Le mystère de la soie de mer dorée, vieux de 2000 ans, enfin résolu par la science
Auteur: Mathieu Gagnon
Imaginez un tissu si précieux, si rare, qu’il était autrefois réservé aux empereurs et aux papes. Une étoffe d’un or éclatant, légère comme une plume et pourtant incroyablement résistante. Ce n’est pas un conte de fées, mais l’histoire bien réelle de la « soie de mer ». Et aujourd’hui, grâce à des scientifiques coréens, ce trésor que l’on pensait perdu est en train de renaître de ses cendres.
Une équipe de l’Université de science et de technologie de Pohang (POSTECH) a réussi l’impensable : recréer cette fibre légendaire et, par la même occasion, percer le secret de sa couleur dorée qui ne s’est jamais ternie en 2000 ans. C’est une histoire fascinante qui mêle histoire ancienne, biologie marine et innovation de pointe.
Un trésor de l'Antiquité, réservé aux puissants
La soie de mer, ou « byssus », n’est pas une soie comme les autres. Elle ne vient pas d’un ver, mais d’un grand coquillage de Méditerranée, le Pinna nobilis, une sorte de grande moule. Ce mollusque produit des filaments très fins et solides pour s’accrocher aux rochers. Ce sont ces filaments, une fois nettoyés et filés, qui donnent ce textile extraordinaire.
On l’appelait la « fibre d’or de la mer ». Sa renommée était telle dans le monde romain antique qu’elle était l’un des textiles les plus chers qui soient. On dit même que le célèbre Voile de Manoppello, une relique précieuse conservée en Italie, serait tissé avec cette fameuse soie de mer. C’est dire son importance historique et culturelle.
Un héritage menacé par la modernité
Malheureusement, ce savoir-faire ancestral a failli disparaître à tout jamais. La faute à qui ? À nous, en quelque sorte. La pollution marine et les changements écologiques ont mis le Pinna nobilis en grand danger. L’espèce est aujourd’hui protégée, et l’Union européenne a même totalement interdit sa récolte.
La production de soie de mer est donc devenue quasi inexistante, un art pratiqué par une poignée d’artisans qui ne peuvent produire que de minuscules quantités. Le tissu des empereurs était devenu une simple relique du passé.
L'ingénieuse solution venue de Corée
C’est là que nos scientifiques coréens entrent en scène. L’équipe menée par le professeur Dong Soo Hwang et la professeure Jimin Choi a eu une idée brillante. Ils se sont tournés vers un cousin du coquillage méditerranéen, le Atrina pectinata, qui est cultivé sur les côtes coréennes pour être mangé.
Ce coquillage produit lui aussi des filaments de byssus pour s’ancrer. Jusqu’à présent, ces filaments étaient considérés comme un déchet et simplement jetés. Les chercheurs ont découvert que ces fils étaient physiquement et chimiquement très similaires à ceux du Pinna nobilis. En les traitant, ils ont réussi à recréer une soie de mer à l’apparence identique. Une véritable résurrection !
Le secret de cette couleur dorée qui ne s'efface jamais
Mais leur découverte ne s’arrête pas là. Ils ont aussi résolu le plus grand mystère de la soie de mer : pourquoi sa couleur dorée ne s’estompe-t-elle JAMAIS ? La réponse est surprenante : la couleur ne vient pas d’un pigment ou d’une teinture. C’est ce qu’on appelle une « coloration structurelle ».
En gros, c’est la structure même de la fibre à une échelle microscopique qui crée la couleur. Les scientifiques ont identifié une protéine en forme de petites sphères, qu’ils ont baptisée « photonine ». Ces sphères sont arrangées en couches parfaites qui réfléchissent la lumière d’une manière bien précise, produisant cet éclat doré. C’est le même principe qui donne leurs couleurs aux bulles de savon ou aux ailes de certains papillons. Et comme c’est la structure qui fait la couleur, elle est incroyablement stable et ne se dégrade pas avec le temps.
Bien plus qu'un simple tissu
Cette recherche est une petite révolution. D’une part, elle fait revivre un patrimoine historique et culturel exceptionnel. D’autre part, elle ouvre des portes incroyables pour l’avenir. Le fait de transformer un déchet marin en un textile de grande valeur est un exemple parfait d’économie durable.
Comme l’a dit le professeur Dong Soo Hwang, cette technologie permet de créer des couleurs qui durent une éternité, sans utiliser la moindre goutte de teinture ou le moindre métal. On peut donc imaginer, demain, des vêtements aux couleurs éclatantes et durables, tout en étant respectueux de l’environnement. Finalement, cette vieille soie de mer est peut-être le tissu du futur. Qui l’eût cru ?
Selon la source : scitechdaily.com