Aller au contenu
Des scientifiques étudiaient des manchots… et ont découvert une nouvelle espèce
Crédit: lanature.ca (image IA)

La diversité méconnue du monde des manchots

credit : lanature.ca (image IA)

Lorsqu’il est question de ces oiseaux marins, le célèbre Aptenodytes forsteri, plus connu sous le nom de manchot empereur, capte généralement toute l’attention. Cependant, le monde aviaire compte 17 autres espèces réparties à travers l’hémisphère sud, chacune possédant son propre charme. Les sept membres du genre Eudyptes, par exemple, arborent de magnifiques plumes de crête d’un jaune éclatant. Le petit manchot d’Australie et de Nouvelle-Zélande est, comme son nom l’indique, le plus petit de tous, mesurant à peine 12 pouces (environ 30 centimètres) de haut. De son côté, le manchot des Galápagos se distingue en étant la seule espèce à résider techniquement dans l’hémisphère nord.

Pour ajouter une touche d’étrangeté à ces créatures fascinantes, les oiseaux que les anglophones appellent communément des « penguins » ne sont en fait pas de véritables pingouins au sens strict du terme. Cette distinction linguistique souligne la complexité de leur classification, une science qui ne cesse d’évoluer au rythme des nouvelles méthodes de recherche en laboratoire.

L’enquête sur l’insaisissable manchot papou

credit : lanature.ca (image IA)

Une récente étude publiée dans la revue scientifique Communications Biology suggère que le nombre officiel total d’espèces de manchots devrait augmenter de trois, tout en accueillant une espèce jusqu’ici totalement inconnue de la science. Ces ajouts proviennent du genre Pygoscelis, communément appelé manchot papou, dont les populations vivent sur diverses îles du Pacifique Sud ainsi qu’en Antarctique.

Les manchots papous occupent des habitats extrêmement reculés, certains se trouvant à des milliers de kilomètres de la moindre ville habitée en permanence. Contrairement aux autres manchots dont les populations ont tendance à ne pas s’éloigner de leurs zones de reproduction, ce sont des mangeurs généralistes. Cette particularité, ajoutée à leur isolement, rend le suivi de ces oiseaux, de leurs multiples espèces et sous-espèces, particulièrement complexe pour les chercheurs.

« Il n’y a probablement aucune espèce de manchot dont la taxonomie a été plus débattue que celle du manchot papou », déclare Rauri Bowie, de l’Université de Californie à Berkeley et co-auteur de l’étude, dans un communiqué de presse. « Pendant plus de 100 ans, le nombre d’espèces ou de sous-espèces a fait l’objet de controverses. »

L’analyse génétique qui réécrit l’histoire de l’espèce

credit : lanature.ca (image IA)

Cette recherche inédite remet enfin les pendules à l’heure. Rauri Bowie, accompagné de scientifiques du monde entier, a analysé les génomes de 64 manchots papous issus de 10 colonies de reproduction différentes, couvrant ainsi l’intégralité de l’aire de répartition géographique du genre. Leurs travaux visent à clore les débats persistants sur la spéciation de ce groupe animal.

Les chercheurs ont découvert que la séparation des manchots papous a probablement commencé il y a 300 000 à 500 000 ans. Ce phénomène a été déclenché par le front polaire antarctique, une barrière naturelle de température et de salinité qui entrave les déplacements des animaux. L’analyse génomique approfondie a mis en évidence des milliers de variations génétiques appelées polymorphismes d’un seul nucléotide, ou SNP.

L’équipe a conclu que les manchots papous ne formaient pas un ensemble de quatre sous-espèces comme on le croyait auparavant, mais qu’ils constituaient en réalité quatre espèces distinctes. Parmi elles figure une découverte majeure : Pygoscelis kerguelensis. Cette lignée est uniquement présente sur l’île de Kerguelen, et probablement sur l’île voisine de Heard.

Des adaptations physiologiques façonnées par l’environnement

credit : lanature.ca (image IA)

« Le séquençage du génome entier a transformé notre capacité à non seulement observer l’adaptation du point de vue de la diversification des choses, mais il a une valeur de conservation vraiment importante », souligne Rauri Bowie dans un communiqué de presse, mettant en avant la portée des techniques employées pour l’étude.

Dans le cadre de leur analyse, les scientifiques ont identifié des adaptations spécifiques à chaque espèce, parfaitement alignées sur leur environnement respectif. Au sud, par exemple, le manchot papou du sud (Pygoscelis ellsworthi), qui vit sur la péninsule antarctique et l’île de Géorgie du Sud, possède un plus grand nombre de gènes liés au stockage des graisses et des lipides, ou encore à la production de chaleur.

Pendant ce temps, le manchot papou du nord (Pygoscelis papua), qui réside en Amérique du Sud, présente davantage de gènes liés à la contraction cardiaque et à l’excitation musculaire. Cette configuration physiologique lui permet très probablement d’augmenter la durée pendant laquelle il peut rester chasser sous l’eau.

Les îles isolées face à l’urgence climatique

credit : lanature.ca (image IA)

Les manchots papous offrent une perspective unique pour comprendre comment le changement climatique impactera plus largement les différentes espèces de manchots. Leurs habitats s’étendent en effet sur le continent antarctique, qui offre une aire de répartition élargie en raison du réchauffement, mais ils occupent d’un autre côté de petites îles particulièrement vulnérables à la montée du niveau des mers. Cette situation met en péril les manchots de tous les genres à travers l’hémisphère sud.

« En termes de changement climatique, les espèces insulaires qui ont des tailles de population vraiment faibles pourraient être comparées aux manchots papous subantarctiques », explique Juliana Vianna, l’une des auteures principales du document et professeure d’écosystèmes et d’environnement à l’Université nationale Andrés Bello de Santiago, au Chili. « Les manchots des Galápagos et les autres espèces de manchots insulaires, parce qu’ils sont endémiques à ces îles, ne trouveront nulle part où aller après un changement de leur environnement. »

Aujourd’hui, la science a pu ajouter plusieurs nouvelles espèces à la liste mondiale des manchots. À l’avenir, sous l’effet direct du changement climatique, la communauté scientifique pourrait malheureusement être contrainte de faire exactement l’inverse.

Selon la source : popularmechanics.com

facebook icon twitter icon linkedin icon
Copié!
Plus de contenu