De rares pommes de terre lyophilisées vieilles de 500 ans découvertes sur un site côtier inca
Auteur: Mathieu Gagnon
Une découverte archéologique inédite sur la côte aride du Pérou

Lors de fouilles archéologiques menées sur la côte aride du sud du Pérou, des chercheurs ont extrait du sol deux pommes de terre lyophilisées particulièrement rares, datant d’environ cinq cents ans. Comme le rapporte la publication initiale de cette découverte, cet événement exceptionnel s’est déroulé sur le site de Tambo Viejo, un ancien centre névralgique inca situé dans la vallée d’Acarí.
Ces spécimens végétaux, connus sous le nom de chuño, figurent parmi les seuls exemplaires de ce type retrouvés en plus d’un siècle de fouilles. Une étude publiée dans la revue scientifique spécialisée « Journal of Field Archaeology » confirme l’authenticité de cette relique. Selon les auteurs de la recherche, ce type de nourriture ne peut être préparé qu’à des altitudes très élevées dans les montagnes froides.
Le docteur Lidio Valdez, archéologue affilié à l’Université de Calgary, n’a pas caché son enthousiasme face à cet accomplissement majeur. « Il était évident que ce n’était pas n’importe quelle trouvaille, mais une trouvaille spéciale », a-t-il affirmé publiquement. Le spécialiste canadien s’est remémoré la réaction qu’il a eue auprès de son équipe de terrain au moment précis de l’excavation : « Ici, nous avons un article. »
La technique ancestrale de la lyophilisation andine

La pomme de terre est originaire de la vaste région des Andes, où les populations autochtones la cultivent activement depuis des milliers d’années. Néanmoins, ce légume cru présente des limites de conservation importantes. Les tubercules frais se gâtent rapidement et finissent par pourrir en l’espace d’une semaine dans les climats chauds, tandis que certaines variétés s’avèrent amères et toxiques si elles ne subissent pas une transformation préalable.
Pour contourner ce dilemme alimentaire, les anciens habitants des Andes ont développé la technique sophistiquée du chuño. Ce processus de lyophilisation naturel consiste à exposer directement les pommes de terre aux gelées extrêmes des nuits hivernales en montagne. Les tubercules gèlent profondément pendant la nuit, avant d’être décongelés sous la chaleur intense du soleil diurne.
Après avoir répété ce cycle thermique complexe, les agriculteurs piétinent les végétaux et les sèchent pour produire le chuño noir. La variété de chuño blanc, exactement celle découverte à Tambo Viejo, est fabriquée à partir de pommes de terre naturellement toxiques et amères. Ce processus spécifique nécessite un trempage de plusieurs semaines après l’étape de congélation, suivi d’un séchage minutieux. Le résultat final offre un aliment léger, pratique, qui peut être conservé en parfait état pendant de nombreuses années.
Une capsule temporelle révélée par la céramique

C’est durant les fouilles archéologiques menées en 2024 par l’équipe du docteur Valdez que les chuños sont apparus au grand jour. Les chercheurs ont repéré ces réserves alimentaires à l’intérieur d’une jarre en céramique délicatement encastrée dans le sol. Ce récipient astucieusement dissimulé aurait été utilisé spécifiquement pour le stockage à long terme des provisions domestiques.
À l’intérieur de cette antique jarre reposaient deux chuños de couleur blanc brunâtre, remarquablement bien préservés. Les experts ont immédiatement noté que des parties de leurs épluchures adhéraient encore à leurs surfaces complètement ratatinées par le temps. Fait troublant pour les scientifiques, ces légumes avaient été entreposés aux côtés d’un morceau brisé de poterie inca ainsi que d’une fusaïole endommagée.
Selon les explications fournies par le docteur Valdez, la présence de ces divers objets du quotidien a grandement facilité l’identification chronologique de la nourriture. L’archéologue explique que ces éléments matériels viennent prouver « que les pommes de terre lyophilisées sont de l’époque inca ». Cette association d’artefacts situe vraisemblablement l’origine de ces tubercules entre le quinzième et le seizième siècle.
L’importance logistique du pain de l’empire

À cette période précise de l’histoire, la pomme de terre s’imposait comme le véritable « pain du peuple ». Les chroniqueurs espagnols de l’époque relataient régulièrement comment des caravanes composées de lamas acheminaient des vivres, incluant de vastes quantités de chuño, vers les nombreuses maisons de stockage qui parsemaient le paysage sud-américain. Ces réserves gouvernementales étaient destinées à nourrir la colossale main-d’œuvre de l’empire inca, y compris les travailleurs affectés au centre de Tambo Viejo.
Étant donné que le chuño se révélait à la fois très léger, extrêmement durable et capable d’être produit en quantités industrielles, il constituait fort probablement l’un des aliments les plus stratégiques de tout l’empire. Son importance culturelle et nutritionnelle était telle que, même après l’effondrement définitif de la civilisation inca, le chuño a conservé son statut d’aliment de base incontournable.
Le chroniqueur espagnol Cieza de León a affirmé dans ses écrits qu’en vendant du chuño dans les zones minières, de nombreux Espagnols se sont enrichis et sont retournés en Espagne prospères. Malgré son abondance avérée dans l’Antiquité, cet aliment survit extrêmement rarement dans les contextes archéologiques. La seule autre découverte comparable remonte à plus d’un siècle sur le site de Pachacamac, au Pérou. L’environnement aride de la côte et le stockage dans une jarre ont protégé ces spécimens pour qu’ils survivent jusqu’au vingt-et-unième siècle, bien que ces aliments aient été largement ignorés au profit d’autres denrées autochtones importantes, telles que les viandes séchées.
Les prochaines étapes de l’enquête scientifique

L’apparition de cette nourriture sur le littoral péruvien apporte une preuve physique indéniable que les Incas déplaçaient leurs denrées à travers les immenses étendues de leur territoire. Toutefois, l’identité exacte des montagnes où ces tubercules spécifiques ont germé reste aujourd’hui un mystère complet. Le directeur des recherches nourrit l’ambition de retracer leurs origines exactes en s’appuyant sur des méthodes d’analyse chimique modernes.
Ce projet d’investigation future suscite un engouement prononcé chez le spécialiste de l’Université de Calgary. Se projetant vers la prochaine phase de son étude, l’archéologue a d’ailleurs commenté sa démarche avec une touche de familiarité : « Ce serait ‘cool’ de connaître l’origine de ces pommes de terre », a-t-il déclaré, espérant que les laboratoires perceront le secret de leur provenance géographique.
Dans l’attente de ces résultats analytiques, Tambo Viejo maintient son rang de site exceptionnel au sein de la communauté scientifique. Le chercheur principal appuie cette affirmation sans hésitation : « Je ne suis pas sûr qu’il existe un autre site inca qui puisse y être comparé. » Profondément marqué par cette expédition fructueuse, il espère ardemment revenir fouiller ce sol, soulignant que « chaque fouille a produit des résultats merveilleux. »
Selon la source : phys.org