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Il y a 100 ans, des milliers de personnes sont tombées dans un profond sommeil sans explication. Le mystère demeure
Crédit: lanature.ca (image IA)

Le double fardeau sanitaire du début du vingtième siècle

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Il y a un peu plus d’un siècle, la planète affrontait une crise sanitaire d’une ampleur inédite, marquée par une pandémie gravée dans les mémoires et une autre, presque entièrement oubliée. La plus célèbre, la grippe espagnole, trouve en réalité ses origines aux États-Unis avant de ravager le monde entre 1918 et 1920. En l’espace de seulement deux années, le sous-type H1N1 du virus de la grippe A a causé la mort de plus de 50 millions de personnes à travers le monde, touchant au moins un cinquième de l’ensemble des êtres humains sur Terre.

Cependant, exactement à la même période, une maladie moins mortelle mais fondamentalement plus étrange se propageait discrètement à l’échelle mondiale. Il s’agissait de l’encéphalite léthargique (EL), un syndrome neurologique également connu sous le nom de « maladie du sommeil ». Cette appellation découlait de ses symptômes, qui incluaient fréquemment une hypersomnie poussant les patients à passer la quasi-totalité de leurs journées à dormir. Bien qu’elle n’ait pas atteint les sommets de mortalité de la grippe espagnole, la pandémie d’EL a tout de même tué environ cinq cent mille personnes entre 1917 et 1930, tout en laissant des centaines de milliers d’autres gravement handicapées.

D’après un article rédigé par le journaliste Darren Orf et publié le 5 juin 2026 à 14h00 EDT, le monde a largement oublié cette pandémie une fois la vague passée. Les scientifiques d’aujourd’hui considèrent toujours cette pathologie méconnue comme l’un des plus grands mystères médicaux du vingtième siècle. Plus de cent ans plus tard, la cause exacte, le mode de transmission et la possibilité qu’une telle pandémie se reproduise un jour demeurent inconnus.

Une symptomatologie insaisissable observée par Constantin von Economo

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L’un des aspects les plus déroutants de la pandémie d’encéphalite léthargique résidait dans son évolution extrêmement variable selon les populations touchées. Dans certains cas, la maladie fauchait les patients de manière foudroyante. Dans d’autres situations, elle affectait ses victimes sur une période très prolongée. Elle provoquait parfois une hypersomnie profonde, tandis que d’autres patients présentaient à l’inverse des niveaux d’activité accrus ou une manie soudaine.

Cette nature informe des symptômes de l’encéphalite léthargique a été particulièrement bien documentée par le médecin autrichien Constantin von Economo, qui fut le premier à décrire la maladie en 1917. Ses observations minutieuses réalisées lors des toutes premières phases de l’épidémie ont jeté les bases cliniques de cette affection mystérieuse.

« Nous avons affaire à une sorte de maladie du sommeil, ayant une évolution inhabituellement prolongée », a-t-il écrit. « Les premiers symptômes sont généralement aigus, avec des maux de tête et des malaises. Puis un état de somnolence apparaît, souvent associé à un délire actif dont le patient peut être réveillé facilement[…]. Cette somnolence délirante peut conduire à la mort, rapidement, ou au cours de quelques semaines. D’un autre côté, elle peut persister inchangée pendant des semaines ou même des mois avec des périodes durant des heures ou des jours ou même plus longtemps. »

Les deux phases destructrices de la pathologie

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À la suite de ses premières observations, Constantin von Economo a fini par publier des dizaines d’articles sur l’encéphalite léthargique, initiant ainsi un effort scientifique long d’un siècle pour tenter de comprendre cette maladie déroutante. Selon la Société américaine de microbiologie, l’affection peut être caractérisée par une progression en deux phases distinctes, chacune apportant son lot de complications neurologiques.

Durant la phase aiguë, fidèle aux premiers rapports de von Economo, des symptômes comparables à ceux d’une grippe font leur apparition. Ils sont ensuite suivis d’une somnolence extrême ou, dans certaines situations spécifiques, d’un état maniaque. Si le patient parvenait à survivre à cette première épreuve, une seconde phase de nature chronique s’installait, se manifestant très souvent par un parkinsonisme aigu et une immobilité.

Les conséquences à long terme étaient dévastatrices pour ceux qui réchappaient de la mort. Environ 50 pour cent de ceux qui ont survécu à l’EL ont été modifiés de façon permanente par cette expérience, avec des pourcentages de séquelles encore plus élevés chez les enfants. Ces altérations incluaient des changements complets de personnalité, voire le développement de psychoses sévères.

De la piste grippale aux hypothèses virales modernes

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Face à l’émergence simultanée des deux fléaux, une théorie dominante sur les causes de cette pandémie a d’abord souligné sa similarité avec la grippe espagnole. La principale preuve reliant les deux maladies reposait sur la simple coïncidence de leur apparition au même moment et dans les mêmes régions géographiques. De manière suggestive, des rapports faisant état d’encéphalites avaient déjà été associés à une épidémie de grippe survenue entre 1889 et 1892, dont les victimes avaient développé des symptômes neurologiques similaires à ceux provoqués par l’encéphalite léthargique.

Toutefois, l’encéphalite léthargique a continué de persister pendant près de dix ans après la disparition totale de la grippe espagnole. Au fil des décennies, les études menées sur des échantillons de cerveaux historiques appartenant à des patients atteints d’EL n’ont pas réussi à établir de lien définitif entre les deux maladies, poussant les chercheurs à explorer de nouvelles pistes biomédicales.

En 2012, une nouvelle approche a vu le jour lorsqu’un groupe de chercheurs a suggéré que le coupable pourrait être un entérovirus, qui est un type de virus à ARN. Le poliovirus constitue un exemple connu d’entérovirus, et d’autres souches sont réputées pour induire une condition où les muscles se relâchent et s’affaiblissent. D’autres théories ont avancé qu’un trouble auto-immun pourrait être en cause, bien qu’une telle explication soit difficile à justifier compte tenu de l’étendue considérable de la propagation de la maladie.

L’héritage tragique d’un mal qui rôde encore

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Bien que les scientifiques ne soient toujours pas certains de sa cause exacte, les effets documentés de l’encéphalite léthargique ont été profondément dévastateurs sur le plan humain. Le dernier survivant connu de la pandémie d’EL, Philip Leather, est décédé à l’âge de 82 ans en 2002. Il a passé la majeure partie de son existence immobile, reclus dans un hôpital psychiatrique, illustrant la tragédie individuelle cachée derrière les statistiques de cette maladie impitoyable.

Aujourd’hui, la maladie est devenue extrêmement rare. Selon les données communiquées par la Société américaine de microbiologie, seuls 80 cas ont été signalés au cours des 85 dernières années. Cette raréfaction extrême contribue à maintenir le voile de mystère qui entoure son origine et sa nature véritable.

Cette maladie énigmatique reste largement oubliée des mémoires collectives, mais la question demeure de savoir si elle restera une simple curiosité historique ou si elle frappera de nouveau avec une virulence inattendue. Pour toute question médicale, consultez un professionnel de santé qualifié.

Selon la source : popularmechanics.com

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