Dossier Smith-Lauzon : Christine Fréchette nie toute intervention, l’UPAC confirme une enquête indépendante
Auteur: Adam David
Introduction

La première ministre du Québec, Christine Fréchette, a publiquement pris ses distances vis-à-vis des procédures ayant conduit au licenciement d’Olivier Smith-Lauzon. Ce fonctionnaire du ministère de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie (MEIE) avait récemment transmis des informations au sujet de la filière batterie à Radio-Canada ainsi qu’à la vérificatrice générale (VG).
Ayant choisi de renoncer à son statut de source confidentielle à la suite de son congédiement, Olivier Smith-Lauzon a été démis de ses fonctions la semaine dernière. Cette situation soulève des questions parmi les observateurs politiques concernant les processus internes entourant le traitement des divulgations d’informations au sein de l’appareil gouvernemental québécois.
Les explications du MEIE et les réactions de l’opposition

Le MEIE a expliqué sa décision en indiquant qu’une enquête administrative interne avait permis de conclure à un manquement du fonctionnaire à son devoir de loyauté envers l’institution. Le ministère a par ailleurs fait savoir que son sous-ministre avait également communiqué avec l’Unité permanente anticorruption (UPAC) concernant cette situation.
À l’approche de la fin de la dernière session parlementaire de la législature, jeudi, ce dossier a occupé une place importante dans les discussions à Québec. Les partis d’opposition ont questionné le rôle de Christine Fréchette, lui demandant si elle avait autorisé ou ordonné l’enquête du ministère visant cet employé, que ces formations politiques qualifient de lanceur d’alerte.
Chronologie des événements et déclarations de la première ministre

Face à ces questions, la première ministre a indiqué, lors de la période des questions, ne pas être intervenue dans ce dossier. « Je ne me mêle aucunement des décisions prises par le ministère concernant la gestion des ressources humaines », a-t-elle assuré. « Ce n’est pas de mon ressort et ça ne le sera pas », a aussi déclaré Christine Fréchette, en précisant : « C’est le sous-ministre qui prend action et qui prend l’initiative de faire les démarches qui relèvent de ses responsabilités. »
Un écart dans la chronologie des faits a toutefois été soulevé lorsque Mme Fréchette a confirmé jeudi, à l’Assemblée nationale, qu’elle faisait référence à Olivier Smith-Lauzon lors d’une déclaration faite le 25 mai en entrevue à Radio-Canada. Elle y mentionnait qu’un fonctionnaire avait perdu son emploi pour avoir partagé des informations avec la presse, alors que le congédiement de M. Smith-Lauzon a été officialisé le 3 juin. En réaction à ces dates, le chef parlementaire libéral, André Fortin, a affirmé que la première ministre était impliquée de près dans le dossier. En réponse, la dirigeante a indiqué : « J’ai tout simplement évoqué ce qui m’avait été communiqué. »
L’enquête distincte de l’Unité permanente anticorruption

De son côté, l’UPAC a confirmé jeudi avoir déclenché sa propre enquête, liée à la divulgation d’informations qualifiées d’« extrêmement sensibles ». Celles-ci concernent d’importants contrats et des entreprises cotées en bourse. Lors d’une entrevue avec Radio-Canada, le commissaire Vincent Richer a clarifié que cette investigation était différente de celle ayant mené au congédiement d’Olivier Smith-Lauzon. Il a poursuivi en précisant que l’UPAC n’avait joué aucun rôle dans ce renvoi et que le fonctionnaire n’avait pas été rencontré par les policiers.
Le commissaire Richer a indiqué que cette enquête criminelle porte sur des allégations d’abus de confiance, sans écarter l’éventualité qu’elle puisse mener à des accusations de délit d’initié. Cette procédure fait suite à des dénonciations reçues à la mi-novembre, touchant plusieurs documents dont certains ont par la suite été présentés par le député libéral Monsef Derraji à l’Assemblée nationale. « Notre objectif, ce n’est pas de dire qui a donné de l’information aux journalistes. Notre objectif, c’est de déterminer si cette personne a abusé de la confiance pour en tirer des avantages personnels », a expliqué le dirigeant de l’UPAC.
Discussions parlementaires et contexte industriel

Le commissaire a par ailleurs réagi aux déclarations de certains partis d’opposition laissant entendre, à la suite des reportages de Radio-Canada, que l’enquête de l’UPAC découlait d’une demande de la première ministre Fréchette. « Ça fait un an que je suis là et je n’ai pas senti de pression politique », a assuré Vincent Richer, en poste depuis juin 2025. Il a tenu à souligner sa position : « Je me sens autonome dans mon travail. Donc, quand on accuse mon organisation d’être une police politique, c’est sûr que ça vient me toucher. »
Sur le plan parlementaire, des motions sans préavis ont été déposées jeudi par Québec solidaire et par le Parti québécois. Ces formations demandaient à l’Assemblée nationale de « prendre acte » du fait que le gouvernement a enquêté sur un individu qu’ils identifient comme lanceur d’alerte avant de le congédier. Ces deux initiatives n’ont toutefois pas obtenu le consentement du parti au pouvoir pour être débattues.
Cette situation survient peu après le dépôt d’un rapport de la vérificatrice générale (VG) concernant la filière batterie. Ce document émet des critiques sur la gestion par le gouvernement des aides financières accordées aux entreprises de ce secteur. En parallèle, plusieurs entreprises de cette industrie ont récemment dû ralentir, suspendre ou revoir l’avancement de leurs projets.
Selon la source : ici.radio-canada.ca