Des scientifiques ont peut-être enfin percé le mystère des origines de Christopher Columbus
Auteur: Mathieu Gagnon
L’exhumation qui bouscule l’histoire de la navigation
Le célèbre navigateur a délibérément maintenu le secret autour de son ascendance tout au long de sa vie. Historiquement, le personnage suscite des analyses profondes et souvent controversées, étant à la fois largement crédité de la découverte des Amériques et tenu responsable du traitement brutal infligé aux peuples autochtones déjà installés sur ces terres.
Jusqu’à présent, les experts s’étaient montrés incapables de découvrir avec précision tous les détails de son passé, y compris son lieu d’origine exact. Pour obtenir une réponse définitive, un groupe de chercheurs a entrepris l’exhumation des corps de douze descendants du navigateur reposant dans une crypte espagnole située en périphérie de Séville. Cette démarche visait à extraire leur ADN pour révéler les faits concernant l’histoire familiale de Christophe Colomb.
Dans une étude récemment téléchargée sur le serveur de pré-publication bioRxiv, l’équipe affirme qu’en cartographiant l’ADN de sept descendants directs, un modèle surprenant d’ADN identique a été révélé chez l’un de ses arrière-arrière-petits-fils. Cette avancée jette un nouvel éclairage sur un mystère vieux de plusieurs siècles.
Des archives génoises aux preuves génétiques espagnoles

Pendant des décennies, le consensus des experts situait la naissance de l’explorateur en 1451 au sein de la République de Gênes, un territoire appartenant aujourd’hui à l’Italie. Les archives suggéraient qu’il était possiblement le fils de Dominico Colombo et Susanna Fontenarossa. Il aurait d’abord effectué un apprentissage dans l’entreprise de tissage de laine de son père tout en étudiant la navigation et la cartographie, avant de débuter sa carrière maritime sur des navires marchands dès l’adolescence.
Les théories sur sa véritable identité ont régulièrement lié son héritage à des régions variées allant de l’Italie au Portugal, en passant par l’Espagne et même l’Écosse. Cependant, les chercheurs affirment aujourd’hui que l’ADN récolté présente un lien génétique direct entre ses descendants et les maisons nobles de Sotomayor en Galice et de Zúñiga en Navarre. Ces deux lignées sont situées dans le nord de l’Espagne, offrant aux scientifiques la première preuve ADN concrète appuyant l’idée d’une ascendance galicienne.
Les auteurs de l’étude ont écrit que leurs découvertes fournissent « un soutien génétique robuste à l’hypothèse d’une provenance galicienne pour Christophe Colomb, posant une fondation définitive au sein du discours scientifique pour la réévaluation de son identité historique. »
Une enquête menée avec des technologies de pointe

Pour traquer la vérité, les scientifiques ont entamé leurs investigations à la crypte familiale située dans l’église Santa Maria de Gracia à Gelves, en Espagne, à l’extérieur de Séville. La documentation historique indiquait que le tombeau de la famille des comtes de Gelves offrait aux experts la meilleure chance de comprendre l’ADN de la lignée, puisqu’il contenait la plus grande concentration de descendants directs.
Ce site funéraire regroupe des sépultures datant du seizième au dix-huitième siècle. L’équipe a procédé à l’exhumation de douze corps tirés de cette crypte. Elle a ensuite fait correspondre les profils d’âge et de sexe de ces dépouilles avec les archives historiques disponibles afin d’identifier formellement chaque individu étudié.
Le protocole a nécessité une analyse paléo-chimique pointue. Les experts ont eu recours à des déterminations radiocarbones et isotopiques, à la numérisation 3D des échantillons, et à la spectroscopie de plasma induit par laser (LIBS) pour l’analyse de la composition élémentaire. Ces étapes ont été suivies par des études génétiques utilisant le séquençage parallèle massif dans le but de reconstruire le réseau de parenté au sein de la crypte.
L’anomalie génétique qui relie les pièces du puzzle

La surprise majeure de ces recherches est survenue lorsque deux des corps ont révélé un degré inattendu de connexion génétique avec la figure historique. Les dépouilles concernées étaient celles de María de Castro Girón de Portugal, la sixième comtesse consort de Gelves, et de Jorge Alberto de Portugal, le troisième comte de Gelves et arrière-arrière-petit-fils du navigateur.
Ces deux individus partageaient un total de 123,966 centimorgans d’ADN, incluant un segment IBD contigu de 50,605 centimorgans. Ces chiffres reflètent un degré de parenté que les chercheurs n’avaient pas anticipé, puisqu’aucune relation directe entre eux n’avait été documentée historiquement. Face à ces données inattendues, ils ont ciblé leurs informations génétiques pour chercher encore plus de preuves.
L’équipe a employé une analyse de « Knock-out virtuel » pour tester systématiquement quelle figure ancestrale pouvait expliquer l’ADN partagé entre María de Castro et Jorge Alberto de Portugal. Cette méthode a fini par révéler que Pedro Álvarez de Sotomayor était le lien crucial : lorsqu’il était informatiquement retiré de l’arbre généalogique, la parenté entre les deux individus était complètement éliminée.
La fin d’un secret vieux de plusieurs siècles

Ces nouvelles données, associées à l’analyse génétique effectuée sur le reste des ossements de la crypte, ont donné aux chercheurs, pour la première fois, une ligne génétique directe entre un descendant et les maisons nobles de Sotomayor en Galice et de Zúñiga en Navarre. Cette percée scientifique consolide la piste du nord de l’Espagne pour les origines du navigateur.
« Les résultats confirment que les restes déposés dans la crypte de l’église Santa Maria de Gracia sont bien ceux des comtes de Gelves, comme les récits historiques l’avaient suggéré », ont écrit les auteurs. Ils ont ensuite affirmé : « Cette étude établit un cadre cohérent reliant la lignée de Colomb à l’ancienne noblesse galicienne et navarraise. »
L’explorateur avait pris soin de dissimuler son ascendance de son vivant, pour des raisons qui lui appartenaient. Aujourd’hui, une équipe de chercheurs déterminés a mis fin à des siècles d’incertitudes en résolvant ce mystère génétique à travers l’étude minutieuse de ses héritiers.
Selon la source : popularmechanics.com