La baisse continue de la popularité de Donald Trump : 9 éléments qui éclairent la situation
Auteur: Simon Kabbaj
Une tendance de fond qui interroge les observateurs

Observer les sondages d’un président en cours de second mandat s’effriter de manière régulière indique souvent une dynamique politique sous-jacente. Il ne s’agit pas ici des fluctuations hebdomadaires habituelles que les analystes politiques ont l’habitude d’écarter. Les chiffres concernant Donald Trump en 2026 s’inscrivent dans une trajectoire constante, partagée par de multiples instituts de sondage, mois après mois.
Cette situation se distingue par sa grande régularité. Les panels en ligne, les enquêtes téléphoniques, les instituts de tendance républicaine ou centriste aboutissent tous aux mêmes conclusions dans un laps de temps similaire. Ce phénomène reflète une modification tangible de l’opinion publique plutôt qu’un accident lié à une actualité médiatique défavorable isolée.
Les groupes d’électeurs qui se détournent ne se limitent pas aux critiques habituels ou à l’opposition de longue date. L’érosion se manifeste au sein même de sa coalition. Elle touche les jeunes électeurs qui ont contribué à son retour à la Maison-Blanche en 2024, les électeurs indépendants indispensables dans les scrutins serrés, et même les sympathisants républicains qui le soutenaient avec enthousiasme lors de son investiture il y a tout juste 16 mois. Les données détaillées mettent en lumière neuf dynamiques distinctes.
1. L’approbation globale atteint un niveau historiquement bas pour ce second mandat
L’évaluation des Américains sur la présidence de Donald Trump affiche une baisse continue depuis plusieurs mois. Sa cote d’approbation s’établit désormais à 34%, marquant le niveau le plus bas de son second mandat, selon une enquête du Pew Research Center menée du 20 au 26 avril 2026 auprès de 5 103 adultes américains.
Ce chiffre confirme une tendance plus large. Un sondage Reuters/Ipsos révèle que la cote de popularité globale s’établit à 34% parmi l’ensemble des personnes interrogées et à 37% chez les électeurs inscrits, constituant dans les deux cas un plancher pour ce second mandat. Cette enquête a été réalisée entre le 24 et le 27 avril 2026. Parallèlement, un sondage AP-NORC indique que l’approbation de sa gestion économique a chuté, passant de 38% en mars à 30% en avril. De manière similaire, la part des adultes américains approuvant le leadership du président sur le dossier iranien s’établit à un niveau bas de 32%.
L’étude des tendances montre que l’approbation est passée de 47% fin janvier 2025 à un niveau moyen de 35% fin avril 2026, tandis que la désapprobation a grimpé d’un peu plus de 50% à 64% sur la même période. Au début de son second mandat, Donald Trump affichait une approbation de 47%, ce qui représentait déjà le deuxième démarrage le plus bas pour un président moderne, juste derrière le début de son propre premier mandat. Un président ayant entamé son exercice avec un soutien public déjà modéré a depuis perdu entre 10 et 13 points supplémentaires, une trajectoire qui caractérise cette période politique.
2. Un taux de désapprobation qui s’élève à des niveaux records
La simple baisse de l’approbation s’accompagne d’une désapprobation active en constante augmentation. La cote d’approbation globale de Donald Trump s’est maintenue à 35% dans les sondages de CNN, se situant à un point seulement de son plus bas niveau historique. Les données plus récentes témoignent d’une désapprobation encore plus marquée. L’évaluation de son action présidentielle est tombée à un nouveau seuil de 36% d’approbation dans l’enquête Reuters/Ipsos, avec 62% des personnes interrogées déclarant désapprouver son bilan.
En ciblant spécifiquement les adultes américains, l’approbation nette de Donald Trump se situe à -20,6 selon la moyenne des sondages du Silver Bulletin suivie par Nate Silver. Environ 48% des Américains désapprouvent fortement l’exercice de ses fonctions. Une désapprobation forte, par opposition à une simple insatisfaction passagère, s’avère plus complexe à inverser puisqu’elle traduit une conviction ancrée plutôt qu’une frustration ponctuelle.
Une enquête Reuters/Ipsos menée du 8 au 11 mai montre une approbation globale du président à 36% face à une désapprobation de 63%, ce qui se traduit par une approbation nette de -27%. Quelles que soient les méthodes ou les organisations de sondage, la fourchette de cette approbation nette demeure systématiquement et profondément négative.
3. Une approbation nette qui s’aligne sur les plus bas historiques de Joe Biden

Les parallèles politiques émergent de façon notable. Un sondage Economist/YouGov a mesuré l’approbation globale de Donald Trump à 36%, contre 58% de désapprobation, aboutissant à une approbation nette de -22. En janvier 2025, ce même institut accordait à Donald Trump une évaluation nette positive de +5 parmi les électeurs âgés de 18 à 29 ans. En mai 2026, cette donnée s’est effondrée pour atteindre -42, marquant une chute de 47 points de l’approbation nette chez la génération Z au sein de ce baromètre.
Allen Houston de l’institut YouGov a apporté une précision au magazine Newsweek : « La moyenne d’approbation nette de Trump au cours des trois dernières semaines, établie à -22, constitue un record à la baisse pour ses deux mandats. Cette moyenne d’approbation nette de -22 sur les trois dernières semaines correspond également à la plus basse approbation nette que Joe Biden ait jamais enregistrée en moyenne sur trois semaines consécutives au cours de son mandat. »
Cette mise en perspective souligne que le niveau plancher de Joe Biden constituait un handicap politique majeur pour son parti. Donald Trump, qui a remporté l’élection de 2024 notamment en jouant sur le contraste avec la position affaiblie de Joe Biden, se retrouve aujourd’hui à un niveau équivalent. Malgré quelques rebonds temporaires dans des enquêtes isolées, l’approbation du président n’a pas dépassé la désapprobation sur une période complète de 12 mois. Cette durée prolongée pour un président dans son second mandat pourrait avoir des conséquences significatives à l’approche des élections de mi-mandat de 2026.
4. L’économie, talon d’Achille de ce second mandat

Lorsqu’on interroge les citoyens américains sur ce qui motive leur perception négative de la présidence, la situation économique s’impose comme la réponse principale dans les sondages successifs. Une enquête CNN réalisée par SSRS entre le 30 avril et le 4 mai 2026 auprès de 1 499 adultes américains a mesuré l’approbation économique de Donald Trump à 30%, avec 70% de désapprobation, soit une note nette de -40. Il s’agit du niveau d’approbation économique le plus bas enregistré pour le président sur l’ensemble de ses deux mandats dans les enquêtes de CNN.
Ce même sondage CNN/SSRS indique que 77% des Américains, dont une majorité de Républicains, estiment que les politiques de Donald Trump ont augmenté le coût de la vie dans leurs communautés. Ce constat est particulier car l’électorat républicain a traditionnellement tendance à accorder le bénéfice du doute à son président sur la gestion économique, rendant cette désapprobation majoritaire au sein de sa propre base tout à fait inhabituelle. Des publications récentes illustrent d’ailleurs ces pressions liées au coût de la vie et recensent les mesures pratiques adoptées au quotidien par les ménages.
Seuls 22% des répondants soutiennent l’action de Donald Trump concernant le coût de la vie, d’après le sondage Reuters/Ipsos. L’indice des prix à la consommation a progressé de 3,3% en mars sur un an, montrant une inflation légèrement supérieure aux 3% dont le président a hérité lors de son retour à la Maison-Blanche. De plus, les prix de l’essence aux États-Unis ont bondi de plus de 40% pour atteindre environ 4,18 dollars le gallon depuis que les États-Unis et Israël ont lancé des frappes sur l’Iran le 28 février, provoquant une riposte qui a bloqué un cinquième du commerce mondial de pétrole.
5. Une désapprobation record sur les politiques de santé publique

L’économie ne constitue pas le seul dossier qui pèse sur les chiffres de Donald Trump. Ses résultats concernant le système de santé ont atteint un niveau inédit pour un président dans l’histoire moderne des sondages. Harry Enten, analyste en chef des données chez CNN, a décrit la position de Donald Trump sur la santé en termes particulièrement clairs, soulignant que 65% le désapprouvent sur ce sujet, un chiffre qu’il qualifie de « le plus élevé pour n’importe quel président ce siècle », dépassant les anciens sommets de Barack Obama et de George W. Bush.
Cette dynamique intervient dans un contexte de tensions liées au mouvement « MAHA » (Make America Healthy Again), un programme de santé populiste associé au secrétaire à la Santé et aux Services sociaux, Robert F. Kennedy Jr. Ce projet mêle un discours anti-système sur les vaccins à des propositions plus populaires, telles que la suppression de certains additifs alimentaires. Cependant, les sondages indiquent que la coalition que ce mouvement avait contribué à bâtir est en train de se fracturer.
L’addition d’une désapprobation record sur l’économie et, simultanément, sur la santé engendre un double handicap qu’il est difficile pour toute administration de surmonter avant une élection majeure. Il s’agit des deux enjeux qui se classent systématiquement en tête lorsque l’on demande aux électeurs ce qui a le plus d’importance dans leur vie quotidienne.
6. La génération Z affiche une rupture nette

Le basculement le plus marquant concerne sans doute un groupe d’électeurs qui s’est avéré crucial lors de la victoire de Donald Trump en 2024. La cote d’approbation du président parmi les jeunes électeurs a connu une chute sévère dans plusieurs sondages nationaux réalisés en avril et mai 2026, avec des baisses allant jusqu’à près de 60 points depuis le début de son second mandat. Les grandes enquêtes nationales montrent un schéma constant, l’approbation nette de Donald Trump chez la génération Z étant passée d’un territoire positif ou modérément négatif début 2025 à des notes profondément négatives, comprises entre -42 et -76 lors des derniers relevés.
Un sondage Economist/YouGov mené en janvier 2025 créditait Donald Trump d’une note nette positive de +5 parmi les électeurs âgés de 18 à 29 ans. En mai 2026, celle-ci est tombée à -42, représentant un effondrement de 47 points de son approbation nette auprès de la génération Z dans cette série d’enquêtes. Ben Leff, PDG et cofondateur de l’institut de sondage Verasight, a confié à Newsweek : « Cela nous ramène à ce que Trump a promis à ces groupes. Les Américains de la génération Z étaient particulièrement préoccupés par l’inflation, les prix et la volonté d’éviter de nouvelles guerres, et je pense que beaucoup d’entre eux se sentent trahis sur ces deux questions. »
Ben Leff a également ajouté : « Si vous êtes plus jeune, vous avez moins de revenu disponible, donc vous ressentez vraiment les changements de prix. » Désormais, la génération Z semble se détourner de lui de façon décisive, reconfigurant ce segment démographique clé avant les élections de mi-mandat de 2026. Si Donald Trump n’a pas remporté la majorité absolue des voix des jeunes en 2024, il avait enregistré des gains importants dans ce groupe par rapport à 2020, les intégrant davantage à sa coalition. Ce revirement majeur menace un pilier de sa stratégie électorale et pourrait avoir des répercussions sur les scrutins législatifs serrés de novembre.
7. Le détachement progressif des électeurs indépendants
Dans le paysage politique américain moderne très polarisé, l’opinion des citoyens se déclarant indépendants revêt une importance capitale. Ce sont ces électeurs qui sont les plus susceptibles de déterminer l’issue des élections dans les circonscriptions législatives disputées, et ils s’éloignent régulièrement de Donald Trump. D’après les données de l’Economist/YouGov, 69% des indépendants désapprouvent son action à la présidence, une hausse par rapport aux 62% enregistrés en janvier. Par ailleurs, 47% des indépendants estiment que ses politiques leur ont porté préjudice sur le plan personnel, contre 41% à l’automne précédent.
Ce mouvement s’avère important car il reflète un éloignement simultané de Donald Trump au sein de plusieurs catégories d’électeurs, et non une simple faiblesse circonscrite à un seul groupe démographique. Les jeunes électeurs, les indépendants et la base républicaine traditionnelle évoluent tous dans la même direction et au même moment, ce qui réduit considérablement l’espace politique dont dispose le président pour regagner le terrain perdu.
Malgré les efforts déployés pour vanter les réductions d’impôts de l’année précédente et minimiser les craintes économiques, l’approbation économique de Donald Trump reste faible chez les indépendants et s’est même détériorée chez les Républicains. La part des Républicains qui approuvent fortement son bilan est passée à 43%, contre 52% en janvier. Au total, la cote d’approbation économique du président a chuté de 8 points depuis janvier, avec une baisse encore plus marquée de 14 points au sein du camp républicain.
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8. Une érosion visible au sein de sa propre base électorale

Le déclin observé à l’intérieur de la base républicaine constitue sans doute la tendance la plus lourde de conséquences sur le plan politique. Selon l’enquête du Pew Research Center, la baisse de popularité de Donald Trump provient au moins autant des Républicains que des Démocrates. Les Républicains maintiennent une vision généralement positive du président, bien que parmi les Républicains et les indépendants proches de ce parti, 68% approuvent la façon dont Donald Trump exerce ses fonctions, un chiffre en baisse par rapport aux 73% relevés en janvier.
Si la plupart des électeurs de Donald Trump continuent d’approuver sa gestion de la présidence, cette proportion se réduit : 78% de ses électeurs de 2024 l’approuvent actuellement, contre 83% en janvier et 95% dans les premiers jours de son mandat. Les électeurs de Donald Trump les plus jeunes et ceux d’origine hispanique sont désormais nettement moins enclins que les électeurs plus âgés et blancs à valider son bilan. Ainsi, 57% de ses électeurs de moins de 35 ans et 70% de ceux âgés de 35 à 49 ans lui accordent leur approbation, contre 87% de ses électeurs âgés de 50 ans et plus.
L’analyste Ben Leff a précisé qu’une baisse d’approbation ne se traduit pas automatiquement par un vote pour le parti adverse, notant que la désapprobation a plus de probabilités d’influencer les décisions de participation électorale que les changements de vote. Cette nuance revêt une importance capitale à l’approche d’une année d’élections de mi-mandat, où les écarts de participation décident régulièrement des scrutins les plus disputés. L’actualité politique est également marquée par d’autres dossiers, comme l’ont rapporté plusieurs articles dévoilant comment un seul courriel a permis à l’administration d’exempter 180 entreprises polluantes des règles encadrant la pureté de l’air.
9. La sécurité aux frontières maintient son statut d’exception positive

Tous les indicateurs ne pointent pas vers le bas. Au milieu de cette vague de sondages défavorables, un dossier conserve une approbation nette : la sécurité aux frontières. Donald Trump continue de recevoir des évaluations positives sur sa gestion des frontières, une thématique historique de son programme. De plus, un sondage national de NBC News indique que les électeurs font toujours davantage confiance à son parti qu’aux Démocrates pour traiter à la fois la sécurité frontalière et l’immigration.
Cependant, si 53% des électeurs approuvent l’action de Donald Trump concernant la sécurité aux frontières, 54% désapprouvent sa gestion de l’immigration au sens large, dans un contexte de contestation des politiques d’expulsions massives. Cette distinction est notable : l’approbation augmente lorsque la question cible spécifiquement la sécurisation de la frontière, mais elle diminue lorsqu’elle englobe les méthodes concrètes employées pour y parvenir.
L’économie demeure de très loin le sujet le plus important pour les électeurs, atteignant 37%, suivie de l’immigration et de la sécurité des frontières à 13%, de la santé à 11% et des divisions politiques à 11%, selon les sondages de Fox News. Cet écart met en évidence une problématique structurelle pour la Maison-Blanche : le point fort de Donald Trump ne correspond pas à la priorité absolue des électeurs, tandis que son point faible — l’économie — domine le débat national en vue de l’échéance de novembre.
Quels enjeux se dessinent pour les élections de novembre 2026
Les élections de mi-mandat de novembre 2026 se profilent dans environ six mois, et les données d’opinion dessinent un tableau de risques politiques précis pour le Parti républicain. L’histoire politique montre que le parti occupant la Maison-Blanche perd traditionnellement des sièges lors des élections de mi-mandat, peu importe le contexte. Lorsqu’un président évolue 13 points en dessous de son approbation d’investiture, tout en enregistrant simultanément des scores historiquement bas sur l’économie et la santé, cette vulnérabilité s’accentue. L’analyse de Nate Silver pour le Silver Bulletin indique que ces chiffres expliquent en partie pourquoi les Démocrates sont en bonne voie pour réaliser une performance solide, et ce malgré de récents revers liés au redécoupage électoral. Les Démocrates mènent les intentions de vote génériques pour les législatives avec 50% contre 39%, leur avance grimpant même à 18 points chez les électeurs indépendants.
Pour les Républicains, l’enjeu n’est pas seulement de voir ces chiffres s’améliorer, mais de s’assurer qu’ils s’améliorent assez rapidement. Ben Leff, de l’institut Verasight, a souligné que la désapprobation de l’électorat traditionnel se manifeste davantage par une baisse de la participation que par un transfert de voix. « Ces personnes sont toujours républicaines – elles ne vont pas changer pour qui elles votent », a-t-il expliqué. « La question est de savoir si elles se déplaceront pour les élections de mi-mandat. » Dans une Chambre des représentants où le parti républicain ne détient qu’une très courte majorité, un écart de participation des jeunes Républicains et des indépendants déçus pourrait suffire à faire basculer des sièges très disputés sans qu’un seul électeur ne change d’affiliation politique.
Pour les citoyens qui suivent ces statistiques, la conclusion pratique est directe. Les facteurs qui font chuter l’approbation actuelle — le prix de l’essence, le coût de la vie, le conflit avec l’Iran et les inquiétudes liées à la santé — n’ont rien d’abstrait. Ils se ressentent chaque jour, de la pompe à la caisse du supermarché. La dynamique actuelle de ce second mandat diffère de celle du premier. Les chiffres ont glissé de manière lente mais continue, et cette tendance était déjà présente avant la guerre avec l’Iran. Lorsque l’on demande aux Américains ce qui tire vers le bas leur opinion du président, l’économie revient comme la réponse principale enquête après enquête. Tant que cette réalité ne changera pas de manière palpable pour le portefeuille des électeurs, les sondages ont peu de chances de s’inverser.
prompt image: IMAGE_PROMPT: Photographie ultra-réaliste 8K de style documentaire, montrant une urne électorale américaine traditionnelle avec des bulletins de vote empilés, éclairage tamisé de fin de journée, symbolisant l’approche des élections.
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