L’ironie du sort : québec recrute des « sauveurs de vies » puis leur ferme la porte
Auteur: Adam David
Un pompier parisien pris au piège des politiques migratoires

Ludovic Robert est arrivé au Québec il y a à peine deux ans, non pas en touriste, mais comme une ressource activement recherchée. Cet ancien pompier de Paris a été recruté pour une mission claire : former les Québécois aux gestes qui sauvent. Pourtant, malgré son rôle essentiel et le besoin criant de la province, son avenir et celui de sa famille sont désormais en suspens, victime de l’abolition sans préavis du Programme de l’expérience québécoise (PEQ).
Cette situation, révélatrice d’une profonde incohérence gouvernementale, menace de renvoyer chez lui un instructeur en secourisme pourtant précieux pour son employeur, Secourisme RCR Québec, basé sur la rue Frank-Carrel.
Un recrutement basé sur un manque criant de main-d’œuvre

Attiré par les campagnes de séduction menées par la province en France, M. Robert a pris contact de lui-même avec l’entreprise de secourisme. «Ils m’ont embauché et ils ont fait toutes les démarches administratives auprès de l’immigration, car ils n’arrivaient pas à trouver d’instructeurs à temps plein ici», explique M. Robert, soulignant la pénurie d’instructeurs qualifiés.
Installé à l’été 2023, lui et son épouse – qui a rapidement trouvé un emploi en administration au CIUSSS de la Capitale-Nationale – pensaient avoir trouvé leur port d’attache définitif. L’intégration était réussie, la famille s’était établie, vendant tous ses biens en France pour s’engager pleinement dans ce projet québécois. M. Robert était d’ailleurs sur le point de déposer les documents requis pour le PEQ lorsque le programme a été suspendu, puis définitivement fermé.
Le double déracinement face à l’incohérence du gouvernement

La nouvelle de la fin du PEQ fut un coup de massue. «Ça va devenir très compliqué de devoir à nouveau partir, on a tout vendu en France. C’est un deuxième déracinement», lâche-t-il, exprimant l’ampleur du sacrifice demandé. Ces deux dernières années, M. Robert avait pourtant toutes les raisons de croire que ses compétences étaient indispensables.
Le paradoxe est frappant : au début de 2024, il a été révélé que près de 85% des grandes municipalités du Québec peinent à fournir une ambulance dans les délais requis aux citoyens en danger. Le Plan d’action du ministre de la Santé, Christian Dubé, suggère d’ailleurs de miser davantage sur les cours de secourisme et les premiers répondants plutôt que sur l’ajout massif d’ambulances pour améliorer la desserte d’urgence.
«Ça me fait rire, car on se retrouve à former les gens et [le gouvernement] va à contre-sens, en ne gardant pas les gens qui ont les compétences pour le faire», se désole M. Robert, pointant du doigt l’absurdité d’une politique qui se tire une balle dans le pied.
Des promesses floues qui ne rassurent personne

Les critiques formulées par le maire de Québec, Bruno Marchand, accusant la CAQ de traiter les immigrants de façon «inhumaine» avec la fin du PEQ, trouvent un écho chez M. Robert. «Ça va plonger énormément de gens dans l’incertitude, créer des problèmes de santé mentale et de la détresse», déplore-t-il.
Mercredi, une déclaration du premier ministre François Legault, indiquant que tous les travailleurs étrangers temporaires hors de Laval et Montréal pourraient rester, aurait pu apporter une lueur d’espoir. Mais M. Robert ne crie pas victoire trop vite. Le manque de détails est criant, notamment concernant les conjoints. «Si on demande des renouvellements de permis, il n’est pas certain que le conjoint obtienne le sien, car [Québec] a tellement réduit les conditions d’accès», rappelle-t-il.
L’avocat dénonce un premier ministre «déconnecté»
Cette prudence est largement partagée par les professionnels du droit. Selon l’avocat spécialisé en immigration, Maxime Lapointe, il est difficile d’être d’accord avec l’affirmation du Premier ministre. «Avec les règles actuelles du Programme de sélection des travailleurs qualifiés, on ne peut pas penser que tout le monde va être invité malheureusement», observe-t-il, soulignant que le système actuel fonctionne par grille de pointage, ce qui exclut nécessairement une partie des demandeurs.
Me Lapointe s’explique mal le décalage entre les propos rassurants de M. Legault et la réalité des politiques de son propre ministre de l’Immigration, Jean-François Roberge. L’avocat accuse le Premier ministre d’être «complètement déconnecté de son ministère et des politiques actuelles d’immigration» et de vouloir être «populiste» sans bien connaître le fond du dossier. Il fait même référence aux déclarations embarrassantes de M. Legault lors de la campagne de 2018, où il avait reconnu ne pas briller en matière de complexité migratoire.
le besoin de sécuriser les droits acquis
Pour l’avocat Lapointe, les déclarations faites sans précision par le gouvernement ne suffisent pas à apaiser l’anxiété des familles concernées. La solution, réclamée par de nombreux immigrants et organisations, demeure l’instauration de la clause des droits acquis pour tous ceux qui avaient déjà amorcé leurs démarches dans le cadre du PEQ.
En attendant, des professionnels comme Ludovic Robert, dont les compétences sont officiellement reconnues comme vitales pour la sécurité des citoyens, vivent dans une incertitude déstabilisante. Ils rappellent le coût humain d’une gestion politique perçue comme erratique, un sujet qui sera à nouveau abordé ce vendredi lors d’une manifestation prévue devant l’Assemblée nationale contre l’abolition du PEQ.
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