Une empreinte digitale relevée à Stonehenge bouleverse tout ce que nous pensions savoir sur ses origines mystiques
Auteur: Mathieu Gagnon
Un mystère que l’on pensait résolu
Stonehenge ne manque pas de mystères. Et juste au moment où la science pense en avoir résolu un, voilà que des questions que l’on croyait closes refont surface. C’est précisément le cas pour l’histoire de l’origine de la Pierre d’Autel (Altar Stone), l’une des quelque 80 pierres encore présentes sur ce site emblématique du sud de l’Angleterre.
Les pierres qui composent le monument de Stonehenge présentent une grande variété de compositions et proviennent de plusieurs lieux potentiels. Jusqu’à récemment, les chercheurs pensaient connaître l’essentiel sur la Pierre d’Autel. Il s’agit de la plus grande des pierres non-sarsen du site, aujourd’hui partiellement enfouie sous deux autres pierres effondrées. Une certitude vient pourtant de voler en éclats : une équipe de chercheurs, menée par l’Université Curtin, a révélé que cette pierre, que l’on croyait venue du pays de Galles, proviendrait en réalité d’Écosse.
L’empreinte chimique qui parle
Comment une telle conclusion a-t-elle pu être établie ? Les scientifiques se sont penchés sur des fragments de cette imposante pierre. Ce bloc de grès épais, qui pèse six tonnes et mesure 16 pieds sur 3 pieds (environ 4,9 sur 0,9 mètres), se trouve au centre du cercle emblématique du Wiltshire. En étudiant l’âge et la chimie des grains minéraux qu’ils contiennent, les chercheurs ont réussi à créer une véritable empreinte chimique de la roche.
Cette analyse a révélé une composition chimique qui correspondait parfaitement à celle de roches situées dans le nord-est de l’Écosse. Plus important encore, cette signature minérale la différenciait très nettement du socle rocheux gallois, qui était jusqu’alors considéré comme son lieu d’origine. C’est cette nouvelle preuve matérielle qui vient aujourd’hui bousculer des décennies de théories établies.
Un voyage d’Écosse, et non du Pays de Galles
Les résultats sont sans appel. Anthony Clarke, auteur principal de l’étude et doctorant au sein du groupe Timescales of Mineral Systems de l’École des sciences de la Terre et des planètes de Curtin, l’explique dans un communiqué : « Notre analyse a révélé que des grains minéraux spécifiques de la Pierre d’Autel ont pour la plupart entre 1 000 et 2 000 millions d’années, tandis que d’autres minéraux ont environ 450 millions d’années ». Il ajoute : « Cela fournit une empreinte chimique distincte qui suggère que la pierre provient de roches du bassin Orcadien, en Écosse, à au moins 750 kilomètres [466 miles] de Stonehenge. »
Cette découverte, publiée dans la revue scientifique *Nature*, contredit directement la théorie dominante. Selon l’English Heritage, l’organisme public qui gère le site, la Pierre d’Autel est une grande dalle de Vieux Grès Rouge verdâtre. Des recherches géologiques antérieures avaient identifié sa source dans la région des Brecon Beacons, dans le sud-est du Pays de Galles. Cette hypothèse semble désormais caduque.
Le grand casse-tête logistique du Néolithique
Cette origine écossaise soulève une question fascinante : comment une pierre aussi massive a-t-elle pu être transportée sur une si longue distance à l’époque néolithique, aux alentours de 2 600 ans avant notre ère ? Pour les auteurs de l’étude, cela a dû nécessiter une méthode de transport étonnamment avancée et une organisation sociale complexe pour l’époque.
Chris Kirkland, co-auteur de l’étude et professeur à Curtin, développe cette idée : « Notre découverte des origines de la Pierre d’Autel met en lumière un niveau significatif de coordination sociétale pendant la période néolithique et aide à brosser un tableau fascinant de la Grande-Bretagne préhistorique ». Il précise : « Transporter une cargaison aussi massive par voie terrestre de l’Écosse au sud de l’Angleterre aurait été extrêmement difficile, ce qui indique une probable route de transport maritime le long des côtes de la Grande-Bretagne. Cela implique des réseaux commerciaux à longue distance et un niveau d’organisation sociale plus élevé que ce que l’on croyait exister à l’époque néolithique en Grande-Bretagne. »
La quête de l’origine exacte ne fait que commencer
Si la nouvelle empreinte chimique a permis de tracer la roche emblématique jusqu’en Écosse, le travail n’est pas terminé pour autant. Pour Richard Bevins, co-auteur de l’étude et professeur à l’université d’Aberystwyth, cette découverte marque plutôt un nouveau départ. Il a déclaré dans un communiqué que la chasse pour trouver son point d’origine exact commençait maintenant.
Loin de clore le débat, cette analyse rebat les cartes de notre compréhension de Stonehenge. Elle met en lumière non seulement l’origine d’une pierre, mais aussi la complexité des sociétés préhistoriques, leurs capacités logistiques et l’étendue de leurs réseaux d’échanges. Une fois de plus, le cercle de pierres le plus célèbre du monde prouve qu’il n’a pas encore livré tous ses secrets.
Selon la source : popularmechanics.com