Aller au contenu
La limite de notre galaxie a échappé aux scientifiques pendant des années : ils l’ont enfin trouvée
Crédit: lanature.ca (image IA)

Une immensité qui trouve sa limite

credit : lanature.ca (image IA)

Vu depuis la Terre, notre environnement stellaire semble se déployer à l’infini. Pour un observateur levant les yeux vers le ciel nocturne depuis la terre ferme, la Voie lactée donne l’impression d’une vaste étendue sans fin. Notre galaxie possède pourtant bel et bien une limite extérieure physique. Cette frontière se trouve dans une région lointaine, là où la formation d’étoiles s’évanouit doucement dans le vide spatial.

Pour identifier la fin exacte de la Voie lactée, les astronomes ont dû tourner leurs regards vers le site de formation stellaire le plus excentré connu à ce jour. Cette zone charnière se situe à environ 40 000 années-lumière du centre galactique, marquant un point d’arrêt dans la dynamique de notre univers local.

Il faut garder à l’esprit que les galaxies évoluent sur des milliards d’années. Lorsque le gaz propice à la création stellaire se refroidit ou se diffuse, ce processus ralentit dans certaines régions, allant parfois jusqu’à cesser totalement. En parallèle, des nuages de poussière et de gaz denses et chauds donnent naissance à de nouveaux astres dans d’autres secteurs, modifiant ainsi en permanence la composition même de ces gigantesques structures cosmiques.

L’enquête titanesque sur les étoiles géantes

credit : lanature.ca (image IA)

Notre galaxie, la Voie lactée, est une galaxie spirale dotée d’un disque en rotation. Le bord de ce disque correspond à la région la plus éloignée où les étoiles continuent de se former. Ce constat a nécessité un travail d’analyse minutieux pour être prouvé scientifiquement.

Une équipe de chercheurs de l’Université de Malte s’est penchée sur ce phénomène complexe. Les scientifiques ont analysé plus de 100 000 étoiles géantes en s’appuyant sur les bases de données de plusieurs relevés astronomiques majeurs, notamment APOGEE-DR17, Gaia et LAMOST-DR3. Ce travail colossal leur a permis de retracer l’histoire de la lointaine banlieue de notre système galactique.

Les résultats montrent que les centaines de milliards d’étoiles qui peuplent la Voie lactée suivent un modèle spécifique. Les étoiles situées au plus près du cœur galactique comptent parmi les plus anciennes. De manière générale, plus on s’éloigne du centre, plus les astres rajeunissent. Cette tendance se maintient jusqu’à atteindre un point critique où, contre toute attente, la population stellaire recommence à vieillir.

Les mystères des profils lumineux

credit : lanature.ca (image IA)

De précédentes observations, menées grâce aux télescopes spatiaux Hubble et James Webb, avaient déjà permis de repérer des zones où la luminosité galactique ne diminuait pas de façon habituelle en fonction de la distance au centre. À la place, les astronomes ont constaté des ruptures nettes dans les profils lumineux de ces secteurs périphériques.

Saisir la raison exacte de l’existence de ces cassures dans le profil lumineux de la Voie lactée s’est avéré particulièrement difficile. L’estimation de la densité stellaire selon les différentes zones constituait un défi scientifique majeur. Cette complexité provient directement de la manière dont la poussière et le gaz absorbent et dispersent le rayonnement électromagnétique, un phénomène optique connu sous le nom d’extinction par la poussière.

« Bien que les ruptures parmi les galaxies à disque soient courantes, la question de savoir si la Voie lactée présente un tel profil rompu reste ouverte, » ont expliqué les chercheurs dans leur étude récemment publiée dans Astronomy & Astrophysics. « Ceci est en partie dû à notre position au sein du disque galactique, qui rend le profil de densité stellaire difficile à déterminer directement en raison de l’extinction par la poussière. »

Une architecture en forme de U

credit : lanature.ca (image IA)

Les études antérieures ont inlassablement tenté de localiser cette fameuse ligne de fracture galactique. Le relevé APOGEE avait d’ailleurs détecté les premiers signes d’une rupture de la densité stellaire dans la région la plus périphérique de la Voie lactée. Dans des galaxies spirales similaires, ces ruptures sont généralement liées à des seuils dans la formation des étoiles.

La migration des étoiles, portée par le déplacement des bras spiraux et par la barre stellaire centrale de la Voie lactée, représente un autre facteur déterminant. Cette barre est une structure dense qui tourne à une vitesse différente de celle des étoiles elles-mêmes, une disparité qui résulterait d’instabilités gravitationnelles. Ce même processus pourrait déplacer les astres du disque interne vers le disque externe. C’est au-delà de cette rupture que l’âge des étoiles augmente à nouveau.

Comme l’âge stellaire diminue jusqu’à la rupture puis augmente au-delà, la Voie lactée affiche un profil d’âge stellaire en forme de U, un modèle courant dans d’autres galaxies de type II. Des simulations suggèrent que de nombreuses étoiles se trouvant actuellement dans le disque externe se sont formées plus près du centre avant de migrer vers l’extérieur. La relation entre l’âge et la teneur en métaux valide cette approche : les astres présentant une forte abondance d’éléments plus lourds que l’hélium sont généralement plus jeunes et concentrés vers le centre, tandis que les étoiles à faible teneur en métaux sont typiquement plus anciennes et se situent plus loin du noyau galactique.

Les vestiges de la formation galactique

credit : lanature.ca (image IA)

Les observations combinées d’APOGEE-DR17, LAMOST-DR3 et Gaia ont prouvé que l’âge des étoiles dans le disque externe continue inlassablement d’augmenter vers son bord. Ce phénomène migratoire est si puissant que notre propre Soleil a très probablement, lui aussi, migré vers l’extérieur au fil du temps.

Cette répartition atypique des âges stellaires dans la Voie lactée peut être au moins partiellement expliquée par la présence de quantités colossales de gaz et de poussière lors de sa genèse. Ces matières primordiales, dont la densité était bien supérieure à ce qui subsiste aujourd’hui, étaient concentrées près du trou noir supermassif central, Sagittarius A*, au moment de la naissance de la galaxie. Cet environnement extrême a généré des essaims d’étoiles anciennes qui se sont, depuis, transformées en géantes rouges.

À mesure que l’on s’éloigne du cœur, la poussière et le gaz deviennent de plus en plus diffus, ralentissant grandement la dynamique de création. Les étoiles apparues sur les bords extérieurs ont par conséquent mis plus de temps à se former, ce qui justifie leur jeunesse relative. Les astres observés au-delà de cette ultime frontière de formation sont beaucoup plus vieux tout simplement parce qu’ils sont nés plus tôt dans les régions internes de la galaxie, avant d’entamer leur grand voyage migratoire vers les confins.

Le verdict des 40 000 années-lumière

credit : lanature.ca (image IA)

En rassemblant l’ensemble de ces données, les chercheurs sont parvenus à la conclusion que le disque externe de la Voie lactée s’étend jusqu’à environ 40 000 années-lumière de son centre galactique. Une preuve supplémentaire de cette frontière réside dans la présence d’un gaz froid et lent au-delà de cette démarcation spatiale. Ce matériau se révèle bien trop diffus et manque de l’énergie nécessaire pour permettre l’éclosion de nouvelles étoiles.

La barre centrale de la galaxie pourrait contribuer à figer cette limite en piégeant le gaz et en perturbant son flux vers l’extérieur. Si ce gaz continue malgré tout de s’étendre, particulièrement sous l’action de la légère déformation de la Voie lactée qui a pour effet de le disperser encore plus, il ne parviendra sans doute pas à se refroidir assez pour s’accumuler dans les nuages cosmiques, véritables berceaux des étoiles naissantes.

« Dans la Voie lactée, la cause profonde de la chute de la formation stellaire au-delà du rayon de rupture reste incertaine, » soulignent les scientifiques en conclusion de leurs travaux. « La rupture pourrait être principalement entraînée par la dynamique liée à la barre [ou] par une transition régulée thermiquement dans les phases gazeuses, par l’apparition d’une déformation dans les disques gazeux et stellaires, ou par une combinaison de ces mécanismes opérant ensemble. »

Selon la source : popularmechanics.com

facebook icon twitter icon linkedin icon
Copié!
Plus de contenu