Des étudiants regardent dans une pièce verrouillée et découvrent une ancienne maison romaine
Auteur: Mathieu Gagnon
Une légende urbaine étudiante devenue réalité historique

Pendant de nombreuses années, les élèves de l’école secondaire Liceo Scientifico Cavour à Rome ont échangé des rumeurs concernant un secret dissimulé sous le plancher de leur gymnase. Ces bruits de couloir évoquaient des pièces mystérieuses, des œuvres d’art antiques et des passages souterrains dont aucun adulte ne semblait vouloir confirmer ou démentir l’existence. Les récits passaient d’une classe à l’autre à la manière d’objets de contrebande, devenant de plus en plus élaborés à chaque nouvelle narration.
Cependant, le corps enseignant refusait de prendre ces légendes urbaines au sérieux. Claudia Marino, professeure d’histoire et de latin au sein de l’établissement, a d’ailleurs confié au journal The Times qu’elle avait elle-même balayé ces on-dit par le passé. « Il y a dix ans, un élève m’a raconté cette histoire, mais je n’y ai pas prêté beaucoup d’attention », a-t-elle déclaré.
La situation a radicalement changé lors d’un mouvement de contestation lycéen. Au cours d’une manifestation de plusieurs jours ayant entraîné l’occupation et le blocage de l’établissement, les adolescents ont pu parcourir les moindres recoins du bâtiment sans la supervision des adultes. À l’issue de cet événement, les rumeurs avaient pris une tout autre dimension : les jeunes avaient décidé de vérifier les faits par eux-mêmes et ont assuré à leur professeure qu’il y avait véritablement quelque chose dans les sous-sols.
L’exploration audacieuse des souterrains du lycée

Piquée par la curiosité, Claudia Marino a décidé d’accompagner un groupe d’élèves pour mener l’enquête. Leurs recherches les ont conduits à mettre la main sur une clé permettant d’ouvrir une lourde porte en fer verrouillée. Derrière celle-ci, ils ont pénétré dans une chaufferie désaffectée, un espace encombré par de vieux équipements laissés à l’abandon au fil du temps.
En s’enfonçant plus profondément dans cette pièce plongée dans l’obscurité, le petit groupe a vu se matérialiser d’authentiques murs romains. L’enseignante et ses élèves se sont alors glissés à travers une étroite ouverture. Ce passage insolite les a fait basculer de l’époque contemporaine à l’Antiquité, en les menant directement à l’intérieur d’une ancienne villa.
La découverte s’est révélée vertigineuse : il s’agissait d’une luxueuse maison romaine datant du deuxième siècle, restée virtuellement intacte après avoir été plongée dans le noir pendant des générations. Selon une déclaration publiée par le lycée, les plafonds voûtés arboraient encore leur stuc d’origine, les murs étaient ornés de fresques florales et figuratives, tandis que les sols étaient pavés de mosaïques complexes.
L’intervention des experts archéologues et l’exhumation des trésors

Face à l’ampleur de cette trouvaille fortuite, les archéologues de la Surintendance spéciale de Rome n’ont pas tardé à investir les lieux pour prendre le relais. Leur campagne de fouilles, qui a débuté en janvier 2026 et dont les résultats ont été présentés au public le 28 mai, a permis de confirmer la valeur inestimable du site découvert par les adolescents. L’édifice a été identifié comme une domus de la période médio-impériale.
Les équipes de chercheurs ont déjà pu extraire 48 caisses d’artefacts historiques. Parmi les trésors exhumés figurent une mosaïque composée de grands carreaux de forme irrégulière, une technique très en vogue au cours du deuxième siècle de notre ère. Les ornements en stuc et les peintures murales s’étendent de manière ininterrompue jusqu’aux voûtes du plafond, offrant un témoignage saisissant du faste de l’époque.
Cette demeure, désormais officiellement baptisée « Domus Liceo Cavour », appartenait vraisemblablement à un membre de la famille Umbrius, possiblement originaire de la région du Samnium, située dans le centre-sud de l’Italie. Des inscriptions découvertes sur des tuyaux en plomb révèlent deux noms : L. Fabius Gallus et Umbria Albina. Les chercheurs soulignent toutefois que des analyses supplémentaires sont nécessaires pour confirmer s’ils étaient les véritables propriétaires des lieux.
Un secret archéologique visité par plusieurs générations
La configuration géographique de cette découverte est tout aussi remarquable. Le bâtiment qui abrite aujourd’hui le lycée a été construit entre 1865 et 1885 pour servir de siège à une congrégation missionnaire catholique, et se situe à moins de mille pieds (environ 300 mètres) du célèbre Colisée de Rome. Les archives historiques indiquent que lors de la pose des fondations de cet édifice au XIXe siècle, les ouvriers avaient déjà signalé aux autorités locales la mise au jour d’un angle de la maison antique.
Cependant, la piste s’est mystérieusement arrêtée là. Après ce signalement initial, il n’existe plus aucune mention officielle de cette villa romaine dans les registres. Le site est alors retombé dans un oubli administratif total, jusqu’à ce que l’établissement scolaire actuel ne s’installe dans les murs en 1962.
Malgré ce silence institutionnel, le lieu n’avait jamais été complètement épargné par les visites clandestines. Les murs de la domus portent les stigmates de curieux passés : des graffitis datant des années 1940 et 1950 y ont été gravés. Plus récemment, des traces de peinture en aérosol, presque certainement laissées par d’autres générations de lycéens au fil des décennies, prouvent que l’existence de cette cavité était un secret largement partagé parmi les adolescents les plus téméraires.
Un avenir prometteur pour la « Domus Liceo Cavour »

Le potentiel archéologique du site est loin d’être épuisé. Seule une partie de la Domus Liceo Cavour a été explorée jusqu’à présent, et les relevés suggèrent qu’elle s’étend bien au-delà, très probablement jusque sous la cour intérieure de l’établissement scolaire. Dans une déclaration officielle, le ministère italien de la Culture a insisté sur l’importance de ce chantier exceptionnel.
« Compte tenu de l’état de conservation spectaculaire de toutes les peintures à l’intérieur de ces pièces, il est essentiel qu’elles soient entièrement fouillées pour révéler l’ensemble du schéma décoratif et permettre sa documentation détaillée », a souligné le ministère. Ce vaste projet archéologique bénéficie actuellement d’un financement alloué dans le cadre du Plan national de relance et de résilience de l’Italie.
À terme, l’objectif des autorités est d’ouvrir cet espace historique aux visiteurs extérieurs. Dans un clin d’œil à l’histoire récente de cette fabuleuse découverte, ce sont les élèves du lycée eux-mêmes qui endosseront le rôle de guides touristiques. Une conclusion logique pour ces jeunes qui, depuis de nombreuses années, étaient les seuls à connaître la vérité dissimulée sous leurs pieds.
Selon la source : popularmechanics.com