Un revirement inattendu sur la vaccination

Il semble exister une limite que même l’administration Trump n’est pas prête à franchir. Casey Means, la candidate désignée au poste de chirurgien général des États-Unis, affirme désormais qu’elle recommande sans réserve la vaccination contre la rougeole. Un changement de cap radical pour celle qui, il y a encore peu, évitait soigneusement de se prononcer.
Cette déclaration a été faite dans des remarques écrites envoyées la semaine dernière aux sénateurs, faisant suite à son audition de nomination à la fin du mois dernier. Durant cette audition, Casey Means avait esquivé à plusieurs reprises les questions directes sur son soutien aux vaccins contre la rougeole et d’autres maladies évitables. Ce revirement pourrait être le dernier signe en date que l’entourage de Donald Trump prend ses distances, du moins publiquement, avec le mouvement anti-vaccination.
De l’évasion à la recommandation claire

Dans ses remarques écrites, obtenues par le média MSNow au cours du week-end, Casey Means a été on ne peut plus claire. Elle a déclaré : « Je suis d’accord avec le nouveau directeur par intérim du CDC, le Dr Jay Bhattacharya, qui a dit : ‘Le vaccin [rougeole, oreillons, rubéole] reste le moyen le plus fiable et le plus efficace de prévenir’ la rougeole ».
Ce n’est pas tout. La candidate a également invoqué une autre figure de l’administration. « Je soutiens le message du Dr Oz aux Américains de se faire vacciner contre la rougeole », a-t-elle ajouté par écrit. Au début du mois dernier, Mehmet Oz, l’administrateur des Centres pour les services Medicare et Medicaid, avait en effet offert le soutien le plus direct à la vaccination contre la rougeole de la part d’un membre de l’administration, demandant à la population de « prendre le vaccin, s’il vous plaît ».
L’audition au Sénat : un premier temps d’esquive

Ce positionnement tranche nettement avec son attitude lors de son audition devant la commission HELP du Sénat. Casey Means, une médecin diplômée (dont la licence est aujourd’hui inactive) devenue influenceuse dans le domaine du bien-être, est particulièrement populaire parmi les partisans du mouvement « Make America Healthy » (MAHA), fondé par le secrétaire à la Santé Robert F. Kennedy Jr. Dans ses écrits passés, elle a exprimé plusieurs croyances douteuses en matière de santé, y compris la promotion de mythes éculés sur les dangers de la vaccination.
Devant les sénateurs, elle avait tenté d’adoucir certaines de ses anciennes positions, affirmant à plusieurs reprises que les vaccins sauvent des vies. Cependant, elle avait refusé de soutenir directement la vaccination contre la rougeole pour le grand public. Sa réponse ? « Chaque mère doit avoir une conversation avec son pédiatre à propos de tout médicament qu’elle administre au corps de ses enfants ». Elle a donné des réponses similaires concernant les vaccins contre la grippe et l’hépatite B. À un autre moment, elle a refusé de dire si elle pensait que les vaccins causaient l’autisme, ce qui est scientifiquement faux.
Pressions politiques et calcul électoral ?

Ce revirement peut être interprété comme une tentative de sauver sa candidature. Après l’audition, plusieurs sénateurs républicains de la commission HELP avaient déclaré qu’ils n’étaient pas encore sûrs de soutenir sa nomination. La sénatrice Lisa Murkowski (Républicaine, Alaska) avait explicitement cité les vaccins comme un enjeu important influençant sa décision.
Mais ce changement pourrait aussi signaler une stratégie plus large de la Maison Blanche, qui verrait désormais la question des vaccins comme une mine politique à éviter, quitte à s’aliéner ses partisans du mouvement MAHA. La semaine dernière, deux responsables anonymes de la Maison Blanche ont confié au média STAT News que l’administration se détournait de nouvelles modifications de la politique vaccinale à l’approche des élections de mi-mandat. L’un d’eux a été cité disant : « Nous en avons en quelque sorte fini avec la question des vaccins ». D’autres médias rapportent que l’administration espère plutôt se concentrer sur la nutrition comme principal axe de sa politique de santé.
Un bilan sanitaire préoccupant pour l’administration

La raison de cette prudence est sans doute compréhensible. Depuis que Robert F. Kennedy Jr. a pris les rênes de la santé publique du pays, celui-ci a connu les plus grandes épidémies de rougeole depuis des décennies. Ces épidémies ont entraîné l’hospitalisation de centaines d’enfants et causé au moins trois décès à ce jour.
Par ailleurs, un sondage réalisé au début du mois a révélé que la confiance du public américain dans les agences de santé fédérales s’érode rapidement, en particulier envers leurs dirigeants comme RFK Jr. Bien sûr, le mouvement MAHA et anti-vaccination ne disparaîtra probablement pas discrètement, d’autant que nombre de ses membres conservent une influence significative sur le CDC et d’autres agences. Leurs actions pourraient donc encore causer de nombreux remous dans les temps à venir.
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