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Transfuges politiques : ces voyages qui sèment le doute sur leurs motivations
Crédit: Prime Minister of Canada, Wikimedia Commons (CC BY 4.0)

Une vague de défections sans précédent

Une opération politique d’une ampleur inédite est en cours au Canada. Le Parti libéral mène une campagne de recrutement active pour attirer des élus des autres formations politiques. Cette stratégie a déjà porté ses fruits : trois députés conservateurs ont récemment changé de camp pour rejoindre les rangs libéraux.

Ce phénomène soulève de nombreuses questions. Traditionnellement, les changements d’allégeance politique se produisent plutôt en fin de mandat. Ils sont souvent le fait de députés qui estiment que leur parti s’est éloigné des valeurs pour lesquelles ils avaient été élus initialement. D’autres fois, la manœuvre relève du pur opportunisme, lorsque les sondages suggèrent de meilleures chances de réélection sous une autre bannière.

Le timing qui interroge

Le calendrier de ces récentes défections a de quoi surprendre. Changer de parti au cours de la première année d’un mandat est un geste pour le moins ahurissant. Il y a quelques mois à peine, ces mêmes élus arpentaient les rues de leur circonscription, demandant aux électeurs de soutenir leur parti et mettant en garde contre les « dangers et les défauts » du parti adverse.

Puis, subitement, sans qu’aucun changement fondamental ne soit intervenu sur la scène politique, ils opèrent un virage à 180 degrés. Le parti qui figurait sur leurs affiches électorales n’est soudainement plus le bon, et l’adversaire d’hier devient leur nouvel allié. Un scénario si particulier qu’il pousse inévitablement à s’interroger sur les motivations réelles de ces élus.

Le cas Michael Ma : une nomination express pour la Chine

Dans ce contexte, la situation du transfuge Michael Ma a particulièrement attiré l’attention en janvier dernier. À la surprise générale, il a fait partie de la délégation officielle accompagnant le premier ministre lors d’un voyage diplomatique délicat en Chine. Si l’élu est d’origine chinoise, son intégration au sein du caucus libéral ne datait que de quelques jours à peine.

Comment expliquer qu’un parti choisisse d’intégrer le tout dernier arrivé dans une mission aussi stratégique ? Cette décision a d’autant plus étonné que monsieur Ma s’était quelque peu ridiculisé publiquement en participant, en l’espace de deux soirs, aux fêtes de Noël des conservateurs puis à celle des libéraux. Un comportement qui n’en faisait pas, a priori, le candidat idéal pour incarner la crédibilité du Canada sur la scène internationale.

Matt Jeneroux : un voyage en Inde huit jours après son arrivée

La surprise s’est muée en suspicion avec un second cas. Cette semaine, il a été révélé que Matt Jeneroux, le dernier transfuge en date recruté par les libéraux, participerait lui aussi à un voyage majeur. Moins de deux semaines après avoir quitté les conservateurs, monsieur Jeneroux s’est en effet envolé pour l’Inde aux côtés de Mark Carney.

Rien dans le parcours de cet élu, issu des secteurs de la santé et du communautaire, ne semblait le désigner comme un acteur indispensable pour une mission commerciale en Inde. La réponse officielle fournie pour justifier sa présence est qu’il agira en tant que « conseiller spécial sur les partenariats économiques et de sécurité ». Pourtant, il a rejoint le caucus libéral exactement huit jours avant de monter à bord de l’avion du premier ministre. Un rôle de cette importance confié si rapidement au dernier venu apparaît pour le moins inhabituel.

Quelles promesses pour convaincre ?

Le schéma se dessine : deux transfuges en deux mois, deux voyages prestigieux quasi immédiats. Sans avancer de preuves formelles, la coïncidence est suffisamment frappante pour susciter des interrogations légitimes. A-t-on promis de beaux voyages à des élus de l’opposition pour les convaincre de traverser la Chambre des communes ?

La question s’élargit. Au-delà de ces voyages, que leur a-t-on promis d’autre ? Des avantages pour leur carrière personnelle ? Des investissements spécifiques pour leur circonscription ? Des garanties pour leur avenir après la politique ? Ces deux nominations étonnantes posent une question fondamentale sur la nature de ces changements d’allégeance et certains se demandent si une enquête ne serait pas justifiée pour faire toute la lumière sur ces événements.

Selon la source : journaldemontreal.com

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