Faut-il envoyer des signaux aux extraterrestres ? Un expert du SETI partage son point de vue
Auteur: Mathieu Gagnon
La quête de civilisations extraterrestres : entre mythe et réalité

La recherche d’une intelligence extraterrestre, souvent désignée par l’acronyme SETI (Search for Extraterrestrial Intelligence), constitue un domaine d’investigation scientifique majeur. Comme l’explique un récent article rédigé par le Dr Alfredo Carpineti, l’objectif ne se limite pas à prouver l’existence d’une vie ailleurs dans l’univers. Il s’agit avant tout de déterminer si des civilisations technologiques avancées peuplent le cosmos.
Afin de mieux comprendre les enjeux actuels de cette quête, l’auteur s’est entretenu avec le Dr Vishal Gajjar, astronome rattaché à l’Institut SETI. Cet échange visait à décrypter les travaux menés par l’organisation et à aborder une question qui divise profondément la communauté scientifique : cette recherche doit-elle prendre une forme plus active ?
Plus précisément, l’humanité devrait-elle diffuser intentionnellement des signaux dans l’espace pour annoncer sa présence et sa position ? Selon les éléments rapportés par le Dr Carpineti, les réponses du spécialiste révèlent que, volontairement ou non, notre planète est loin d’être silencieuse face à l’immensité cosmique.
Le véritable rôle du SETI : une recherche purement passive

Lorsqu’on évoque le SETI, le grand public s’imagine souvent des scientifiques envoyant frénétiquement des messages vers les étoiles dans l’espoir de recevoir une réponse. Le Dr Vishal Gajjar tient à corriger cette perception. « Le SETI recherche des preuves de technologies. Nous ne sommes donc pas très enclins à essayer de déchiffrer ou d’obtenir [des messages], nous n’essayons pas vraiment de communiquer avec les extraterrestres », précise-t-il.
L’astronome insiste sur le fait qu’il s’agit d’une incompréhension fréquente. « C’est une idée fausse très répandue dans le public. Les gens pensent que nous essayons activement d’envoyer des signaux pour ensuite recevoir un message en retour. Ce n’est pas comme ça que ça marche », ajoute le chercheur, soulignant que les distances interstellaires rendent toute communication bidirectionnelle impossible à l’échelle d’une vie humaine.
Par conséquent, les efforts déployés par l’Institut se concentrent sur une approche d’observation silencieuse. « Ainsi, tout cet effort du SETI est fondamentalement ce que nous appelons une activité passive », conclut-il. Les scientifiques traquent des technosignatures à travers l’univers, non seulement via les ondes radio, mais également sur l’ensemble des bandes d’ondes électromagnétiques possibles.
Les risques liés à l’envoi de messages interstellaires

La question de basculer vers une recherche active, connue sous le nom de METI (Messaging Extraterrestrial Intelligence), suscite la méfiance des experts. Le Dr Gajjar confirme que la communauté du SETI ne se préoccupe pas de l’envoi de messages, privilégiant la collecte de données. De plus, une grande partie des chercheurs s’accorde sur la dangerosité potentielle d’une telle démarche.
« Il y a un certain consensus dans la communauté sur le fait que la pratique du ‘METI’ […] est également un peu risquée, car nous avons affaire à l’inconnu », explique l’astronome lors de son entretien. L’humanité ignore totalement quels types de civilisations, ou de menaces, pourraient se cacher dans l’univers, rendant toute tentative de contact hasardeuse.
Le chercheur rappelle également notre position à l’échelle cosmique. « Nous sommes une civilisation très jeune, une espèce très jeune. Nous venons tout juste de commencer à produire une technologie qui peut être détectée à travers les distances interstellaires », souligne-t-il. Selon lui, cette immaturité technologique est l’argument principal pour ne pas « commencer à crier » dans le vide spatial de manière précipitée.
L’épineuse question de la représentation planétaire

Outre les risques inhérents à l’inconnu, l’envoi de signaux soulève un problème éthique et diplomatique majeur : la représentation de l’humanité. Le Dr Gajjar s’interroge sur la légitimité d’une initiative individuelle ou nationale. « La deuxième [raison] est de savoir qui doit parler pour nous, n’est-ce pas ? Je veux dire, est-ce moi ? Je devrais prendre les choses en main et dire : ‘D’accord, je veux parler aux extraterrestres, et je vais simplement commencer à diffuser ! Ce n’est pas un problème, n’est-ce pas ?' »
Cette réflexion met en lumière l’impact global d’une telle transmission. Comme le rappelle le scientifique, émettre un signal vers l’espace ne se fait pas au nom d’un seul individu ou d’un seul pays, mais engage la Terre entière. La question de savoir qui devrait avoir l’autorité de parler au nom de notre planète reste aujourd’hui sans réponse.
L’absence d’accord international sur ce sujet est un frein fondamental pour le chercheur. « Il n’y a pas de consensus à ce sujet. À moins d’avoir un tel consensus sur ce que nous, en tant qu’espèce, voulons exactement envoyer, nous ne devrions pas le faire », affirme-t-il catégoriquement, appelant à une responsabilité collective.
Une diffusion involontaire mais inévitable dans l’espace

Malgré les précautions prônées par les astronomes, la troisième raison évoquée par le Dr Gajjar démontre que l’humanité signale déjà sa présence. Selon lui, la pratique du METI est, d’une certaine manière, « inévitable » puisque nous y participons déjà involontairement dans nos activités d’exploration spatiale quotidiennes.
L’expert donne l’exemple des communications avec nos propres engins spatiaux. « Nous transmettons de puissantes ondes radio aux sondes du système solaire, qui explorent le système solaire. Nous avons des communications très puissantes à travers l’espace interplanétaire », détaille-t-il. Ces ondes, dirigées vers nos machines, ne s’arrêtent pas à leur cible et poursuivent leur voyage à travers le vide spatial.
Ainsi, sans chercher à établir un contact officiel avec une forme de vie lointaine, l’activité technologique humaine génère une pollution électromagnétique. « Nous transmettons déjà des signaux qui pourraient être détectables à travers les distances interstellaires », conclut le chercheur, confirmant que notre discrétion cosmique est déjà compromise.
Radars et téléphones : nos véritables cartes de visite cosmiques

Comme le souligne l’article source, la Terre n’est absolument pas silencieuse d’un point de vue radiophonique. Des analyses récentes indiquent que si une civilisation extraterrestre possédait des observatoires radio similaires à ceux qui seront bientôt opérationnels sur notre planète, elle pourrait capter nos signaux terrestres. Les émissions provenant des antennes de téléphonie mobile seraient ainsi détectables jusqu’à 10 années-lumière de distance.
Une source de fuite électromagnétique encore plus puissante provient de l’activité aéronautique. Les radars des aéroports émettent des signaux si intenses qu’ils constituent une preuve irréfutable de l’existence d’une civilisation technologique dans un rayon allant jusqu’à 200 années-lumière. Bien que ces radars n’existent pas depuis assez longtemps pour avoir déjà parcouru une telle distance, cette réalité technique ouvre une perspective fascinante sur la manière dont nous pourrions nous-mêmes découvrir d’autres mondes.
En fin de compte, la première preuve d’une intelligence extraterrestre pourrait ne pas être un message solennel destiné à l’univers, mais plutôt la simple interception de leurs communications téléphoniques ou de leur contrôle du trafic aérien. Il est à noter que l’entretien original avec le Dr Gajjar, dont ces faits sont issus, a été édité pour des raisons de clarté et de concision, et reste disponible sous forme de podcast diffusé par le média d’origine.
Selon la source : iflscience.com