Le mystère des 15 minutes précédentes
À Londres, ce 24 mars, les données des marchés boursiers et les calculs de l’agence Reuters ont révélé un mouvement particulièrement troublant. Des opérateurs ont misé un demi-milliard de dollars sur les cours du pétrole brut exactement quinze minutes avant une annonce majeure du président des États-Unis. Donald Trump a en effet déclaré un report de cinq jours des frappes prévues contre les infrastructures énergétiques de l’Iran, une décision qui a immédiatement fait plonger les marchés.
Le climat diplomatique précédant cette transaction massive était à son comble. Avant l’annonce de ce report, Donald Trump avait publiquement fixé un ultimatum à l’Iran, exigeant avant lundi la réouverture du détroit d’Ormuz, un point de passage maritime critique. Le président américain avait prévenu qu’en cas de non-respect de cette exigence, les centrales électriques iraniennes seraient « anéanties ».
Une publication aux répercussions instantanées

Le lundi, à 11h05 GMT très précisément, Donald Trump s’est exprimé sur la plateforme Truth Social. Son message indiquait que des discussions constructives étaient en cours entre Washington et Téhéran. Cette seule déclaration a déclenché une vague de ventes massives et foudroyantes sur les marchés du pétrole et du gaz naturel.
L’effet sur les cours ne s’est pas fait attendre. Le brut Brent a chuté de 15 % en l’espace de quelques minutes seulement. Cette baisse drastique s’explique par la réaction des investisseurs qui ont immédiatement intégré dans leurs calculs la possibilité d’une désescalade du conflit, un scénario qui permettrait de débloquer les millions de barils de pétrole actuellement coincés dans le Golfe.
L’anatomie d’une transaction d’un demi-milliard

L’étude des flux financiers permet de décortiquer les instants qui ont précédé le retournement du marché. Les données fournies par le LSEG montrent que, dans le laps de temps très court situé entre 10h49 et 10h50 GMT, des traders ont placé des ordres sur 5 100 lots de contrats à terme sur le brut Brent et le WTI. Sur la base des calculs de Reuters, la valeur totale de ces positions dépassait largement la barre des 500 millions de dollars.
Au cours de cette minute précise où les contrats ont changé de mains, les données confirment que la vente a largement dominé les volumes d’échanges. Sur le seul marché à terme du Brent, un pic de l’ordre de 2 000 lots a été enregistré à cet instant, un volume considérablement supérieur à tout ce qui avait été consigné plus tôt dans la journée. À ce jour, il n’a pas été possible d’identifier les opérateurs ayant réalisé ces transactions pétrolières.
Soixante secondes de frénésie boursière

Si les volumes de 10h49 étaient impressionnants, ils ont été littéralement écrasés par l’activité générée lors de la publication de la déclaration présidentielle. À 11h05 GMT, plus de 13 000 lots de contrats à terme sur le brut Brent et le WTI ont été échangés en l’espace de 60 secondes. Ce volume vertigineux correspond à 13 millions de barils de pétrole négociés en une minute.
La valorisation des barils a subi une correction violente. Le brut Brent, qui se négociait à 112 dollars avant les transactions ayant précédé l’annonce, s’est effondré aux alentours de 99 dollars. Le WTI a suivi une trajectoire similaire, chutant de près de 99 dollars juste avant la publication de Trump à 86 dollars. Les différentes institutions n’ont pas souhaité s’exprimer : l’Intercontinental Exchange (qui gère le Brent), le CME Group (propriétaire du NYMEX où le WTI est coté) et la Maison Blanche n’ont pas répondu aux demandes de commentaires de Reuters. La Securities and Exchange Commission (SEC) américaine a refusé de commenter, et la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) n’était pas disponible dans l’immédiat.
Un marché bouleversé par la guerre au Moyen-Orient
Cette volatilité extrême s’inscrit dans un contexte mondial particulièrement tendu depuis que le conflit a éclaté au Moyen-Orient à la fin du mois de février. La guerre a entraîné la coupure d’environ un cinquième de l’approvisionnement quotidien mondial en pétrole. En conséquence, les prix demeurent supérieurs de plus de 40 % à leurs niveaux d’avant le conflit, tandis que les volumes d’échanges et la volatilité ont littéralement explosé.
Pour mesurer l’ampleur du phénomène, il faut regarder les trois années ayant précédé la guerre, durant lesquelles une moyenne de 300 000 lots de contrats à terme sur le Brent changeaient de mains chaque jour. Ce volume quotidien a doublé au cours des quatre dernières semaines, atteignant des sommets historiques dépassant le million de lots, ce qui équivaut à un milliard de barils de pétrole. Actuellement, le cours du Brent se situe juste sous les 104 dollars, l’incertitude persistant tant sur l’impact final pour l’économie mondiale que sur l’état réel des négociations, l’Iran ayant formellement nié être engagé dans des discussions avec les États-Unis.
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