Un homme de 70 ans parti cueillir des champignons ne rentrera pas. Son corps a été retrouvé en forêt dans la préfecture d’Iwate, dans le nord du Japon, portant les stigmates de ce que la police soupçonne être une nouvelle attaque d’ours. Un drame qui vient nourrir une angoisse grandissante dans l’archipel, où les rencontres entre l’homme et l’animal virent de plus en plus souvent à la confrontation.
Une année déjà record
Le bilan officiel, avant même cette dernière affaire, est déjà lourd. Depuis le début de l’année fiscale en avril, le ministère de l’Environnement dénombrait six décès imputés aux ours, égalant le triste record de 2023. Mais la série noire de ces dernières semaines pourrait bien faire exploser les compteurs.
La semaine dernière, trois autres attaques mortelles présumées ont été recensées. Si la piste de l’ours se confirme pour chacune d’elles, le Japon ferait face à sa pire année jamais enregistrée en la matière. Une statistique glaçante qui illustre une tension palpable sur le terrain.
Une succession d'attaques d'une rare violence
Les détails des récents drames témoignent d’une violence inouïe. Toujours dans la région d’Iwate, un autre homme a été retrouvé mort mercredi. Selon la chaîne de télévision locale TV Iwate, son corps était terriblement mutilé, sa tête et son torse ayant été séparés. Quelques jours plus tôt, dans la préfecture de Nagano, un randonneur de 78 ans était découvert sans vie, le corps couvert de multiples griffures.
Même si les enquêtes sont toujours en cours pour confirmer formellement la cause de chaque décès, le faisceau d’indices pointe systématiquement vers le même prédateur.
Plus d'une centaine de blessés en six mois
Au-delà des drames mortels, c’est la fréquence des rencontres qui inquiète. Entre avril et septembre, pas moins de 103 personnes ont été blessées par des ours à travers le pays. Des chiffres qui ne cessent d’augmenter et qui montrent que le problème n’est plus confiné à quelques zones isolées.
Les ours s’aventurent de plus en plus près des habitations, poussés par des changements environnementaux profonds et par la désertification des campagnes qui réduit la frontière entre le monde sauvage et celui des hommes.
Quand l'ours s'invite au supermarché
L’image a de quoi surprendre. Mardi, dans la préfecture de Gunma, au nord de Tokyo, un ours adulte a fait irruption dans un supermarché. L’animal, visiblement agité, a déambulé entre les rayons, blessant deux hommes et semant la panique parmi les clients avant de s’enfuir.
« C’est la première fois que nous voyons ça », a confié, encore sous le choc, Hiroshi Horikawa, un responsable de l’enseigne. Le magasin est certes proche de zones montagneuses, mais jamais une telle incursion n’avait eu lieu. Un signe que les règles de la cohabitation sont en train de changer.
Même les touristes ne sont pas épargnés
Le phénomène touche jusqu’aux lieux les plus emblématiques du pays. Dimanche dernier, un touriste espagnol a été attaqué à un arrêt de bus dans le village de Shirakawa-go, pourtant classé au patrimoine mondial de l’Unesco pour ses maisons traditionnelles. L’incident rappelle que personne n’est à l’abri et que la menace est désormais présente partout où la forêt n’est pas loin.
une cohabitation devenue impossible ?
Face à cette escalade, le Japon est en proie au doute. Comment protéger une population vieillissante dans les campagnes tout en préservant une espèce sauvage emblématique ? Le changement climatique, qui perturbe les sources de nourriture des ours, et le déclin démographique rural créent un cocktail explosif.
La cohabitation, autrefois tacite et distante, est devenue une confrontation quasi quotidienne. Une nouvelle réalité anxiogène à laquelle le pays va devoir, d’une manière ou d’une autre, s’adapter.
Selon la source : geo.fr