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Analyse : Droits de douane — quand l’Europe ferme la porte au nez de Washington
Crédit: shutterstock / lanature.ca (image IA)

Un coup de tonnerre dans le ciel transatlantique

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Février 2026. La date restera dans les annales des relations commerciales. En décidant de suspendre un accord commercial majeur avec les États-Unis, l’Union européenne vient de poser un acte d’une portée historique. L’heure n’est plus à la diplomatie feutrée et aux compromis. Face à un protectionnisme américain de plus en plus affirmé, Bruxelles opte pour une confrontation directe et assumée.

Cette décision radicale n’est pas sortie de nulle part. Elle est l’aboutissement d’une lente dégradation et menace aujourd’hui de reconfigurer en profondeur l’équilibre du commerce mondial. L’Europe semble avoir atteint un point de non-retour, choisissant de claquer la porte au visage de son partenaire historique. Une question se pose alors : comment en est-on arrivé là ?

La fin d’une longue patience

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Pour comprendre la rupture, il faut remonter le fil du temps. Les tensions actuelles s’inscrivent dans un cycle long, qui a débuté en 2018 avec l’imposition de surtaxes par l’administration de Donald Trump sur l’acier et l’aluminium européens. Si la présidence de Joe Biden a offert une période d’accalmie, le ver était déjà dans le fruit. L’adoption en 2022 de l’Inflation Reduction Act, avec ses subventions massives conditionnées à la préférence nationale américaine, a ravivé les flammes.

La décision européenne est la conséquence d’une accumulation d’affronts. Bruxelles estime que Washington a multiplié les entorses à ses propres engagements. Parmi les griefs figurent l’extension unilatérale des surtaxes, alors même qu’un gel avait été promis pendant les négociations, et une absence totale de consultations préalables avant de prendre des mesures affectant les exportations européennes. Face à ces violations répétées, l’Union s’est retrouvée face à un choix binaire : la soumission ou l’affirmation de sa dignité. Elle a choisi la seconde option.

Économies en sursis : les victimes désignées

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Sur le terrain, la menace de droits de douane américains pouvant atteindre 25 % fait trembler des pans entiers de l’économie européenne. L’industrie automobile allemande est en première ligne. Le modèle économique de géants comme Volkswagen, BMW ou Mercedes-Benz, qui repose massivement sur les exportations de véhicules premium, se voit directement menacé.

Les fleurons français et le tissu des petites et moyennes entreprises ne sont pas épargnés. L’agroalimentaire, les vins, les fromages et l’industrie du luxe se préparent à revivre le cauchemar des représailles tarifaires passées. Les PME, souvent dépourvues des ressources juridiques des grands groupes, risquent de payer le prix le plus fort. Mais l’illusion protectionniste a un revers : le consommateur américain. Contrairement à une idée reçue, les tarifs douaniers ne sont pas payés par les pays exportateurs, mais par les importateurs et, in fine, par les citoyens américains. Le protectionnisme frappe d’abord les ménages modestes et affaiblit la compétitivité des usines américaines dépendantes de composants importés.

L’Union fait la force, mais à quel prix ?

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Si la Commission européenne affiche une décision unanime, la réalité politique derrière ce front commun est plus nuancée. L’unité des Vingt-Sept reste le talon d’Achille de l’Europe dans ce bras de fer. Des fractures existent. Certains pays de l’Est, comme la Pologne, craignent de froisser le grand allié américain, dont ils dépendent pour leur sécurité face à la Russie.

D’autres nations, dont les économies sont hyper-exportatrices comme l’Irlande, les Pays-Bas ou la Suède, redoutent le coût économique d’une guerre commerciale totale. Pourtant, l’Europe de 2026 n’est plus l’acteur désarmé qu’elle a pu être. Elle s’est dotée d’outils coercitifs inédits, à l’image du règlement sur les subventions étrangères ou de l’instrument anti-coercition. Ces mécanismes lui donnent désormais le pouvoir de bloquer l’accès aux marchés publics européens pour les entreprises américaines jugées massivement subventionnées. Le message est clair : l’Europe n’est plus un marché captif.

Un monde sans arbitre et le sourire de Pékin

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Le drame le plus silencieux de cette crise se déroule à Genève, au siège de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). L’institution, censée arbitrer les litiges commerciaux, est paralysée depuis des années. La raison ? Le blocage par les États-Unis de la nomination des juges à son organe d’appel. En sapant l’architecture juridique mise en place après 1945, Washington instaure de fait la loi du plus fort sur la scène internationale.

Dans l’ombre de ce fracas transatlantique, un acteur observe et compte les points : la Chine. Chaque contrat perdu par un industriel occidental est une opportunité pour Pékin. Forte de son propre bloc commercial, le Partenariat économique régional global (RCEP), la Chine consolide son influence en Asie et regarde avec intérêt les tentations de rapprochement entre l’Europe et elle. Poussée dans ses retranchements par Washington, l’Europe pourrait naturellement se tourner vers le marché colossal d’1,4 milliard de consommateurs chinois.

Au bord du précipice : un tournant stratégique

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L’histoire économique est hantée par le spectre de la loi Smoot-Hawley de 1930, une loi protectionniste américaine qui avait contribué à précipiter le monde dans une guerre commerciale destructrice. Toutefois, le contexte a changé. Aujourd’hui, les chaînes de valeur sont si profondément imbriquées qu’une rupture totale serait suicidaire pour les deux blocs économiques.

L’enjeu actuel dépasse donc la simple question des tarifs douaniers. L’Europe est en train de prouver qu’elle peut construire une véritable doctrine d’autonomie stratégique. En traçant cette ligne rouge, elle envoie un message ferme à Washington : « les accords ne sont pas des options. Ils s’appliquent. » C’est un choix en faveur de sa crédibilité à long terme. La balle, désormais, est dans le camp de Washington.

Selon la source : lefigaro.fr

 

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