Un crâne vieux de 7 500 ans initialement identifié comme hybride Néandertal–Homo sapiens s’avère être autre chose
Auteur: Mathieu Gagnon
Le mystère d’un crâne pas comme les autres

L’histoire commence en 1973. En Allemagne, des archéologues mettent au jour un fragment de crâne humain. Isolé, sans aucun artefact culturel pour l’accompagner, il est impossible de l’identifier facilement. Pourtant, en examinant sa morphologie, les chercheurs remarquent quelque chose d’intrigant : il semble présenter un mélange de traits, certains typiques de l’Homme de Néandertal, d’autres de l’humain moderne. L’hypothèse d’un hybride, né de l’union de ces deux espèces, prend alors forme.
Cette idée a longtemps nourri les débats scientifiques. Mais aujourd’hui, une nouvelle étude vient de clore le dossier de manière définitive. Alors, quelle est la véritable identité de cet os frontal découvert sur le site de Hahnöfersand ?
La piste de l’hybride, une hypothèse initialement solide

La découverte à Hahnöfersand a immédiatement suscité l’intérêt. Cet os frontal était un cas d’école : sans outils ni poteries à ses côtés, seule sa forme pouvait raconter son histoire. L’analyse morphologique a donc été cruciale, et ses conclusions pointaient vers une anatomie intermédiaire, à mi-chemin entre Néandertal et *Homo sapiens*. L’hypothèse d’un métissage semblait alors la plus logique pour expliquer ces caractéristiques atypiques.
Cette théorie a été considérablement renforcée par une première datation au radiocarbone. Le résultat, un âge de 36 000 ans, coïncidait parfaitement avec la période où les Néandertaliens et les humains anatomiquement modernes ont cohabité et se sont croisés en Europe. Le crâne de Hahnöfersand devenait ainsi un candidat idéal pour représenter l’un de ces descendants hybrides.
Quand la datation change toute l’histoire
Pourtant, des études ultérieures sont venues ébranler cette certitude. De nouvelles analyses ont complètement réécrit la chronologie de ce spécimen, indiquant qu’il n’était probablement pas plus âgé que 7 500 ans. Ce résultat le place fermement dans la période du Mésolithique, des dizaines de millénaires après l’extinction des Néandertaliens.
Cette nouvelle date rendait l’hypothèse de l’hybride quasi impossible. Un individu vivant il y a 7 500 ans ne pouvait être le fruit d’un croisement direct avec une espèce disparue depuis si longtemps. Malgré cette contradiction flagrante, le spécimen de Hahnöfersand a continué d’être cité dans la littérature académique comme un possible hybride Néandertal-sapiens, entretenant une longue incertitude.
L’analyse 3D met fin au débat

Pour trancher définitivement la question, des chercheurs ont eu recours à une méthode d’analyse comparative en trois dimensions. Ils ont comparé la taille et la forme de l’os frontal de Hahnöfersand avec de nombreux crânes de Néandertaliens et d’*Homo sapiens* de différentes périodes. Leurs conclusions sont sans équivoque : le spécimen s’inscrit clairement dans la fourchette de variation des humains modernes.
Comme l’écrivent les chercheurs, « les analyses multivariées montrent une affinité morphologique claire et sans équivoque entre Hahnöfersand et H. sapiens ». Mais qu’en est-il de ses caractéristiques jugées autrefois « extrêmes », qui lui donnaient cet air d’hybride ? La nouvelle analyse révèle que des crânes d’humains modernes datant du Moyen Âge présentent en réalité des proportions similaires. Le spécimen de Hahnöfersand n’était donc peut-être pas si exceptionnel après tout.
Un humain moderne, mais de vrais hybrides ont existé

La conclusion de l’étude est donc formelle et en parfait accord avec la datation révisée. « Nos résultats montrent que l’os frontal de Hahnöfersand, en Allemagne, est le plus similaire à l’H. sapiens de l’Holocène, ce qui est cohérent avec sa datation révisée au Mésolithique », concluent les auteurs. Ils ajoutent que « Hahnöfersand ne présente pas une morphologie intermédiaire entre les Néandertaliens et H. sapiens, contrairement aux évaluations antérieures de sa morphologie ». Ce verdict, peu surprenant au vu de l’âge du spécimen, met fin à des décennies de spéculation.
Si cet os n’appartient pas à un hybride, il faut rappeler que de véritables croisements ont bien eu lieu, mais bien plus tôt. Au Moyen-Orient, des hominidés ayant enterré leurs morts dans des grottes il y a environ 100 000 ans sont considérés comme issus d’un mélange de ces deux populations, qui auraient partagé leurs gènes et peut-être même leur culture. En Europe de l’Ouest, ce contact est survenu bien plus tard, donnant naissance à une population hybride qui pourrait avoir persisté jusqu’à il y a un peu moins de 30 000 ans. L’étude complète a été publiée dans la revue Scientific Reports.
Selon la source : iflscience.com