Des scientifiques découvrent des sépultures féminines vieilles de 4 000 ans — et les armes qu’elles maniaient
Auteur: Mathieu Gagnon
La mémoire cachée des pratiques funéraires

Comment comprendre le fonctionnement d’une civilisation ancienne lorsqu’elle n’a laissé aucune trace écrite ? L’une des approches les plus efficaces consiste à examiner ses pratiques funéraires. Cette technique met régulièrement au jour des trésors inestimables appartenant à des populations disparues à travers le monde.
Les objets et les rituels observés ne se limitent pas à une simple accumulation matérielle. Les manières dont les humains sont mis en terre livrent des enseignements précieux sur les valeurs que ces cultures lointaines tenaient en haute estime.
Une nouvelle étude publiée dans la revue Quaternary détaille le travail d’une équipe de scientifiques du Portugal. Les chercheurs ont analysé 57 tombes souterraines datant de la première moitié du bronze moyen, soit une période comprise entre 1850 et 1500 avant notre ère, situées dans l’intérieur du Baixo Alentejo, une province du sud du pays.
L’émergence des hypogées lors de la construction du barrage

Des études antérieures avaient déjà examiné divers aménagements funéraires de l’âge du bronze dans cette zone. Les archéologues y avaient répertorié des sépultures en ciste, qui se définissent par un cercueil de pierre enterré sous un monticule, ainsi que des sépultures en fosse.
Avant ces nouveaux travaux, une seule tombe souterraine similaire avait été découverte dans cette région. Ces structures sont connues sous le nom d’hypogées, un terme dérivé du mot grec « hupógeion », qui signifie littéralement souterrain ou sous terre.
La perception de ces sites a totalement basculé lors de la construction du barrage sur le fleuve Guadiana au début des années 2000. Ce vaste chantier a mis au jour ces hypogées, démontrant ainsi qu’il s’agissait d’une pratique funéraire très répandue à l’échelle régionale.
Une cartographie précise des défunts

Les complexes funéraires de type hypogée étaient fréquents au cours du Néolithique et de l’âge du bronze. L’un des exemples les plus célèbres et les mieux préservés demeure l’Hypogée de Hal Saflieni sur l’île de Malte.
Dans le cadre de l’étude actuelle, les 57 hypogées examinés, répartis sur sept sites archéologiques distincts, ont révélé une grande quantité de données sur cette culture de l’âge du bronze. L’analyse des 95 individus retrouvés indique que 82 pour cent d’entre eux étaient des adultes.
Parmi les défunts, 34 pour cent étaient des femmes et 21 pour cent des hommes. Dans les 45 pour cent des cas restants, il s’est avéré impossible de déterminer le sexe biologique des ossements étudiés.
Des sociétés structurées autour du statut social

Le mobilier funéraire accompagnant les restes humains comprenait les vestiges habituels du monde antique, incluant notamment des récipients en céramique et des poinçons en métal. Les relevés montrent que ces objets étaient présents en plus grand nombre dans les sépultures appartenant à des femmes.
Un autre constat s’impose : les femmes étaient enterrées avec des armes. Bien que ce phénomène demeure une rareté relative parmi les sites funéraires anciens, c’est une pratique découverte de plus en plus fréquemment dans l’ensemble des sites archéologiques en Europe.
« Pris ensemble, ces résultats contribuent à une compréhension plus nuancée des sociétés du bronze moyen dans le sud-ouest de l’Ibérie, » écrivent les auteurs. « Les preuves suggèrent des communautés dans lesquelles les pratiques funéraires semblent avoir été structurées par l’âge, le sexe biologique et une possible différenciation sociale et dans lesquelles l’architecture funéraire a pu fonctionner comme des arènes pour la mémoire sociale, la négociation de l’identité et potentiellement l’expression symbolique. »
Un phénomène historique qui traverse l’Europe

Dans le Portugal de l’âge du bronze, l’inhumation avec des armes semble être associée à un statut social élevé pour les deux sexes. Si la répartition des armes favorisait légèrement les hommes, avec un ratio de 21 pour cent contre 18 pour cent, la différence n’a pas été considérée comme statistiquement significative par les chercheurs.
Cette observation s’inscrit dans un schéma historique plus vaste. Au début de l’année 2025, la découverte d’une femme hongroise médiévale enterrée avec une arme a fait la une de l’actualité, bien que les spécialistes ne soient pas certains qu’elle fut une véritable guerrière. Précédemment, en 2017, des archéologues avaient détaillé les restes d’une femme guerrière viking enterrée avec des épées.
De manière similaire, les fouilles d’une nécropole de l’âge du bronze en Azerbaïdjan ont permis de retrouver des femmes inhumées avec des pointes de flèches, des poignards et des masses. Ces indices ont conduit certains experts à accorder du crédit au mythe grec des Amazones. Les tombes du passé continuent ainsi de révéler que les femmes guerrières ont puissamment façonné le cours de l’histoire humaine pendant des millénaires, que ce soit dans la Scandinavie médiévale ou dans la Méditerranée de l’âge du bronze.
Selon la source : popularmechanics.com