Aller au contenu
Le réseau souterrain de champignons de la Terre pourrait s’étendre sur une distance un milliard de fois supérieure à celle qui nous sépare du Soleil
Crédit: lanature.ca (image IA)

Une toile souterraine aux proportions vertigineuses

Comme le rapporte une récente publication scientifique, les chercheurs ont dressé pour la toute première fois une carte mondiale du réseau fongique souterrain de la planète. L’ampleur de cette structure est telle que, si elle était étirée, sa longueur totale atteindrait 110 millions de milliards de kilomètres. Cette distance phénoménale représente plus d’un milliard de fois la distance séparant la Terre du Soleil.

Ces systèmes souterrains, formellement identifiés sous le nom de réseaux de champignons mycorhiziens à arbuscules, s’étendent sur de vastes distances sous nos pieds. Ils établissent une relation commerciale symbiotique avec environ 70 % des espèces végétales présentes sur Terre. Le mécanisme est précis : les champignons fournissent aux plantes de l’azote, du phosphore et de l’eau, et reçoivent en échange du carbone indispensable à leur survie.

Dans des sols sains, ces réseaux mycorhiziens possèdent la capacité d’augmenter la zone de recherche de nourriture des racines d’une plante jusqu’à 100 fois. Ils parviennent simultanément à fournir jusqu’à 80 % de l’apport en phosphore nécessaire au développement du végétal. L’immensité de cette structure redéfinit la compréhension de la vie biologique dissimulée sous la surface terrestre.

Un rôle crucial dans la régulation climatique mondiale

credit : lanature.ca (image IA)

Bien que ces champignons servent d’ingénieurs essentiels des écosystèmes, leur distribution exacte est restée longtemps méconnue. Leur aptitude à échanger des nutriments contre du carbone en fait une force inestimable pour la régulation du climat, car ils contribuent activement à séquestrer le carbone de l’environnement.

Une étude parue dans Cell a récemment chiffré cette capacité d’absorption. Les données montrent que les réseaux de champignons mycorhiziens à arbuscules échangent près de 4 milliards de tonnes d’équivalent dioxyde de carbone chaque année au sein des sols mondiaux.

Ce volume colossal permet de compenser efficacement environ 11 % des émissions mondiales de combustibles fossiles enregistrées au cours de l’année 2021. La cartographie de ces réseaux dépasse ainsi le simple cadre biologique pour devenir un enjeu majeur dans l’évaluation des puits de carbone naturels de la planète.

L’intelligence artificielle au service de l’écosystème invisible

En 2025, une analyse mondiale des schémas de diversité de ces champignons a été publiée, accompagnée d’un nouvel outil numérique appelé Underground Atlas. Cette plateforme a été conçue pour aider les décideurs à localiser les points chauds potentiels de la biodiversité souterraine, bien qu’à l’époque, personne n’eût encore tenté de prédire et de visualiser la densité physique de ces réseaux mondiaux.

Pour pallier ce manque, les scientifiques de la nouvelle étude ont compilé des données sur la densité des réseaux à partir de plus de 16 000 carottes de sol prélevées à travers le globe. Ils ont développé des modèles d’intelligence artificielle intégrant des informations provenant d’écosystèmes variés, incluant les déserts, la toundra et les forêts, afin de prédire la densité dans les zones non échantillonnées.

L’équipe a ensuite collaboré avec le groupe Physics of Behavior de l’AMOLF aux Pays-Bas. Ces spécialistes, qui étudient les mouvements biologiques à travers les mathématiques, la mécanique statistique et les lois quantitatives, ont calibré le modèle grâce à l’imagerie robotique de plus de 300 000 hyphes fongiques vivants cultivés en laboratoire. Ces hyphes constituent les minuscules fils ramifiés qui forment la structure de la majorité des champignons, agissant comme le mode majeur de croissance et d’échange de nutriments.

Des chiffres monumentaux désormais à disposition des gouvernements

credit : lanature.ca (image IA)

L’utilisation combinée de ces ensembles de données a permis à l’équipe d’estimer la masse et la longueur totales des réseaux de champignons mycorhiziens à arbuscules sur Terre. Les calculs démontrent que ces structures possèdent une masse d’environ 300 mégatonnes de carbone, ce qui correspond à 4 à 6 fois la masse de l’ensemble des humains vivants.

Le Dr Justin Stewart, de la Society for the Protection of Underground Networks (SPUN), a souligné l’ampleur de cette découverte dans une déclaration officielle : « Il est difficile d’exagérer l’importance et l’énormité de ces champignons ». Le spécialiste a précisé un ratio saisissant : « Il pourrait y avoir jusqu’à 10 mètres (32 pieds) de réseau mycorhizien dans une seule cuillère à café de terre. »

Ces estimations ont été calculées pour chaque kilomètre carré de terre émergée. C’est la toute première fois que les réseaux mycorhiziens du monde sont visualisés avec une telle échelle et une telle résolution. L’intégralité des données ayant permis d’établir cette cartographie est désormais disponible en téléchargement pour tous les gouvernements ou décideurs souhaitant surveiller la santé de ces communautés souterraines critiques.

Des écosystèmes fragilisés par l’activité agricole intensive

credit : lanature.ca (image IA)

Malgré leur gigantisme, les réseaux mycorhiziens demeurent particulièrement vulnérables. Les recherches récentes démontrent qu’à travers les terres cultivées, la densité mycorhizienne est environ la moitié de celle observée dans les écosystèmes sauvages.

Les écosystèmes de prairies sauvages abritent environ 40 % de la biomasse mycorhizienne de la planète. Ces espaces figurent parmi les écosystèmes les moins protégés et sont actuellement convertis en terres agricoles quatre fois plus rapidement que ne le sont les forêts.

Le Dr Toby Kiers, biologiste de l’évolution et directeur exécutif de SPUN, tire la sonnette d’alarme : « Les champignons ont été ignorés dans le domaine du climat et de la conservation pendant trop longtemps. Il est maintenant temps de changer cette trajectoire ». Le biologiste Dr Merlin Sheldrake ajoute que ces organismes « ont façonné la vie sur terre pendant des centaines de millions d’années, mais nous comprenons encore trop peu comment l’infrastructure de ces systèmes de transport vivants est distribuée à travers la planète ».

Publiée dans la revue Science, cette recherche indique clairement les domaines où de futures investigations sont requises. Comme le conclut le Dr Sheldrake : « Cette étude est une étape passionnante pour comprendre comment ce système circulatoire planétaire fonctionne et suggère des moyens par lesquels nous pouvons mieux travailler avec les champignons pour aider à relever bon nombre des défis actuels de notre époque, de la sécurité alimentaire au changement climatique. »

Selon la source : iflscience.com

facebook icon twitter icon linkedin icon
Copié!
Plus de contenu