En construisant une autoroute, des ouvriers découvrent un ancien temple enfoui après une inondation
Auteur: Mathieu Gagnon
Une découverte fortuite sous la boue

La construction de nouvelles infrastructures réserve parfois des surprises monumentales, comme le rapporte le journaliste Tim Newcomb. Dans la province italienne de Padoue, les équipes chargées de prolonger un axe routier ont fait émerger un site archéologique perdu depuis l’Antiquité.
Ce chantier visait initialement à aménager la nouvelle route nationale 10, baptisée « Padana Inferiore », à travers la commune de Ponso. En creusant à travers près de trois mètres (environ dix pieds) de sédiments fluviaux boueux, les ouvriers ont commencé à mettre au jour des fragments de pierre énigmatiques.
Ces premières trouvailles présentaient des inscriptions rédigées en latin ainsi qu’en écriture vénète. Cette découverte impromptue a immédiatement alerté les chercheurs, transformant un simple projet de connexion routière en une véritable fouille historique de premier plan.
Le sanctuaire préromain et les pierres sacrées

En approfondissant les excavations, les archéologues ont révélé une abondance de pierres appelées cippes. Dans le monde antique, ces petits piliers de pierre verticaux servaient de repères votifs, de bornes ou de pierres miliaires. Ces pièces cérémonielles, couvertes d’inscriptions, sont datées par les premières évaluations épigraphiques entre le cinquième et le quatrième siècle avant notre ère.
Les chercheurs ont déterminé que ces cippes possédaient un caractère votif, certaines inscriptions étant même gravées sur trois de leurs faces. Au cœur de ce sanctuaire préromain foisonnant, les équipes ont identifié les vestiges d’un temple dont la fondation rectangulaire était autrefois entièrement entourée de piliers, une caractéristique architecturale réservée uniquement aux structures d’une importance majeure.
Les textes gravés sur ces artefacts sont majoritairement rédigés en vénète, la langue du peuple des Vénètes qui occupait le nord de l’Italie entre le sixième et le premier siècle avant notre ère environ. La présence simultanée de quelques écrits en latin illustre la transition culturelle de cet espace, ancré dans des origines cultuelles préromaines jusqu’à la période de romanisation.
Une continuité d’occupation jusqu’à l’ère romaine

L’importance de cette trouvaille a fait l’objet d’une déclaration publiée par la Surintendance de l’archéologie, des beaux-arts et du paysage pour les provinces de Padoue, Trévise et Belluno. Les efforts initiaux des équipes de fouille ont mis en évidence un ancien site religieux qui a été réutilisé par les Romains.
« Prises dans leur ensemble, les données acquises à ce jour suggèrent une continuité d’occupation sur le site — bien qu’avec des transformations au fil du temps — plutôt qu’un simple abandon », a précisé le ministère dans ce communiqué. « En effet, le site semble avoir conservé une fonction significative durant l’époque romaine également, bien que par des modes et des expressions distincts de ceux de la phase précédente. »
Cette évolution des usages pousse les experts du ministère italien à penser que l’endroit possédait une forte valeur cultuelle pour les habitants préromains de la région, tout en restant prééminent sous la domination romaine. Même si les Romains ne partageaient pas nécessairement les mêmes opinions religieuses que le peuple des Vénètes, l’emplacement conservait une réelle signification pour eux.
La destruction par les eaux du fleuve Adige

L’histoire de ce sanctuaire a basculé lors d’une inondation massive du fleuve Adige, dont les eaux ont fini par imposer leur loi. Cette crue dévastatrice semble avoir anéanti le site, détruisant probablement le temple ainsi que les bâtiments environnants, dont les archéologues ont d’ailleurs retrouvé de multiples restes.
Si la catastrophe naturelle a rasé les élévations, les fondations, elles, sont restées intactes. Le cataclysme a englouti l’intégralité du complexe sous d’épaisses couches de limon, de gravier et de boue. Cet enfouissement brutal a finalement joué un rôle protecteur insoupçonné pour le patrimoine enfoui.
Étouffés sous cette couverture de crasse fluviale, les artefacts en pierre et les bases des édifices ont été préservés des pillages et de l’usure du temps pendant plusieurs siècles. C’est ce linceul de sédiments qui permet aujourd’hui d’étudier la disposition précise des bâtiments antiques dans un état de conservation tout à fait exceptionnel.
Les futures excavations et la transformation du lieu

Des plans sont déjà en cours pour étendre les fouilles et déterminer l’étendue exacte de cet aménagement antique. Les experts s’attellent à déchiffrer les scripts latins et vénètes, et les premières preuves indiquent que ces inscriptions soulignent l’importance religieuse du site pour les siècles suivants.
L’équipe a dévoilé une pièce dotée d’un revêtement de sol de style romain développé au premier siècle de notre ère. D’autres pierres inscrites ont d’ailleurs été réutilisées au cours de ce même premier siècle pour la construction d’une surface pavée dont la fonction précise demeure encore incertaine.
Ces découvertes tardives démontrent comment le complexe a muté. Passant d’un espace de culte à un environnement plus fonctionnel, ce lieu a continué de peser comme une étape importante dans l’Italie antique. Les prochaines campagnes de fouilles promettent de lever le voile sur les derniers mystères de cet étonnant carrefour historique.
Selon la source : popularmechanics.com