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De l’Espagne à la Chine, les Néandertaliens accumulaient des dents de rhinocéros, peut-être utilisées comme outils
Crédit: Archaeoashby via Wikimedia Commons (public domain)

Le défi de l’optimisation des ressources au Paléolithique

credit : lanature.ca (image IA)

La survie durant la période du Paléolithique exigeait des anciens homininés de maximiser l’exploitation de leurs ressources. Cette nécessité absolue impliquait de ne rien laisser se perdre dans leur environnement direct.

Pour les Néandertaliens d’Europe occidentale qui chassaient le rhinocéros, cette optimisation passait par la réutilisation des dents de leurs proies. Plusieurs chercheurs ont mis en évidence que ces dents de rhinocéros constituaient d’excellents matériaux pour la fabrication d’outils. Leurs grandes surfaces d’émail et leur résistance aux chocs les rendaient appropriées pour le débitage, d’une manière similaire au silex lorsqu’il est taillé.

Des réserves de dents découvertes de la France à la Chine

credit : lanature.ca (image IA)

Des réserves de dents de rhinocéros ont été découvertes dans des sites néandertaliens à travers le monde. Les lieux de fouilles de La Caune de l’Arago en France et de Panxian Dadong en Chine abritent notamment ces vestiges. Comprendre l’usage précis de ces ressources dentaires par nos cousins disparus reste une tâche complexe à élucider.

Pour approfondir ce sujet, des chercheurs ont examiné les restes de rhinocéros provenant de douze sites néandertaliens répartis à travers l’Espagne et la France. Parmi cet échantillon, deux lieux se sont distingués par leur accumulation de dents présentant des marques compatibles avec la fabrication d’outils.

Au total, 281 dents appartenant à deux espèces disparues de rhinocéros ont été récupérées. Elles proviennent des sites du Paléolithique moyen d’El Castillo en Espagne et de Pech-de-l’Azé II en France. Ces deux emplacements sont connus pour être des zones où les Néandertaliens traitaient les os de grands mammifères.

La lecture minutieuse des marques préhistoriques

credit : lanature.ca (image IA)

L’analyse minutieuse de ces dents anciennes a révélé qu’elles portaient toutes des marques similaires. Le rapport d’étude note la présence de traces spécifiques incluant « des encoches récurrentes et des zones écaillées, ainsi que quelques fractures fraîches et des marques de glissement. »

Aucun motif de ce type n’a été observé sur les autres dents de rhinocéros préhistoriques conservées au Muséum National d’Histoire Naturelle (MNHN) à Paris. Cette comparaison de contrôle indique que les marques étudiées ne sont pas d’origine naturelle, démontrant qu’elles découlent probablement d’une activité humaine.

L’expérimentation moderne au service du passé

credit : Sanz-Royo et al., Journal of Human Evolution 2026 (CC BY 4.0)

Pour confirmer cette hypothèse, les chercheurs ont mené leurs propres expériences de taille en utilisant des dents de rhinocéros modernes, obtenues auprès de trois zoos situés en France. Ils ont découvert que l’émail de cette dentition n’était pas particulièrement adapté pour tailler des éclats.

En revanche, ces dents fonctionnaient bien comme retouchoirs, percuteurs tendres et enclumes pour façonner la pierre en outils. Les auteurs de l’étude notent que les marques laissées sur l’émail lors de ces manipulations correspondaient précisément à celles observées sur les vestiges d’El Castillo et de Pech-de-l’Azé II.

« Les expériences archéologiques menées dans ce travail ont produit des modifications pertinentes sur les dents, principalement des zones écaillées, des zones de piqûres et des fractures dentaires, suivies de marques de glissement et d’encoches », expliquent les chercheurs. « La morphologie, la récurrence et l’emplacement de ces marques […] sont similaires à ceux documentés dans les assemblages archéologiques », ajoutent-ils.

Des cibles spécifiques confirmant l’ingéniosité néandertalienne

credit : lanature.ca (image IA)

La majorité des dents de rhinocéros utilisées par les Néandertaliens semblent avoir été prélevées sur des animaux âgés. Les dents des individus plus vieux offraient potentiellement des surfaces plus plates, mieux adaptées à un usage d’outil. Il est tout à fait possible que cette proportion reflète simplement le fait que les rhinocéros vieillissants constituaient des cibles plus faciles pour les chasseurs.

« Selon nos résultats, les traces identifiées sur les dents de rhinocéros récupérées à El Castillo (Espagne) et à Pech-de-l’Azé II (France) sont potentiellement attribuables à l’utilisation de dents comme percuteurs tendres et enclumes, ce qui suggère que ces éléments pourraient faire partie de la boîte à outils de Néandertal », concluent les chercheurs.

Cette découverte renforce l’appréciation globale de l’ingéniosité et de l’adaptabilité des Néandertaliens. Une autre étude récente a par ailleurs indiqué que cet homininé disparu utilisait des dents de cheval à des fins similaires. Le rapport complet de cette recherche est publié dans la revue scientifique Journal of Human Evolution.

Selon la source : iflscience.com

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