Aller au contenu
Le secret des jarres géantes du Laos enfin percé grâce à une fouille archéologique
Crédit: lanature.ca (image IA)

L’énigme de la plaine des Jarres

Plaine des Jarres – site archéologique n° 1 / Jakub Hałun via wikimedia CC BY-SA 4.0

Au centre du Laos, le plateau de Xiangkhoang abrite une énigme archéologique qui parsème ses vastes plaines et ses forêts intermittentes. Des milliers de jarres en pierre, dont les dimensions massives frappent le regard, se dressent dans le paysage. Nombre d’entre elles sont aujourd’hui vides et exposées à ciel ouvert, leur fonction initiale s’étant effacée au fil du temps.

Pendant de nombreuses années, la communauté scientifique a débattu de l’utilité de ces monuments singuliers. L’accès aux sites de recherche a longtemps été entravé par la présence de 80 millions de bombes à sous-munitions non explosées. Ces engins ont été largués sur la région par les États-Unis au cours des années 1960, pendant la guerre civile laotienne.

Aujourd’hui, l’excavation minutieuse d’une seule de ces jarres géantes vient d’apporter des réponses inédites. Cette percée scientifique permet de lever une partie du voile sur les pratiques des populations anciennes qui ont façonné ces mystérieux contenants de pierre.

Les fouilles minutieuses du site 75

lanature.ca (image IA)

Les recherches se sont concentrées sur un monument spécifique désigné sous le nom de « Jar 1 », situé sur le site 75 de la plaine des Jarres. La fouille complète de cette structure a nécessité trois campagnes sur le terrain, réparties de 2022 à 2024. Ce récipient en pierre, sculpté dans un conglomérat, se trouvait dans un état de conservation médiocre, partiellement enfoui dans la terre avec seulement ses parois effritées qui dépassaient de la surface.

Dès la première saison de fouilles, le site a livré ses premiers indices concernant le contenu de la jarre. Les chercheurs y ont découvert quelques fragments de restes humains ainsi que de potentiels objets funéraires. Au terme des excavations, une quantité importante d’ossements humains a été mise au jour, tous regroupés de manière très dense à la base du récipient dont le diamètre atteint environ deux mètres.

L’archéologue Nicholas Skopal, de l’université James Cook en Australie, résume l’état des connaissances sur l’ensemble de ces structures : « Les archéologues conviennent généralement qu’elles étaient utilisées dans des rituels mortuaires, mais nous ne savons pas comment elles étaient exactement utilisées, qui les a fabriquées, ou quel âge elles ont ». Les objets mis au jour dans cette jarre spécifique ont fourni des clés de compréhension essentielles.

Une tombe multigénérationnelle sur plusieurs siècles

Vue aérienne des restes trouvés dans le bocal. (Nicholas Skopal)

L’analyse des ossements retrouvés à l’intérieur de la « Jar 1 » a permis de dénombrer la présence de 37 individus distincts. La datation au radiocarbone a révélé que les corps n’ont pas été placés dans le récipient de manière simultanée. Les restes indiquent plutôt que la jarre a été utilisée à de multiples reprises sur une période de 270 ans, comprise entre 890 et 1160 de notre ère.

Ces éléments temporels et quantitatifs offrent de nouvelles perspectives sur l’organisation sociale de ces peuples. Nicholas Skopal précise : « Le nombre d’individus suggère également que les jarres appartenaient à des familles ou à des groupes familiaux élargis ». Il ajoute : « Elles ont probablement servi de lieux où des rites ancestraux étaient célébrés au fil des générations ».

Par le passé, diverses théories ont été avancées concernant ces coffres en pierre, dont la taille varie de 1 à 3 mètres (3,3 à 9,8 pieds) et qui ont été taillés dans différents types de roches. L’hypothèse de leur utilisation pour le stockage de nourriture a notamment été soulevée. Les preuves fragmentaires recueillies jusqu’à présent consolident cependant l’idée d’un usage funéraire, certains restes humains montrant également des signes possibles de crémation.

Le rituel de l’inhumation secondaire

Les perles trouvées dans le bocal. (Nicholas Skopal)

L’étude des restes a mis en évidence une pratique mortuaire complexe. Les chercheurs ont conclu que la grande jarre ne constituait pas le premier emplacement où les corps étaient déposés après la mort. Nicholas Skopal détaille cette découverte : « Nous avons déterminé qu’il s’agissait d’un exemple d’inhumation secondaire au cours des 9e et 12e siècles de notre ère, dans lequel des restes humains étaient déposés après une période initiale de décomposition ailleurs ».

L’équipe scientifique a formulé l’hypothèse que des jarres en pierre de plus petite taille auraient pu servir de réceptacles lors de cette phase de décomposition initiale. Les ossements auraient ensuite été transférés dans un contenant plus grand. Ce dernier aurait pu faire office de lieu de repos temporaire, avant un éventuel déplacement des restes vers un troisième et dernier site.

Ce processus d’inhumation en plusieurs étapes pourrait expliquer pourquoi une si grande proportion des jarres dispersées dans la plaine se trouve aujourd’hui vide. Les chercheurs appellent toutefois à la prudence quant à cette interprétation. Des jarres en pierre similaires sont largement réparties à travers le Laos, et il est très probable que les pratiques mortuaires aient varié de manière significative d’une région à l’autre.

Des artefacts qui redessinent les routes commerciales

Au-delà des ossements, l’intérieur de la jarre renfermait plusieurs objets d’accompagnement. L’équipe a recensé 20 perles de verre, cinq dalles de pierre, un petit grelot, un couteau en fer et des éclats de poterie. Plusieurs de ces fragments de céramique ont pu être réassemblés comme un puzzle, révélant qu’ils formaient autrefois un pot rond. Le couteau et le grelot présentent des similitudes avec des éléments découverts sur d’autres sites dans des contextes d’enfouissement, ce qui indique leur importance en tant que biens funéraires.

L’analyse de la composition des perles de verre a révélé que les matériaux dont elles sont constituées proviennent d’Inde du Sud et de Mésopotamie. Cette donnée suggère l’existence de relations commerciales jusqu’alors inconnues entre le Laos et ces régions éloignées, un fait d’autant plus intrigant que d’étranges jarres géantes en pierre, créées par un peuple mystérieux, ont récemment été découvertes en Inde. Les chercheurs poursuivent actuellement l’analyse des os pour identifier ces individus, leur mode de vie et leurs liens de parenté, afin de confirmer si le site représente bien une tombe multigénérationnelle. Ces résultats ont été publiés dans la revue Antiquity.

Cette fouille marque une étape déterminante pour l’étude de la région. Nicholas Skopal conclut : « La préservation rencontrée ici offre une fenêtre exceptionnelle sur les pratiques mortuaires passées, et indique que de nombreux sites comparables pourraient encore exister, attendant d’être découverts ». Il souligne enfin : « L’investigation continue de ces paysages a le potentiel de transformer fondamentalement notre compréhension des dynamiques culturelles et sociales qui ont façonné la région ».

Selon la source : smithsonianmag.com

Créé par des humains, assisté par IA.

facebook icon twitter icon linkedin icon
Copié!
Plus de contenu