Des scientifiques pourraient avoir créé une pilule contraceptive masculine, avec très peu d’effets secondaires pour l’instant
Auteur: Mathieu Gagnon
L’illusion tenace d’une responsabilité partagée

Près de 75 % des femmes déclarent estimer que les deux partenaires devraient être tenus pour responsables de la prévention d’une grossesse, à parts égales. Cette notion de charge partagée reste cependant de l’ordre de la théorie, la grande majorité des solutions disponibles sur le marché ciblant le corps féminin.
La recherche sur la contraception masculine accuse un retard tel qu’il n’existe à l’heure actuelle que deux méthodes approuvées par la FDA, l’agence fédérale américaine des médicaments : les préservatifs et les vasectomies. Les scientifiques cherchaient depuis de nombreuses années à mettre au point une méthode qui ne perturbe pas le métabolisme humain, un objectif que les premiers tests d’une nouvelle formule viennent de documenter avec précision.
Une percée scientifique en phase de test

Un essai clinique récent suggère que la contraception pour les hommes pourrait bientôt devenir plus accessible tout en restant virtuellement exempte d’effets indésirables. Les détails de cet essai ont fait l’objet d’une publication en 2025 dans les colonnes de la revue scientifique Communications Medicine.
L’étude s’est concentrée sur la tolérance et la biodisponibilité, c’est-à-dire les niveaux d’accumulation dans l’organisme, d’une pilule contraceptive masculine non hormonale mise au point par le laboratoire YourChoice Therapeutics. Le panel rassemblait seize hommes en bonne santé, âgés de 32 à 59 ans. Seuls des individus ayant préalablement subi une vasectomie ont été intégrés à l’expérience afin de ne faire courir aucun risque à leur fertilité à long terme, la pilule n’étant encore qu’au stade expérimental.
Les protocoles précis de l’essai clinique

Ce nouveau médicament, baptisé YCT-529, a pour fonction d’empêcher la production ainsi que la libération des cellules spermatiques. Au cours de l’étude menée par les chercheurs, les participants ont été divisés en deux groupes distincts pour recevoir des dosages variables du principe actif.
Dans les premières phases de l’expérience, les hommes avalaient les comprimés l’estomac vide. Les scientifiques ont ultérieurement sélectionné certains hommes issus de chaque cohorte pour qu’ils ingèrent le contraceptif après un petit-déjeuner copieux. L’objectif de cette démarche était d’évaluer l’impact de l’alimentation sur la tolérance globale au produit.
Une tolérance clinique qui contraste avec les pilules féminines

Les résultats ont mis en évidence que la pilule était bien tolérée, sans que les chercheurs n’observent de répercussions notables sur le rythme cardiaque des participants, leurs paramètres sanguins ou leurs niveaux de testostérone. Le médicament YCT-529 n’a par ailleurs entraîné « aucun effet sur le désir sexuel ou l’humeur [des hommes] », a précisé l’auteure principale de l’étude, Nadja Mannowetz, lors d’un communiqué de presse.
Ce constat marque une différence mesurable avec les contraceptifs oraux féminins. Dans le cadre d’une enquête récente, 35 % des femmes ont rapporté avoir subi au moins un effet secondaire ou un dommage corporel lié à leur méthode de contraception.
Une innovation très attendue face à un marché stagnant

Cette nouvelle série de tests s’inscrit dans la continuité de recherches antérieures sur les effets du YCT-529. Celles-ci avaient démontré que le traitement était totalement réversible au bout de six semaines et ne causait aucun effet secondaire chez les souris et les primates. Actuellement, YourChoice Therapeutics collecte des données pour mesurer l’efficacité exacte de ce contraceptif dans la prévention de la grossesse, sachant qu’il ne protège pas contre les maladies sexuellement transmissibles.
La réussite du projet dépendra d’une interrogation centrale : les hommes accepteront-ils de prendre cette pilule ? Selon Akash Bakshi, PDG de YourChoice Therapeutics, les indicateurs semblent positifs. « Les études et les sondages continuent de montrer que les hommes veulent partager le fardeau de la prévention de la grossesse avec leurs partenaires, » a-t-il affirmé dans le communiqué. « Mais ils n’ont qu’une seule option contraceptive non permanente – les préservatifs – et elle a 170 ans. L’innovation se fait attendre depuis longtemps. Les données montrent que les hommes privilégient un contraceptif oral et sans hormone, positionnant le YCT-529 comme potentiellement transformateur pour un segment de la santé qui stagne depuis plus d’un siècle et demi. »
Selon la source : popularmechanics.com