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Des scientifiques ont découvert des restes humains vieux de 6 000 ans. Aucun autre être humain ne partage leur ADN
Crédit: lanature.ca (image IA)

Une découverte déroutante dans les Andes

Il y a environ 6 000 ans, un groupe de chasseurs-cueilleurs s’est installé sur l’Altiplano de Bogota, dans l’actuelle Colombie. Au fil des quatre millénaires suivants, ils ont opéré une transition vers une société agricole. Puis, ils se sont volatilisés. Une récente analyse de leurs ossements vient de révéler une énigme génétique de taille : leur ADN ne correspond à aucune autre population, ancienne ou moderne, connue en Amérique du Sud.

Ces individus semblent s’être évaporés des archives génétiques. L’équipe de chercheurs qui a mis au jour leur ADN fragmenté dans des restes de squelettes n’a pu trouver ni parents anciens ni descendants modernes. Qui étaient-ils ? Et pourquoi leur signature génétique a-t-elle complètement disparu ? C’est le point de départ d’une enquête fascinante aux confins de l’histoire humaine.

Un peuple sans descendants directs ?

Étrangement, ce peuple ancien n’est pas directement lié aux populations indigènes colombiennes actuelles. L’analyse génétique a révélé une connexion plus marquée avec des populations vivant aujourd’hui sur l’isthme de Panama et parlant des langues chibchanes. Une hypothèse suggère que ces anciens habitants se seraient dispersés à travers la région, se mélangeant avec les populations locales sur une si longue période que leurs gènes se seraient dilués jusqu’à devenir indétectables. Mais pour l’heure, personne ne peut en être certain.

Cette absence de lien direct soulève une question fondamentale. Si leur ADN s’est transmis, pourquoi n’en reste-t-il aucune trace claire ? Les scientifiques pensent qu’il est possible qu’ils soient liés, d’une manière ou d’une autre, aux locuteurs des langues chibchanes, qui sont parlées dans la région même où ils vivaient. Davantage de recherches génomiques seront nécessaires pour démystifier l’identité de ce peuple inconnu et pour découvrir de qui ils pourraient être les ancêtres.

Le grand récit du peuplement des Amériques

La génétique raconte une histoire complexe sur la façon dont les ancêtres des peuples autochtones modernes ont peuplé les Amériques. Leurs origines remontent à des groupes de Sibérie et d’Asie de l’Est, qui se seraient mélangés pour la première fois il y a 20 000 ans, durant le Paléolithique supérieur. Environ 4 000 ans plus tard, il y a quelque 16 000 ans, ils auraient traversé un pont de glace pour atteindre l’Amérique du Nord.

C’est à ce moment que cette lignée originelle se serait scindée en deux branches principales : celle des Amérindiens du Nord et celle des Amérindiens du Sud. Alors que l’ascendance des Amérindiens du Nord est principalement constituée de populations restées en Amérique du Nord, trois autres lignées se sont ramifiées à partir de la branche sud, s’étendant progressivement vers les régions les plus méridionales du continent.

Les trois lignées qui ont conquis le Sud

Chacune des lignées sud-américaines peut être retracée jusqu’à ses plus anciens ancêtres connus. La première descend de l’individu « Anzick-1 », dont le crâne, vieux de 12 700 ans, fut découvert par des ouvriers du bâtiment en 1968. Cet enfant appartenait au peuple Clovis, l’un des plus anciens connus dans les Amériques, et il est apparenté aux peuples indigènes modernes d’Amérique du Nord, centrale et du Sud.

Une deuxième lignée, que l’on retrouve dans les Andes centrales, provient d’anciennes populations ayant vécu sur les îles Channel, au large de la Californie. Une troisième et dernière lignée, également issue du peuple Clovis, est associée aux plus anciens habitants d’Amérique centrale et du Sud, retrouvés au Belize, au Brésil et au Chili. Le moment exact de l’arrivée de ces groupes reste largement inconnu, mais leur passage par l’isthme reliant les deux Amériques est une certitude.

L’importance de cette zone est capitale, comme le soulignent les chercheurs dans leur étude publiée dans la revue Science Advances : « La zone isthmo-colombienne, qui s’étend de la côte du Honduras au nord des Andes colombiennes, est essentielle pour comprendre le peuplement des Amériques. En plus d’être le pont terrestre entre l’Amérique du Nord et du Sud, elle se trouve au centre des trois grandes régions culturelles que sont la Méso-Amérique, l’Amazonie et les Andes. »

La piste linguistique et les limites de l’ADN

Un lien linguistique semble exister. Les locuteurs des langues chibchanes partagent certains aspects génétiques et culturels avec ce mystérieux peuple. L’origine de la langue proto-chibchane ancestrale reste floue, mais on pense que des langues distinctes ont commencé à en évoluer il y a plusieurs milliers d’années, possiblement dans le sud de l’Amérique centrale. C’est d’ailleurs dans cette région que le plus grand nombre de ces langues a survécu.

En étudiant à la fois l’ADN mitochondrial (ADNmt) et les données pangénomiques de 21 individus anciens ayant vécu dans la région il y a entre 6 000 et 500 ans, les chercheurs ont pu obtenir des informations partielles. Ils ont découvert que les anciens Panaméens étaient plus étroitement liés aux locuteurs chibchans modernes que ne l’étaient les anciens Colombiens. Cependant, ce sont les locuteurs chibchans indigènes d’Amérique centrale qui constituent la population moderne la plus proche génétiquement des anciens Colombiens ayant vécu après l’an 1000 avant notre ère.

L’analyse génétique des populations indigènes locales a montré qu’elles sont bien apparentées à des locuteurs plus anciens des langues chibchanes. Toutefois, certaines découvertes suggèrent qu’elles ne descendent pas directement des tout premiers colons à s’être établis dans cette partie de la Colombie. Le puzzle reste donc incomplet.

Vers de nouvelles frontières génétiques

De nombreux groupes qui vivaient à la même époque et parlaient des langues similaires à celles de ce peuple inconnu doivent encore faire l’objet d’une enquête approfondie. L’histoire du peuplement de l’Amérique du Sud est loin d’avoir livré tous ses secrets, et chaque nouvelle découverte semble ajouter une couche de complexité.

Pour les scientifiques, la prochaine étape est claire : il faut élargir le champ des recherches pour combler les lacunes actuelles. Ils concluent en expliquant que « les données génomiques anciennes provenant des zones voisines le long des Andes septentrionales qui n’ont pas encore été analysées, comme l’ouest de la Colombie, l’ouest du Venezuela et l’Équateur, seront essentielles pour mieux définir le calendrier et les sources ancestrales des migrations humaines vers l’Amérique du Sud. » L’énigme du peuple fantôme de Colombie pourrait bien trouver sa solution dans les gènes de ses voisins.

Selon la source : popularmechanics.com

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