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Découverte près de Québec d’une nouvelle espèce de quasi-méduse
Crédit: Ramírez-Guerrero G. et al., Thecate stem medusozoan polyp from the Upper Ordovician of Québec, Journal of Paleontology, 2026. Figure reproduite sous licence CC BY 4.0 via ResearchGate

Une découverte majeure près de Québec

credit : Ramírez-Guerrero G. et al., Thecate stem medusozoan polyp from the Upper Ordovician of Québec, Journal of Paleontology, 2026. Figure reproduite sous licence CC BY 4.0 via ResearchGate

C’est un voyage dans le temps de 450 millions d’années. À une cinquantaine de kilomètres au nord-est de la ville de Québec, des chercheurs ont mis au jour une nouvelle espèce de médusozoaire basal. Son nom : Paleocanna tentaculum. Il s’agit d’un polype tubulaire à corps mou, reconnaissable à son anneau de tentacules, un lointain cousin des méduses qui peuplent aujourd’hui nos océans.

Cette identification, issue de l’étude de fossiles ancestraux et rapportée par l’Université McGill, constitue un événement scientifique en soi. Pourquoi ? Parce que les archives fossiles ne comptent que très peu d’espèces appartenant à ce sous-phylum. Chaque nouvelle découverte est une pièce rare ajoutée au grand puzzle de l’évolution.

La rareté des fossiles à corps mou

credit : Ramírez-Guerrero G. et al., Thecate stem medusozoan polyp from the Upper Ordovician of Québec, Journal of Paleontology, 2026. Figure reproduite sous licence CC BY 4.0 via ResearchGate

La trouvaille est d’autant plus précieuse que les organismes comme le Paleocanna tentaculum laissent rarement une trace durable. Contrairement aux créatures dotées de coquilles ou de squelettes, leur conservation relève du miracle géologique. Louis-Philippe Bateman, coauteur de l’étude et étudiant aux cycles supérieurs au Département de biologie de l’Université McGill, souligne ce point crucial.

« Les organismes à corps mou se conservent moins bien que les organismes à corps dur, ce qui rend les fossiles d’organismes à corps mou d’autant plus précieux pour la compréhension de l’histoire de la vie », explique-t-il. Cette découverte offre donc une fenêtre inestimable sur une biodiversité ancienne qui, la plupart du temps, a disparu sans laisser de vestiges.

Un trésor paléontologique québécois

credit : Ramírez-Guerrero G. et al., Thecate stem medusozoan polyp from the Upper Ordovician of Québec, Journal of Paleontology, 2026. Figure reproduite sous licence CC BY 4.0 via ResearchGate

Au-delà de son intérêt biologique, cette découverte vient aussi redorer le blason du patrimoine fossile québécois. Les fossiles ont été extraits à Saint-Joachim, dans la partie supérieure de la Formation de Neuville, une zone géologique située dans les Basses-Terres du Saint-Laurent. Pour Louis-Philippe Bateman, c’est la preuve que la région recèle encore bien des secrets.

« J’ai souvent dit que nos gisements fossilifères étaient moins prestigieux que ceux de régions comme la Colombie-Britannique ou l’Alberta », confie-t-il. « Des découvertes comme celle-ci prouvent qu’il reste encore beaucoup à découvrir et à étudier ici. » Un avis partagé par Christopher Cameron, coauteur de l’étude et professeur de biologie à l’Université de Montréal, qui qualifie cette région comme étant « parmi les sites fossilifères les plus riches en espèces de la planète » pour l’époque de l’Ordovicien.

Un cliché instantané de 450 millions d’années

credit : Ramírez-Guerrero G. et al., Thecate stem medusozoan polyp from the Upper Ordovician of Québec, Journal of Paleontology, 2026. Figure reproduite sous licence CC BY 4.0 via ResearchGate

Comment ces fragiles créatures ont-elles pu traverser les âges ? Les chercheurs ont une explication précise. Elles auraient été victimes d’un enfouissement soudain au fond de la mer. Une coulée de vase très fine les a rapidement recouvertes, les protégeant des charognards et de toute autre perturbation. L’analyse de quinze dalles de calcaire schisteux, contenant environ 135 spécimens, a permis de reconstituer ce scénario. Sur ce total, 39 ont été mesurés et photographiés.

Greta Ramirez-Guerrero, autrice principale de l’étude et doctorante à l’Université de Montréal, apporte des détails : « Étant donné que plusieurs individus sont orientés dans la même direction, nous pensons qu’ils ont été enterrés sur place ou qu’ils n’ont pas été transportés loin avant d’être recouverts ». Elle ajoute : « Cet enfouissement rapide, associé à un environnement pauvre en oxygène, a ralenti la décomposition et contribué à préserver les animaux avant que les sédiments ne se transforfenrt en roche. » Pour identifier l’espèce, l’équipe a comparé les caractéristiques des fossiles à celles de 69 autres espèces, fossiles ou vivantes. Le verdict : Paleocanna tentaculum est plus proche des méduses actuelles que des autres organismes anciens apparentés.

Hommage au découvreur et promesses d’avenir

credit : Ramírez-Guerrero G. et al., Thecate stem medusozoan polyp from the Upper Ordovician of Québec, Journal of Paleontology, 2026. Figure reproduite sous licence CC BY 4.0 via ResearchGate

Aujourd’hui, ces précieux spécimens sont conservés au Musée de paléontologie et de l’évolution (MPE) de Montréal, où ils pourront faire l’objet de nouvelles recherches. Mais cette histoire scientifique est aussi celle d’une passion. Mario Cournoyer, coauteur et fondateur du MPE, tient à rendre hommage à celui sans qui rien n’aurait été possible : John Iellamo, un collectionneur amateur.

« Nous devons rendre hommage à John Iellamo, collectionneur amateur de fossiles réputé et membre de notre musée, qui a découvert ces fossiles en 2010 et les a offerts au MPE », souligne Mario Cournoyer. « Il a su reconnaître l’importance scientifique de ces fossiles, qu’il a mis à la disposition des chercheurs. Sans lui, nous ne parlerions pas de cette nouvelle espèce. » Et l’aventure ne fait peut-être que commencer. Louis-Philippe Bateman se montre optimiste quant au potentiel du site de Saint-Joachim : « Dans ce genre de site, on trouve généralement des espèces intéressantes pendant de nombreuses années. Je m’attends donc à de nombreuses autres découvertes spectaculaires ».

Selon la source : techno-science.net

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