Vous pourriez porter jusqu’à 4 % d’ADN néandertalien, ce qui pourrait affaiblir vos défenses contre les virus
Auteur: Mathieu Gagnon
Un héritage génétique lourd de conséquences

Toutes les populations non africaines vivant aujourd’hui portent en elles entre 2 et 4 pour cent d’ADN de Néandertal. Ce pourcentage invisible continue de façonner notre biologie de multiples manières au quotidien.
Certaines personnes pourraient suggérer qu’il s’agit là d’un juste retour des choses lié à ce métissage antique avec eux. Les scientifiques observent que toutes ces conséquences génétiques ne sont pas positives pour le fonctionnement du corps humain.
De nouvelles recherches démontrent que les gènes hérités de nos cousins aujourd’hui disparus peuvent entraver la capacité de notre système immunitaire à repousser certains virus. Cet héritage millénaire influence directement nos mécanismes de défense contemporains face aux maladies.
Deux catégories de virus aux comportements opposés

Des travaux antérieurs ont mis en lumière le comportement de ces allèles néandertaliens, qui sont des variants génétiques spécifiques. Ces études ont révélé qu’ils stimulent nos défenses contre les virus à ARN.
Ces agents pathogènes particuliers ont la caractéristique de provoquer des infections aiguës et localisées. Face à ces attaques directes, l’organisme bénéficie d’une protection renforcée grâce à cette empreinte du passé.
La dynamique s’inverse lorsqu’il s’agit des virus à ADN. Ces derniers se cachent dans notre corps pendant de longues périodes, produisant des effets retardés, systémiques et chroniques, contre lesquels notre constitution génétique semble offrir une tout autre réponse.
Les révélations issues de la UK Biobank

Afin de mesurer l’impact de notre ascendance néandertalienne sur notre réponse aux virus à ADN, les chercheurs ont recherché des corrélations entre ces allèles archaïques et les charges virales d’ADN. Ils ont analysé les données enregistrées chez un grand nombre de personnes au sein de la base de données de la UK Biobank.
Les auteurs de l’étude se sont concentrés sur des cibles précises. Leurs observations ont porté sur les charges virales du virus d’Epstein-Barr, de l’herpèsvirus humain 7, ainsi que de trois virus torque teno distincts.
Ces cinq virus à ADN présentent la particularité de rester dans le système des individus pendant de nombreuses années sans provoquer de symptômes. Les charges virales donnent une indication fiable de la capacité du système immunitaire d’une personne à empêcher la réplication de ces agents pathogènes.
L’identification de 18 zones génétiques clés

Les résultats de l’équipe scientifique indiquent globalement que l’ADN de Néandertal est corrélé à des charges virales plus élevées pour l’ensemble de ces cinq virus. En affinant leurs conclusions, les chercheurs ont pu identifier 18 régions génétiques différentes où les allèles archaïques semblent particulièrement liés à une augmentation de cette charge virale.
La majorité de ces régions se trouvent au sein du Complexe Majeur d’Histocompatibilité (CMH). Il s’agit d’un groupe de gènes qui codent pour des protéines de surface cellulaire, dont le rôle principal est d’aider le système immunitaire à identifier et à détruire les cellules infectées.
Deux autres groupes d’allèles néandertaliens ont été localisés sur le chromosome 17. Un haplotype dénisovien, qui correspond à un groupe de variants génétiques, a également été repéré dans le CMH et s’est révélé être associé à des charges virales plus élevées.
Le fossé temporel de l’évolution immunitaire

Michael Dannemann, professeur associé de génomique évolutive et co-auteur de l’étude, a partagé son analyse dans un communiqué. « Nos résultats suggèrent que les variants dérivés de Néandertal pourraient ne pas fournir une défense efficace contre plusieurs virus à ADN chez les personnes d’aujourd’hui », déclare le chercheur. « Cela contraste de manière frappante avec leurs effets bénéfiques précédemment rapportés sur l’immunité contre les virus à ARN. »
Cette observation s’explique par l’adaptation des Néandertaliens aux virus qui existaient durant le Paléolithique, potentiellement très différents de ceux qui circulent aujourd’hui. Les variants génétiques qui étaient bénéfiques dans la bataille contre ces anciens pathogènes peuvent s’avérer inefficaces face aux virus modernes. « Les effets directionnels sur la charge des virus à ADN observés dans notre étude peuvent donc ne pas refléter nécessairement ceux chez les [Néandertaliens] d’il y a des dizaines de milliers d’années, lorsque des souches virales différentes circulaient », écrivent les auteurs de l’étude.
Les gènes archaïques semblent mieux configurés pour combattre les virus à ARN que ceux à ADN, amenant l’équipe à avancer la suggestion que les Néandertaliens étaient spécifiquement adaptés aux premiers plutôt qu’aux seconds. « Nos résultats pourraient indiquer que les systèmes immunitaires [néandertaliens] étaient optimisés pour des infections aiguës plutôt que chroniques », concluent-ils dans leurs travaux publiés par la revue scientifique Genome Biology and Evolution.
Selon la source : iflscience.com