Des archéologues découvrent un sarcophage de 1,80 m au fond d’un escalier oublié
Auteur: Mathieu Gagnon
Une trouvaille archéologique monumentale au bout de neuf marches

Selon un article rédigé par Tim Newcomb et publié le 11 juin 2026, une équipe archéologique conjointe égypto-italienne a fait une percée historique près du mausolée de l’Aga Khan. Située sur la rive ouest du Nil, dans la ville d’Assouan, cette expédition a permis de révéler une tombe gréco-romaine enfouie au pied d’un escalier de pierre comptant neuf marches.
Cet escalier descend vers les profondeurs et est entouré de bancs en briques crues, des structures qui étaient très probablement destinées à abriter des offrandes funéraires. Une fois descendus à plus d’un mètre quatre-vingts sous terre, les chercheurs ont mis au jour ce que le ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités décrit dans une déclaration officielle comme « l’une des tombes les plus impressionnantes sur le plan architectural et les mieux préservées mises au jour à ce jour ».
Au cœur de cette chambre funéraire, creusée directement dans la roche et identifiée sous le nom de Tombe 38, se trouve la pièce maîtresse de la découverte. Il s’agit d’un sarcophage en calcaire mesurant près d’un mètre quatre-vingts de haut, méticuleusement posé sur une plateforme elle-même taillée dans la pierre.
Les secrets du haut dignitaire Ka-Mesiu

La mission archéologique, dirigée conjointement par le Conseil suprême des Antiquités et l’Université de Milan, a pu identifier le propriétaire des lieux grâce à de nombreuses inscriptions hiéroglyphiques. Ces textes anciens forment des colonnes verticales courant sur toute la longueur du sarcophage en calcaire.
Ces écrits comprennent des prières adressées aux divinités locales, tout en fournissant un registre précis indiquant que le propriétaire de la tombe, un certain Ka-Mesiu, occupait le rang de haut dignitaire. Le sarcophage se distingue par son couvercle anthropoïde, qui présente un « visage humain finement détaillé orné d’une perruque décorative et de caractéristiques peintes remarquables ».
Outre le sarcophage principal, la Tombe 38 recelait plusieurs autres momies, y compris des restes d’enfants. L’équipe scientifique travaillant sur le site n’a toutefois pas encore pu déterminer avec une certitude absolue si l’ensemble de ces corps se trouvait à l’origine à l’intérieur du grand sarcophage de Ka-Mesiu ou dispersé dans la chambre funéraire.
L’immense cartographie de la nécropole d’Aga Khan

La Tombe 38 n’est qu’une infime partie d’un paysage funéraire d’une ampleur insoupçonnée. Un chapitre des actes de l’Université de Milan publié en 2026 décrit la nécropole d’Aga Khan comme un cimetière bien plus vaste que ne le laissait présager la première découverte. Les données topographiques indiquent que plus de 400 tombes ont été géoréférencées sur une superficie dépassant les 75 000 mètres carrés.
Ce même document scientifique précise que la zone étudiée couvre pour l’instant environ 25 000 mètres carrés, avec plus de 500 tombes initialement cartographiées. Les archéologues estiment désormais que l’étendue totale de la nécropole pourrait frôler les 200 000 mètres carrés. Sherif Fathy, le ministre égyptien du Tourisme et des Antiquités, a souligné que cette trouvaille offre « de nouvelles perspectives sur les dynamiques sociales de la région pendant les périodes ptolémaïque et romaine ».
Un volume publié par l’Université de Milan et Gangemi en 2026 présente la population autour d’Assouan comme une société frontalière multiculturelle. Cette communauté mixte, vivant près des secteurs d’Éléphantine et de Syène, regroupait des Égyptiens, des Nubiens, des Perses, des Phéniciens, des Grecs et des Romains, faisant de la Tombe 38 l’élément d’un cimetière frontalier diversifié plutôt qu’un simple caveau isolé destiné à un propriétaire célèbre.
Radiologie médicale et mœurs sociales des tombes égyptiennes
Mohamed Ismail Khaled, secrétaire général du Conseil suprême des Antiquités, a révélé que la nécropole était utilisée par différentes classes sociales sur un très long laps de temps. Les élites bénéficiaient de sépultures situées au sommet du plateau, tandis que les membres de la classe moyenne étaient inhumés le long des pentes près du mausolée de l’Aga Khan. Les artefacts et les momies des tombes AGH038 et AGH039, fouillées en 2025, couvrent une période s’étalant du IIIe siècle avant notre ère au IIe siècle de notre ère.
Les recherches scientifiques de pointe se poursuivent au niveau du site de la mission italo-égyptienne dans l’ouest d’Assouan, connue sous l’acronyme EIMAWA. Un poster de la Société européenne de radiologie a rapporté des découvertes issues de tomodensitométries effectuées sur deux momies superposées provenant d’une autre tombe du site, identifiée sous le code AGH026.
Initialement, les chercheurs pensaient avoir affaire à une mère et son enfant. Les imageries médicales ont finalement reclassé ces dépouilles comme étant celles de deux enfants, âgés respectivement d’environ 4 à 6 ans et 8 à 9 ans. Le processus de déballage virtuel via les scanners a permis de visualiser des éléments de support en bois utilisés lors de la momification, des dommages post-mortem infligés à l’anatomie interne, ainsi que des bracelets ou des manchettes dissimulés sous les bandelettes.
Maladies, surmortalité infantile et réutilisation du site à travers les âges

La synthèse EIMAWA de l’année 2026 offre un portrait complexe des pratiques funéraires, souvent chaotiques dans la réalité concrète de ce type de cimetière antique. Le document archéologique signale des nombres minimums d’individus très élevés dans certaines des plus grandes tombes et avertit que le mélange constant des restes osseux complique fortement le décompte exact des inhumations.
L’analyse des squelettes a permis de déceler des preuves claires de tuberculose et d’arthrite dans d’autres secteurs de l’immense nécropole. Face à ces données, les chercheurs suggèrent que la présence de maladies contagieuses pourrait expliquer certaines phases d’inhumation particulièrement denses, impliquant des groupes familiaux entiers ou des grappes composées majoritairement d’enfants.
Mohamed Abdel-Badei, chef du secteur des antiquités égyptiennes au Conseil suprême des Antiquités, a précisé que le vaste plateau abrite une série de grandes tombes souterraines datant de la période ptolémaïque, initialement destinées à des familles de l’élite locale avant d’être massivement réutilisées durant l’ère romaine. La question centrale pour les experts n’est désormais plus de savoir qui d’autre repose sous ce sol archéologique, mais de comprendre l’identité de ces individus, la manière dont les tombes ont été réutilisées, et comment une ville frontalière a géré ses défunts au fil des siècles.
Selon la source : popularmechanics.com