Aller au contenu
Un nouvel outil en ligne permet de voir où se trouvait votre maison sur Terre il y a 320 millions d’années
Crédit: lanature.ca (image IA)

Un pont entre la biologie et le climat du passé

credit : lanature.ca (image IA)

Avez-vous déjà cherché à savoir où se situait votre ville natale à l’époque où les dinosaures ne foulaient pas encore la Terre ? Le visage de notre planète a considérablement évolué au fil des ères géologiques, remodelant les continents et les océans. Pour visualiser ces transformations, un outil en ligne nommé Paleolatitude propose de retracer l’histoire de n’importe quel point du globe sur une période couvrant les 320 derniers millions d’années.

Cet instrument numérique n’est pas tout à fait nouveau. Créé initialement il y a une décennie par une équipe de chercheurs de l’Université d’Utrecht, le modèle vient de faire l’objet d’une mise à jour majeure. L’objectif de ces scientifiques est de combler le fossé qui sépare deux disciplines complexes : la paléobiologie et la paléoclimatologie.

La reconstitution du climat antique ou l’étude de la vie préhistorique dépendent fortement des traces laissées dans la roche. Pour que ces données soient exploitables, les spécialistes doivent connaître avec une précision mathématique l’emplacement exact de ces spécimens au moment précis de leur formation.

La boussole figée dans la roche

credit : lanature.ca (image IA)

Pour parvenir à cartographier ces mouvements millénaires, l’équipe s’est appuyée sur les signaux magnétiques emprisonnés dans des roches prélevées aux quatre coins du monde. Cette méthode permet d’illustrer la manière dont les masses terrestres se sont déplacées depuis l’aube de notre ère géologique actuelle.

Le docteur Bram Vaes, co-auteur de l’étude rattaché à l’institut de recherche CEREGE, détaille cette approche dans une déclaration officielle. Il explique que « l’angle formé par le champ magnétique terrestre et la surface de la Terre change progressivement des pôles vers l’équateur et est donc lié à la latitude. Et de nombreuses roches contiennent des minéraux magnétiques qui ont ‘enregistré’ la direction du champ magnétique à cet endroit au moment où la roche s’est formée. »

La position géographique originelle des minéraux n’est donc plus un mystère insondable. Le chercheur poursuit son explication en précisant la portée de cette technique : « Ainsi, en utilisant cela, nous pouvons déterminer à quelle latitude une telle roche s’est formée. »

Sur la trace des continents engloutis

credit : lanature.ca (image IA)

L’évolution de l’outil informatique repose sur l’intégration de nouvelles données concernant les anomalies magnétiques marines. Ces éléments inédits mettent en lumière les mouvements complexes des plaques tectoniques majeures, tout en incluant la trajectoire de plaques plus modestes. Le modèle prend désormais en compte plusieurs continents perdus qui se sont retrouvés plissés pour former des chaînes de montagnes en Asie et dans la région méditerranéenne.

Les exemples de ces terres disparues abondent. L’ancienne masse terrestre nommée Argoland s’est détachée de l’Australie occidentale il y a environ 155 millions d’années. Ses vestiges sont aujourd’hui enfouis sous les hauts plateaux de l’Indonésie. Dans la même dynamique, le continent antique du Grand Adria a rompu ses amarres avec l’Afrique du Nord il y a plus de 200 millions d’années, avant d’être totalement englouti par les massifs montagneux du Moyen-Orient et de la Méditerranée.

Le professeur Douwe van Hinsbergen, qui a dirigé cette étude, mesure l’ampleur de cette avancée technique. « Pour la première fois, un modèle véritablement mondial est désormais disponible et permet de relier ces roches à leurs plaques d’origine, qui ont depuis disparu dans le manteau terrestre, » indique-t-il. Il ajoute ensuite : « Le voyage mondial de ces roches peut désormais également être retracé. »

La dislocation du supercontinent Pangée

credit : lanature.ca (image IA)

L’interface mise à la disposition du public offre la possibilité de sélectionner n’importe quel endroit sur Terre pour observer l’évolution de sa latitude depuis l’époque du supercontinent Pangée. Cette formation titanesque, qui existait il y a environ 320 millions d’années, regroupait la quasi-totalité des masses continentales de la planète, à l’exception notable de la Sibérie et de certaines parties de la Chine.

À cette période lointaine, l’immense bloc terrestre de la Pangée était encerclé par un océan unique portant le nom de Panthalassa. La physionomie de notre monde a commencé à basculer il y a près de 200 millions d’années, lorsque les différentes parties du supercontinent ont amorcé leur séparation.

Cette lente dérive a fini par donner naissance aux masses continentales distinctes et aux multiples océans qui composent la carte du monde que nous connaissons aujourd’hui. Les roches que nous observons dans notre environnement immédiat ont ainsi accompli un long périple et n’ont pas toujours résidé à leur emplacement actuel.

Une nouvelle dimension pour l’étude de la biodiversité

credit : lanature.ca (image IA)

La localisation originelle des roches revêt une importance capitale pour les paléobiologistes chargés d’étudier les fossiles qu’elles renferment. Établir un lien solide entre la biodiversité antique et le climat exige de connaître l’endroit précis où ces strates rocheuses se trouvaient durant les premiers stades de leur histoire géologique.

La docteure Emilia Jarochowska, co-autrice des recherches, souligne l’impact de ce nouvel outil sur les méthodes de travail scientifiques. « Avec le nouveau modèle, nous avons une certitude beaucoup plus grande, et notre compréhension de la biodiversité passe d’unidimensionnelle – c’est-à-dire uniquement dans le temps – à tridimensionnelle, englobant également l’espace, » affirme la chercheuse.

Ces perspectives ouvrent la voie à une meilleure appréhension des défis écologiques contemporains. « Cela nous permet de tirer d’importantes leçons pour la résilience de la biodiversité à l’heure actuelle, » précise-t-elle. L’intégralité de cette étude scientifique est consultable dans les pages de la revue PLOS One.

Selon la source : iflscience.com

facebook icon twitter icon linkedin icon
Copié!
Plus de contenu