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L’histoire vraie du scientifique soviétique qui tenta de créer un hybride homme-singe
Crédit: lanature.ca (image IA)

Entre fiction hollywoodienne et réalité historique

Vers la fin du film La Planète des singes, l’acteur Charlton Heston, torse nu, embrasse le docteur chimpanzé Zira. Cette dernière est incarnée par une Kim Hunter inhabituellement velue, alors que des vagues s’écrasent contre le rivage en arrière-plan. Zira grimace et proteste que l’homme est tellement « laid ».

Tout comme dans cette célèbre scène de fiction, les chimpanzés n’ont aucun désir de s’accoupler avec des humains dans le monde réel. L’impossibilité de cette union naturelle n’a pourtant pas découragé un scientifique du début du vingtième siècle, qui a décidé d’aller encore plus loin que le personnage de Charlton Heston.

Le zoologiste soviétique Ilia Ivanov s’est brûlé les ailes en s’approchant trop près de ce fantasme. Au tournant du siècle, ce chercheur mène des expériences consistant à inséminer artificiellement des chevaux. L’objectif est de créer une progéniture supérieure pour la Russie impériale, un travail précurseur qui lui vaut la reconnaissance des bolcheviks.

Une obsession pour le croisement des espèces

credit : lanature.ca (image IA)

Ilia Ivanov ne se satisfait pas de la simple amélioration d’une espèce. L’hybridation devient rapidement son obsession, et il se met à croiser des zèbres avec des ânes, des vaches avec des bisons, ainsi que plusieurs espèces différentes de rongeurs entre elles. En 1910, il déclare avec audace pouvoir envisager la création d’un hybride homme-singe dans le futur.

Lors d’une époque marquée par des bouleversements politiques, le chercheur parvient à obtenir le soutien du gouvernement pour son vaste programme. Il prend la direction de la Guinée française en 1925. Après un rapide retour à Moscou pour sécuriser davantage de fonds, il revient dans la ville de Kindia, dans l’ouest de la Guinée, au cours de l’année 1926.

Muni de l’approbation du gouverneur français de la colonie africaine, il s’aventure dans la jungle pour capturer des chimpanzés, une tâche notoirement difficile. Sur place, il entend des rumeurs selon lesquelles des chimpanzés mâles auraient tenté de se reproduire avec des femmes de la région, qui se sont ensuite retrouvées ostracisées. Bien que cette éventualité semble hautement improbable, il poursuit ses expériences.

Des méthodes controversées face au scandale

credit : lanature.ca (image IA)

Face à son incapacité à inséminer les habitantes locales avec du sperme de chimpanzé, le scientifique décide d’utiliser du sperme humain pour inséminer des femelles chimpanzés. Insatisfait des résultats, il envisage d’inséminer des femmes de la région sans leur consentement, rejetant leurs craintes qu’il qualifie de « primitives ». Le Kremlin se montre horrifié par un tel plan et lui interdit formellement toute action non consensuelle.

Le zoologiste poursuit néanmoins ses expériences. Cette période coïncide avec le célèbre procès du singe de Scopes, qui fait la une des journaux en 1925 lorsqu’un enseignant du Tennessee est arrêté et jugé pour avoir enseigné l’évolution. Ilia Ivanov reste imperturbable face à la vague de sensationnalisme suscitée par ses recherches, qui attirent l’attention de la presse occidentale.

Dans une étude de 2008 intitulée « Au-delà de l’eugénisme : le scandale oublié de l’hybridation des humains et des singes », l’historien et chercheur en sciences culturelles Alexander Etkind explore les efforts déployés par le scientifique pour fusionner les humains et les chimpanzés, ainsi que les possibles implications sociales et éthiques de ces travaux.

« Le public voulait soit une preuve irrésistible de la théorie selon laquelle les hommes descendent des singes, soit une preuve irrévocable que les partisans de cette théorie commettent des péchés innommables », a déclaré Alexander Etkind. « Curieusement, le projet d’Ivanov semblait promettre des arguments définitifs à ces deux camps. »

La pépinière primatologique d’Abkhazie

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L’attention médiatique permet paradoxalement à Ilia Ivanov de s’assurer le soutien de financiers américains. Les attentes sont particulièrement élevées après la réussite de l’implantation d’un ovaire humain sur une femelle chimpanzé nommée Nora, en Guinée. Cette opération inédite est menée conjointement avec le chirurgien Sergei Voronov. Nora subit ensuite une insémination avec du sperme humain, mais ne conçoit aucun petit.

Le chercheur effectue finalement le voyage de la Guinée vers Moscou en compagnie de vingt chimpanzés. Les quatre animaux qui survivent au trajet rejoignent sa toute nouvelle « pépinière primatologique » construite en Abkhazie, une république soviétique.

Dans ce paradis subtropical, sous le couvert de l’Institut russe d’endocrinologie expérimentale et avec les subventions de l’Académie communiste, Ilia Ivanov tente d’inséminer des femmes soviétiques non rémunérées avec le sperme de ses chimpanzés. Aucune d’entre elles ne tombe enceinte au cours de ces essais.

L’incompatibilité génétique et la chute du scientifique

credit : lanature.ca (image IA)

Il n’existe aucun moyen naturel pour un singe de féconder un humain, ni l’inverse. Cette impossibilité s’explique par une incompatibilité des gamètes. Les grands singes possèdent 48 chromosomes, alors que les humains n’en ont que 46. Cet obstacle biologique s’avère infranchissable pour le scientifique, tandis que ses partisans perdent patience face au manque de résultats.

Une nouvelle livraison de chimpanzés arrive à la pépinière en 1930. À la lumière d’une éthique discutable et d’une absence totale de progrès, le zoologiste est arrêté puis exilé au Kazakhstan, où il trouve la mort deux ans plus tard. Certains des singes et des macaques qui lui ont survécu seront envoyés dans l’espace lors des missions Spoutnik au cours des années 1960.

Des motivations plus sombres animent possiblement celui qui gagne le surnom de « Frankenstein rouge ». Si les expériences sont officiellement censées prouver la relation génétique entre les humains et les grands singes, le projet cache une dimension antireligieuse. Celle-ci trouve sa source dans un athéisme soviétique teinté de racisme, influencé par une théorie préexistante selon laquelle les différentes races humaines dérivent chacune d’espèces de singes particulières.

Un héritage confiné à la science-fiction

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Les propositions pour de futures tentatives d’hybridation impliquent de fusionner des humains d’origines diverses avec des singes. L’objectif consiste à produire une descendance allant d’individus aux traits simiesques à une vision idéalisée de l’Homo sapiens. Cette hiérarchie rappelle fortement les strates de citoyens génétiquement modifiés imaginées par Aldous Huxley dans Le Meilleur des mondes, plaçant ainsi l’évolution entre les mains de l’homme.

La scène finale du film La Planète des singes prend un sens plus profond dans ce contexte historique. Les humains et les chimpanzés partagent potentiellement des ancêtres qui se sont reproduits entre eux, mais les deux espèces sont devenues trop éloignées sur le plan génétique pour produire une progéniture hybride.

L’astronaute échoué incarné par Charlton Heston repousse une femelle chimpanzé pour une raison parfaitement valable. Certaines idées, aussi audacieuses soient-elles, devraient toujours rester confinées dans le domaine de la science-fiction.

Selon la source : popularmechanics.com

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