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La « peste d’Athènes », l’une des premières épidémies mondiales, pourrait enfin avoir une cause identifiée
Crédit: lanature.ca (image IA)

Un fléau oublié et des symptômes terrifiants

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Une amnésie soudaine, une haleine fétide, des membres frappés de gangrène ou encore une diarrhée que rien ne semble pouvoir arrêter. Ces manifestations extrêmes figuraient parmi les symptômes redoutables d’une maladie antique connue sous le nom de Peste d’Athènes. Pendant près de 2 500 ans, l’agent pathogène responsable de cette affection effroyable a constitué une véritable énigme pour les historiens et les scientifiques du monde entier.

L’essentiel des données disponibles concernant cette épidémie nous parvient des chroniques rédigées par l’historien grec antique Thucydide, à travers son ouvrage majeur intitulé « Histoire de la guerre du Péloponnèse ». D’après ses observations détaillées, cette vague de mortalité s’est étendue de l’an 430 à l’an 426 avant notre ère. Elle a emporté un nombre considérable de victimes, estimé entre 75 000 et 100 000 personnes, contribuant directement à précipiter la fin de la période considérée comme l’Âge d’or d’Athènes. Un détail singulier subsiste concernant ce bilan tragique : l’affection semble ne pas avoir touché les troupes de Sparte qui assiégeaient alors la ville.

L’itinéraire mortel et la chute d’un empire

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Considérée par les chercheurs comme l’une des toutes premières épidémies formellement documentées de l’histoire, la Peste d’Athènes aurait initialement émergé en Afrique subsaharienne. Le fléau a ensuite suivi une trajectoire géographique précise, se propageant à travers les territoires de la Libye et de l’Égypte. La maladie a finalement atteint la cité grecque en s’infiltrant par voie maritime, via le port névralgique du Pirée.

Parmi les nombreuses victimes de cette contagion fulgurante figurait le célèbre général et homme d’État Périclès. Le tribut humain imposé par la maladie a eu des répercussions directes sur la structure même de la société grecque. Les pertes massives ont drastiquement affaibli l’armée athénienne, provoquant une vulnérabilité militaire inédite. Cette fragilité interne a ultimement conduit à la défaite de la cité face aux forces de Sparte.

Le prisme de la médecine moderne face à 17 pathologies

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Pour tenter d’isoler la cause exacte de cette affection millénaire, des chercheurs ont récemment entrepris une analyse systématique. Ils ont comparé les symptômes décrits avec minutie par Thucydide aux profils cliniques associés à 17 maladies différentes connues aujourd’hui. Les textes anciens font état d’une forte fièvre, d’éruptions cutanées, de complications gastro-intestinales et de cas de gangrène. Ce tableau clinique spécifique se retrouve de manière comparable dans des pathologies telles que la rougeole, la scarlatine, la fièvre typhoïde ou encore la maladie méningococcique.

Les témoignages historiques de Thucydide apportent des éléments cliniques supplémentaires permettant d’affiner les recherches. Les malades éprouvaient une chaleur interne d’une telle intensité qu’ils rejetaient fréquemment leurs vêtements pour partir à la recherche d’eau froide. Le décès survenait généralement après sept à neuf jours de souffrance. Cette issue fatale était couramment précédée par l’apparition d’ulcères abdominaux et d’une diarrhée abondante. De leur côté, les individus qui survivaient à l’infection développaient parfois une amnésie sévère, perdant la faculté de se rappeler leur propre nom ou de reconnaître les membres de leur famille.

La fièvre typhoïde : le principal suspect à l’épreuve des faits

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Au terme de leur évaluation comparative, les scientifiques concluent que la fièvre typhoïde apparaît comme le candidat le plus probable. Cette infection présente des similitudes avec neuf des douze symptômes et caractéristiques recensés dans les écrits de Thucydide. Une preuve biologique vient d’ailleurs appuyer cette théorie : des traces d’ADN de Salmonella Typhi, l’agent pathogène responsable de la fièvre typhoïde, ont été détectées sur des cadavres exhumés de l’unique cimetière connu abritant les victimes de la Peste d’Athènes.

Cependant, un obstacle épidémiologique majeur vient nuancer cette hypothèse. La fièvre typhoïde n’est pas une maladie qui se transmet par infection directe d’une personne à une autre. Sur ce point précis, elle ne correspond pas à la dynamique de propagation fulgurante de la maladie antique. Cette divergence oblige les chercheurs à reconsidérer les autres suspects du classement, notamment la rougeole et la maladie méningococcique. Ces deux affections remplissent huit des douze critères requis, ce qui les maintient parmi les options viables.

Combinaisons mortelles et agents pathogènes éteints

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Face aux incohérences partielles de chaque diagnostic individuel, les chercheurs avancent l’idée qu’une combinaison d’agents pathogènes circulant de manière simultanée pourrait potentiellement provoquer la douzaine complète des symptômes observés. Une épidémie de typhus compliquée par l’apparition de la peste bubonique ou de la dysenterie constituerait un scénario plausible. De la même façon, une épidémie de variole coïncidant avec une épidémie de choléra permettrait d’expliquer l’éventail complet des manifestations physiques déclenchées par la Peste d’Athènes.

Une toute autre éventualité suggère que le véritable responsable ne figure sur aucune de ces listes et s’avère être un agent pathogène inconnu, aujourd’hui éteint. Les auteurs de l’étude exposent cette réflexion en ces termes : « Par exemple, un arénavirus semblable au virus de la fièvre de Lassa, originaire d’Afrique et affligeant la population d’Athènes pendant près de quatre ans avant de succomber à l’immunité grégaire, pourrait être la réponse à ce mystère ».

En l’absence d’analyses moléculaires détaillées et de micro-organismes cultivés directement extraits des victimes, il demeure impossible de statuer avec une certitude absolue sur la véritable nature de cette épidémie dévastatrice. Les travaux, publiés dans la revue Acta Medico-Historica Adriatica, offrent néanmoins pour la toute première fois une liste structurée de candidats envisageables.

Selon la source : iflscience.com

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