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Découverte en Chine : le plus vieux fromage du monde servait d’offrande funéraire il y a plus de 3 000 ans
Crédit: lanature.ca (image IA)

Une découverte archéologique majeure dans le bassin du Tarim

credit : lanature.ca (image IA)

Le fromage possède une aura presque mystique dans notre culture gastronomique, suscitant parfois un respect que l’on pourrait qualifier de religieux lors des dégustations. Cette révérence n’est pas uniquement une notion contemporaine, mais plonge ses racines dans l’Antiquité. Comme le rapportent les publications de la revue scientifique Cell, le plus vieux fromage jamais découvert a possiblement été conçu pour nourrir les défunts dans l’au-delà.

Il y a environ deux décennies, une équipe d’archéologues a mis au jour une mystérieuse substance blanche dans le cimetière de Xiaohe, situé dans le bassin du Tarim, au nord-ouest de la Chine. Cette nécropole abrite des momies datant de l’âge du bronze, estimées entre 3 300 et 3 600 ans. Ces corps ont été préservés grâce à une momification naturelle, favorisée par un sol incroyablement sec et particulièrement salé.

La découverte s’est distinguée par la répartition de cette fameuse matière blanche, dispersée de manière énigmatique autour des têtes et des cous des momies. Dès les premières observations, les spécialistes ont émis l’hypothèse qu’il s’agissait d’un produit laitier fermenté, sans pour autant pouvoir en déterminer la nature exacte à cette époque.

Le fromage perçu comme un viatique vital pour l’au-delà

credit : lanature.ca (image IA)

L’emplacement de cette substance dans les tombes n’avait rien d’anodin. Les défunts reposaient dans de singuliers cercueils taillés en forme de bateaux, et la position des morceaux de fromage résultait d’un dépôt délibéré. C’est pourquoi la communauté scientifique s’est accordée pour dire qu’il s’agissait probablement d’un bien funéraire d’une grande valeur rituelle.

Bien qu’il soit complexe d’établir des certitudes absolues sur les croyances d’une époque si lointaine, les chercheurs estiment que le peuple ancestral de Xiaohe souhaitait offrir aux morts une ressource vitale et nourricière. Ce fromage devait servir de provision essentielle pour affronter le long voyage spirituel censé suivre le trépas.

L’enquête a connu un premier rebondissement en 2014, lorsque des archéologues chinois ont identifié la matière comme étant une variété de fromage à pâte molle, apparentée au kéfir. Il aura fallu faire preuve de patience, car la confirmation définitive de cette hypothèse a nécessité presque dix années supplémentaires de recherches approfondies.

La génétique perce enfin le mystère des méthodes de fabrication

credit : lanature.ca (image IA)

C’est en 2024 que le mystère, en fermentation depuis longtemps, a finalement été résolu par les chercheurs. Les analyses de pointe ont formellement prouvé que la substance blanche était bel et bien du kéfir. Les experts sont même allés plus loin en ayant identifié la bactérie spécifique qui a permis sa création, marquant une avancée majeure dans la compréhension des techniques culinaires antiques.

Pour parvenir à ce résultat spectaculaire, l’équipe scientifique a minutieusement extrait l’ADN de plusieurs échantillons prélevés au sein de trois tombes distinctes du cimetière. Ces prélèvements ont révélé la présence simultanée de traces génétiques appartenant à des vaches et à des chèvres.

Cette découverte met en lumière une pratique fromagère singulière propre au peuple de Xiaohe. Contrairement aux traditions moyen-orientales et grecques qui privilégiaient le mélange des différents laits pour la confection, les artisans de cette région d’Asie utilisaient les laits animaux dans des lots strictement séparés.

Les micro-organismes du kéfir redessinent la carte des origines

credit : Wenying Li (CC BY-SA)

Le séquençage génétique a permis de lister avec précision les espèces bactériennes et fongiques contenues dans ce fromage, notamment le « Lactobacillus kefiranofaciens » et le « Pichia kudriavzevii ». Ces micro-organismes composent les grains de kéfir modernes, agissant comme des cultures symbiotiques de bactéries probiotiques et de levures destinées à fermenter le lait, de la même manière qu’un levain naturel pour le pain.

Aujourd’hui, la science classe ces bactéries lactiques en deux grands groupes distincts : le premier trouve ses origines en Russie, tandis que le second provient du Tibet. La souche russe s’avère être la plus largement exploitée aux États-Unis, au Japon et sur le continent européen pour la fermentation des yaourts et des fromages contemporains.

L’étude approfondie du kéfir antique a permis de retracer l’évolution de ces bactéries. Les chercheurs ont constaté que l’ancien « Lactobacillus kefiranofaciens » se rapproche génétiquement du groupe tibétain. Ce constat remet en question la théorie dominante affirmant que le kéfir serait apparu exclusivement dans les montagnes du Caucase du Nord, sur le territoire russe actuel, et confirme que la culture fromagère s’est maintenue dans la région du Xinjiang depuis l’âge du bronze.

Une adaptation symbiotique à l’intestin humain à travers les siècles

credit : lanature.ca (image IA)

Les investigations scientifiques ne se sont pas limitées à la géographie. Elles ont également mis en évidence la manière dont la bactérie « Lactobacillus kefiranofaciens » a optimisé sa stabilité génétique et perfectionné ses capacités de fermentation. Cette évolution fascinante s’est forgée grâce à de multiples échanges génétiques qui ont traversé les millénaires.

En comparant les souches anciennes aux souches actuelles, les chercheurs ont observé une différence notable dans la tolérance de notre organisme. Les bactéries contemporaines sont devenues beaucoup moins susceptibles de provoquer des réponses immunitaires indésirables dans l’intestin humain, un trait d’adaptation qui faisait défaut à leurs ancêtres de l’âge du bronze.

Au fil des siècles, le processus de mutation et d’échange génétique a permis à ces bactéries lactiques de s’adapter intimement à leurs hôtes humains, créant une symbiose perfectionnée entre le système digestif et l’alimentation. Pour toute question médicale liée à la tolérance digestive ou aux probiotiques, consultez un professionnel de santé qualifié.

Selon la source : iflscience.com

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