Les mystères de nos nuits enfin décryptés

Comme l’indique la journaliste Elizabeth Rayne en introduction de ses travaux, les rêves étranges qui peuplent nos nuits ne se résument pas à des neurones s’activant sans but dans notre cerveau. Loin d’être de simples vidéos de nos vies repassées en boucle pendant le sommeil, ces visions nocturnes constituent de véritables interprétations de ce que nous expérimentons dans le monde éveillé.
Lorsque l’individu plonge dans la phase la plus profonde du sommeil, la réalité subit une transformation pour devenir quelque chose de semi-familier et de totalement bizarre. Ce processus n’a pourtant rien d’aléatoire. Les preuves s’accumulent pour démontrer que ces songes reflètent fidèlement les traits de personnalité et le quotidien de chacun.
La mécanique de notre subconscient fusionne ainsi nos expériences vécues avec notre identité profonde. Les rêves les plus vifs et les plus mémorables sont précisément ceux qui entretiennent la connexion la plus forte avec la vie de tous les jours et la personnalité intime du dormeur.
L’architecture de nos rêves : une étude italienne inédite

Une nouvelle recherche menée par une équipe de neuroscientifiques a récemment mis en lumière de nombreuses connexions inattendues entre le contenu de nos songes et notre vie éveillée. L’étude, dirigée par Valentina Else de l’IMT School for Advanced Studies de Lucques, en Italie, a été publiée dans la revue Communications Psychology. Les chercheurs ont collecté des données auprès de deux groupes distincts pour mener à bien cette analyse.
Le groupe principal était composé de 217 sujets, âgés de 18 à 70 ans. Tous présentaient des habitudes de sommeil régulières et n’avaient reçu aucun diagnostic de troubles neurologiques, psychiatriques ou liés au sommeil. L’équipe scientifique a minutieusement analysé les rapports de rêves enregistrés par ces individus, puis les a comparés à des données précises concernant leurs traits de personnalité, leurs profils psychologiques, leurs compétences cognitives et leurs habitudes de sommeil.
« Par rapport aux rapports d’éveil, les rêves sont passés de récits autoréférentiels centrés sur la pensée à des expériences perceptives dominées par des détails visuo-spatiaux, de multiples personnages et des événements bizarres, » explique Valentina Else dans l’étude. La chercheuse précise la nature des éléments influents : « Des traits stables, y compris l’attitude envers le rêve, la propension à l’égarement de l’esprit et la qualité subjective du sommeil, ont influencé de manière sélective le contenu des rêves. »
L’impact d’une crise mondiale : le cas du confinement

Le processus onirique reste intimement lié à la vie éveillée, tout en subissant l’influence de facteurs extérieurs. Des événements ou phénomènes à grande échelle, comme le confinement lié au COVID-19, peuvent impacter les songes d’un grand nombre de personnes, au moins pour la durée de l’événement. Pour vérifier cette hypothèse, les chercheurs ont constitué un second groupe de 100 participants volontaires, recrutés via les réseaux sociaux et répondant aux mêmes critères stricts que le groupe principal.
Ces participants ont consigné des rapports quotidiens de leurs rêves entre le 28 avril et le 11 mai 2020. Cette période couvrait très exactement une semaine de confinement strict, suivie d’une semaine soumise à des restrictions allégées. Les membres du groupe principal et ceux de l’étude sur le confinement ont tous répondu à des questions portant sur le sens et la signification perçus de leurs visions nocturnes.
Les songes enregistrés pendant la période de confinement avaient une probabilité beaucoup plus élevée de refléter des restrictions ou des traumatismes. Les événements stressants, porteurs d’un lourd poids émotionnel, affectent ainsi directement la production onirique, confirmant que le cerveau réagit intensément aux bouleversements de son environnement diurne.
Mémoire, émotions et intelligence artificielle au cœur du processus

Pour analyser cette montagne de données, Valentina Else a exploité des modèles d’intelligence artificielle, spécifiquement des outils de traitement du langage naturel. Les participants devaient enregistrer leur toute dernière expérience à des moments aléatoires pendant qu’ils étaient éveillés. L’intelligence artificielle a ensuite disséqué chaque enregistrement pour classifier les structures et les expériences des rêves.
Les modèles d’intelligence artificielle recherchaient une multitude d’aspects : les pensées abstraites ou le raisonnement, les émotions, les interactions sociales, les espaces physiques, les changements de décor et les aspects chronologiques. Ils ont traqué les expériences actives ou passives, les mouvements implicites, les actions restreintes, les fonctions corporelles ou les instincts. Les références à l’expérience elle-même, ainsi que tout élément étrange ou illogique, ont été passés au crible. Les expériences visuelles, tactiles et auditives ont fait l’objet de la même analyse rigoureuse.
À partir des tests cognitifs et des questionnaires, Valentina Else a pu dresser des profils de caractéristiques connues ou supposées affecter le sommeil. Les attitudes personnelles, comme une peur persistante des cauchemars, influencent positivement ou négativement les scénarios nocturnes. La mémoire et les fonctions exécutives encodent les expériences avant de les reconfigurer dans le subconscient. La capacité à créer des images visuelles contrôle la vivacité et les détails du songe. La propension d’un individu à laisser vagabonder son esprit provoque l’apparition de pensées spontanées, à l’état de veille comme pendant le sommeil.
Vers une nouvelle ère de la recherche sur le sommeil

L’équipe a finalement découvert que les rêves tendent à être des réinterprétations d’expériences de la vie éveillée. Adopter une attitude positive envers cette activité cérébrale augmente les chances de se réveiller avec la perception d’avoir fait un rêve. Les individus manifestant un grand intérêt pour ce domaine se souviennent mieux des détails et vivent des nuits particulièrement immersives et vives. À l’inverse, si l’esprit a tendance à s’égarer pendant l’éveil, les rêves deviennent plus bizarres, naissant de pensées spontanées sans aucune influence externe.
Valentina Else tire un bilan clair de cette vaste collecte de données : « Ces résultats comblent des lacunes de longue date entre la recherche phénoménologique sur les rêves et les neurosciences cognitives. » Le traitement informatique du langage naturel a permis de structurer des concepts autrefois considérés comme purement subjectifs.
La chercheuse conclut sur les perspectives ouvertes par cette méthode de travail : « En intégrant des outils informatiques avancés à des cadres neuroscientifiques et psychologiques établis, la recherche sur les rêves peut ainsi évoluer vers une compréhension plus complète et reproductible de l’activité générative de l’esprit pendant le sommeil. »
Selon la source : popularmechanics.com