychologique. Le phénomène est particulièrement marqué chez les jeunes adultes, puisque 68% des 18-34 ans ont déjà eu recours à ces outils numériques.

Cette nouvelle habitude s’explique par plusieurs facteurs. La gratuité, l’accessibilité immédiate, mais aussi la promesse d’un espace sans jugement et d’une confidentialité totale séduisent de plus en plus d’utilisateurs. Pourtant, derrière cette apparente solution miracle, des experts appellent à la prudence et soulignent les limites de ces technologies.

Une accessibilité séduisante mais des questions en suspens

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Interrogée par Le Reflet, la Dre Christine Grou, psychologue et présidente de l’Ordre des psychologues du Québec, ne se dit pas surprise par cet engouement. Elle comprend que l’attrait pour l’intelligence artificielle repose sur « des facteurs de facilité, d’accessibilité et de disponibilité. » Pour elle, l’interaction avec ces systèmes peut être particulièrement valorisante pour l’utilisateur. « C’est très flatteur, l’IA nous valide constamment », ajoute-t-elle.

Cependant, cette validation systématique cache des zones d’ombre. La présidente de l’Ordre met en garde contre un fonctionnement qui reste largement méconnu du grand public. Le principal point de vigilance concerne la protection des informations personnelles, qui sont par nature extrêmement intimes dans ce contexte. « Lorsqu’on l’utilise à des fins de santé mentale, on lui confie des données qui peuvent être extrêmement sensibles. Or, il existe une certaine opacité quant à leur sécurisation », prévient-elle.

L’illusion d’une aide et le risque de la solitude

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Louis Moubarak, directeur général de Santé mentale Québec Rive-Sud, partage cette vision nuancée. Il rappelle que ces intelligences artificielles sont avant tout des programmes conçus pour satisfaire leur interlocuteur, ce qui peut fausser la nature même du soutien. « Ces outils sont entraînés pour nous plaire, pour que tout corresponde à nos attentes. On n’a donc pas quelqu’un qui est réellement là pour nous aider », affirme-t-il.

Au-delà de l’efficacité du soutien, il insiste sur l’importance fondamentale du lien humain, que la technologie ne saurait remplacer. Discuter avec un programme informatique pourrait même, paradoxalement, renforcer l’isolement qu’il est censé combattre. « C’est beaucoup mieux d’avoir une interaction de personne à personne que d’accentuer la solitude en bavardant avec un robot », souligne-t-il.

Sur ce point, la Dre Christine Grou abonde dans le même sens, alertant sur les conséquences relationnelles à long terme. L’échange avec une IA est par définition univoque. « C’est une relation qui demeure exclusivement centrée sur nous-mêmes, et non pas une relation qui implique une autre personne avec son altérité et son individualité. Ce qui peut avoir des impacts, à long terme, sur le développement de nos capacités relationnelles », conclut-elle.

Une demande de soutien psychologique qui explose

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Si l’usage de l’IA progresse, c’est dans un contexte où la préoccupation pour la santé mentale n’a jamais été aussi forte au Québec. Le même sondage Léger met en lumière une réalité saisissante : 1,4 million de Québécois ont consulté un psychologue au cours de la dernière année. Cette demande n’est pas nouvelle, mais sa croissance est spectaculaire.

Pour mesurer cette évolution, l’Ordre des psychologues du Québec a comparé ces résultats avec des données plus anciennes. En 1990, seuls 15,4 % des Québécois consultaient un psychologue. Ce chiffre grimpait déjà à 43 % en 2012. L’analyse est sans appel : entre 1990 et 2026, la demande pour des services psychologiques a augmenté 3,4 fois plus rapidement que la population elle-même.

Cette pression croissante a des conséquences directes sur l’accès aux soins. Depuis 1990, le nombre de clients pris en charge a plus que doublé, sans que le nombre de psychologues disponibles n’ait suivi le même rythme. Selon la Dre Christine Grou, cette inadéquation est l’une des causes principales des longs délais d’attente pour obtenir un rendez-vous.

Investir au-delà des mots : l’avenir de la santé mentale

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Face à ce constat, le message de la présidente de l’Ordre des psychologues est clair et direct. Pour elle, la solution ne réside pas uniquement dans la technologie, mais dans un engagement fort des pouvoirs publics. « Il faut investir en santé mentale. C’est le parent pauvre du système de santé, et il faut y investir au-delà des mots », lance-t-elle.

L’intelligence artificielle pourrait-elle tout de même jouer un rôle dans ce futur paysage ? L’Ordre des psychologues du Québec ne l’exclut pas et reconnaît qu’elle pourrait être amenée à occuper une place croissante dans l’offre de services. L’organisme précise toutefois la nature de cette contribution : ces outils sont principalement utilisés comme des sources d’information. Ils ne sauraient en aucun cas se substituer « au jugement clinique et à l’accompagnement offerts par des professionnels ».

Selon la source : cybersoleil.com

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