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Des scientifiques ont déchiffré des ‘os oraculaires’ vieux de 3 000 ans et y ont découvert la trace d’une catastrophe ancienne
Crédit: lanature.ca (image IA)

Les secrets gravés dans l’os

Imaginez pouvoir lire les chroniques d’un monde disparu il y a plus de trois mille ans. C’est la promesse tenue par les « os oraculaires », l’une des plus anciennes collections d’écrits au monde. Gravés par les chroniqueurs de la dynastie Shang, ces fragments d’histoire ont enfin commencé à livrer un de leurs plus sombres secrets. Grâce à une combinaison puissante d’intelligence artificielle et de modélisation physique, des scientifiques ont déchiffré un message saisissant venu du fond des âges.

Ce message raconte une catastrophe. Il révèle comment une intensification de l’activité des typhons aurait pu provoquer l’effondrement de toute une civilisation. Une étude, publiée dans la revue scientifique Science Advances, s’est penchée sur la manière dont ces événements climatiques extrêmes ont contribué aux changements culturels qui ont accompagné la chute de la dynastie Shang. Les chercheurs ont utilisé les informations des os oraculaires, l’IA et des modèles physiques pour reconstituer le puzzle.

Leur conclusion est frappante : il y a environ 3000 ans, une augmentation intense de l’activité des typhons a contribué à remodeler la composition culturelle de la Chine intérieure. Les modèles utilisés par les experts montrent que l’activité climatique a peut-être joué un rôle central dans les bouleversements culturels de la Chine ancienne, bien plus qu’on ne le soupçonnait.

Une écriture née de l’histoire

Qu’est-ce que l’écriture ossécaille, ou écriture des os oraculaires ? Il s’agit d’inscriptions retrouvées sur des carapaces de tortue et des omoplates de bœuf. Si ce système n’est pas le plus ancien de l’humanité — le cunéiforme sumérien (vers 3400 av. J.-C.) et les hiéroglyphes égyptiens (vers 3200 av. J.-C.) le précèdent —, il possède une particularité remarquable. Il représente l’un des rares moments dans l’histoire où l’écriture a été inventée de manière totalement indépendante.

Plus fascinant encore, ce système est l’ancêtre direct des caractères chinois modernes toujours en usage aujourd’hui. Ces os, témoins silencieux de l’âge du bronze, ont donc encore de nouvelles histoires à nous raconter. Et les chercheurs ont su les écouter. Le projet s’est notamment appuyé sur l’analyse de plus de 55 000 inscriptions, un volume colossal de données venues du passé.

Quand la technologie déchiffre le climat passé

Pour percer le mystère de la chute des Shang, les chercheurs ont mis en œuvre une approche multidisciplinaire. L’étude a cherché à « aligner les reconstructions paléoclimatiques avec l’analyse quantitative des preuves archéologiques, y compris les écritures des os oraculaires, ainsi que l’intelligence artificielle et les simulations de modèles basés sur la physique pour découvrir les causes » des changements culturels survenus il y a 3000 ans.

Le cœur de la découverte repose sur le lien entre les typhons et les inondations à l’intérieur des terres. Les auteurs expliquent que ces tempêtes ont pu « menacer gravement la survie humaine et le développement culturel en divers endroits ». À travers les plus de 55 000 inscriptions analysées, une préoccupation revenait sans cesse : l’inquiétude face aux pluies intenses dans le centre de la Chine.

En s’appuyant sur ces données textuelles, les chercheurs ont ensuite modélisé le paléoclimat. Le résultat de cette modélisation a confirmé qu’une augmentation des phénomènes météorologiques extrêmes a frappé les plaines centrales chinoises entre 1850 et 1350 avant notre ère environ. La parole des anciens et les calculs modernes se rejoignaient enfin.

Le destin de deux royaumes face aux flots

Les conséquences de ce dérèglement climatique ont été concrètes et dévastatrices. Les changements anciens comprenaient des baisses de population spectaculaires, aujourd’hui attribuées aux typhons côtiers qui provoquaient de graves inondations à l’intérieur des terres. La dynastie Shang a été directement touchée par cette période de turbulences climatiques qui a frappé son cœur territorial, les plaines centrales.

Mais l’étude ne s’arrête pas là. Selon les modèles, un autre royaume, celui de Shu, situé au sud-ouest du royaume Shang dans la plaine de Chengdu, a été frappé par une activité orageuse accrue sur une période allant d’environ 850 à 500 avant notre ère. Ce calendrier coïncide parfaitement avec des preuves archéologiques indiquant que le peuple Shu a dû se déplacer vers des terrains plus élevés, précisément à cause des inondations.

Un empire balayé par le vent

« Ce qui est ressorti ici, c’est l’intensification de l’activité des typhons », écrivent les auteurs de l’étude. Cette conclusion simple résume une cascade d’événements complexes qui ont conduit à des changements culturels, des chutes de population et des modifications des lieux d’habitation. Le climat n’a pas été un simple décor de l’histoire, mais bien un acteur principal.

Les chercheurs ajoutent que ces « activités de typhon intensifiées ont exercé des influences désastreuses inattendues dans la Chine intérieure pendant l’âge du bronze ». Les écrits millénaires, une fois décodés, ont ainsi révélé une vulnérabilité insoupçonnée de ces anciennes civilisations face à la fureur du ciel. Le sort de la dynastie Shang semble désormais indissociable de celui des tempêtes qui se sont déchaînées sur ses terres.

Selon la source : popularmechanics.com

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