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Péages : Fréchette laisse la porte ouverte à leur mise en place
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Une nouvelle orientation pour les infrastructures routières

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credit : TVA Nouvelles, Wikimedia Commons (CC0)

Lors de sa première conférence de presse tenue lundi, la nouvelle première ministre Christine Fréchette a abordé la délicate question du financement des infrastructures de transport. Elle prend une position nuancée sur le sujet et ne « ferme pas la porte d’emblée » à un éventuel retour des péages sur les voies de la province. Bien que cette mesure ne s’appliquerait pas « à la grandeur du Québec, non », la dirigeante politique perçoit cette idée comme une option « qu’il faudra considérer » dans la gestion future.

Cette ouverture s’appuie sur un constat clair de la situation actuelle. La première ministre reconnaît ouvertement que les voies de circulation « sont dans un triste état à bien des endroits ». Face à l’usure prononcée du réseau, une réorientation stratégique des investissements publics s’impose pour les décideurs provinciaux.

Pour les prochaines années, la stratégie gouvernementale prévoit de « miser davantage » sur des opérations d’entretien régulier et le « maintien des actifs ». Cette consolidation de l’existant devrait logiquement prendre le pas sur les grands projets d’élargissement ou d’allongement du réseau routier québécois.

Un déficit d’entretien qui se chiffre en milliards

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La réalité comptable des infrastructures de transport québécoises expose un défi monumental pour la province. Le réseau routier provincial est actuellement grevé par un déficit d’entretien colossal, officiellement évalué à 24,5 milliards $. Ce montant faramineux ne dresse qu’un portrait partiel des besoins réels, puisqu’il exclut catégoriquement l’ensemble des routes se trouvant sous juridiction municipale.

Devant de telles données financières, la pertinence de l’expansion du réseau soulève de nombreuses questions. Le défi est d’ailleurs lancé aux différentes formations politiques de s’engager formellement à promettre « zéro ajout » à un système routier qui peine déjà à financer sa propre préservation.

Le traitement médiatique de cette question génère de vives réactions au sein de la population. Une chronique publiée mardi, qui prenait la défense d’un retour aux péages, a d’ailleurs valu à son auteur des lancers de tomates métaphoriques. Ce retour de bâton illustre à quel point la proposition d’une tarification routière demeure une perspective très impopulaire auprès des citoyens.

L’opposition marquée des automobilistes et des experts

La perspective de nouvelles contributions financières provoque d’importantes réticences parmi les usagers de la route. L’ancien ministre libéral David Whissell, qui exerce lui-même le métier de constructeur de routes, rappelle que l’État perçoit déjà de multiples revenus via la taxe d’accise, la TVQ ou encore les droits d’immatriculations. Selon son analyse, le gouvernement s’en mettrait « plein les poches grâce aux utilisateurs de la route. Avec un budget de misère en entretien au MTQ, […] avons-nous besoin de péages en plus ? Non ! ». Il redoute parallèlement la création d’une nouvelle bureaucratie complexe dédiée à l’administration de ces péages.

Ce sentiment d’exaspération fiscale résonne vivement chez de nombreux lecteurs. Un citoyen prénommé Guy rapporte qu’il « fulminait » à la lecture de la chronique de mardi. Il dresse le portrait d’un contexte économique particulièrement tendu : « Les gens étouffent de précarité financière ! Des taxes, de l’inflation, de la misère. Et vous osez parler de péage ? ».

Yohan, un autre participant au débat, détaille le fardeau fiscal actuel pour justifier sa ferme opposition. Il interpelle les décideurs en déclarant : « Nous payons 53 % d’impôts, 15 % de taxes, des taxes municipales, taxe sur l’essence, droits divers ! Un moment donné, le gouvernement doit en faire plus avec ce qu’il a ! ».

Le principe de l’utilisateur-payeur remis en question

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Malgré l’opposition dominante, une frange de la population exprime un certain soutien au principe de l' »utilisateur-payeur », concept fondamental des péages. Toutefois, cette adhésion est conditionnée à une application plus large de la logique de rentabilité. C’est la position nuancée qu’adopte Gilles, un résident de la ville de Belœil.

Ce lecteur estime que l’effort de financement ne doit pas cibler uniquement les conducteurs automobiles. Il précise sa pensée en insistant sur une équité d’application : « Ceci devrait aussi s’appliquer à d’autres sphères de notre société […] Les sociétés de transport partout au Québec sont déficitaires ». Cette réflexion invite à repenser le financement global de l’ensemble des réseaux de mobilité publique.

Un autre intervenant, Étienne, se montre favorable aux péages en s’appuyant sur des données précises. Il met en lumière une étude récente qui vient bousculer les idées reçues. Il cite la recherche en soulignant que « contrairement à la croyance populaire, un tiers seulement [des] coûts [liés aux routes] serait couvert par les frais aux utilisateurs par l’entremise des taxes sur les carburants, des frais liés à l’immatriculation des véhicules et des droits associés au permis de conduire ». Ces constats rejoignent d’ailleurs les conclusions de plusieurs enquêtes prônant le passage à une tarification kilométrique.

L’histoire financière et l’impact des nouvelles mobilités

Les plaintes constantes concernant l’état de l’immense réseau routier trouvent une explication potentielle dans le fait que les utilisateurs n’en paient peut-être pas les vrais coûts. L’histoire de la tarification routière au Québec, évoquée lors de la chronique de mardi, fournit un éclairage précieux. Dès 1982, Michel Clair, alors ministre péquiste, mettait en évidence que les gouvernements successifs n’avaient jamais osé augmenter les péages sur les autoroutes depuis la lointaine année 1958.

Ce gel prolongé des tarifs a engendré un déséquilibre financier durable. Concrètement, les hausses liées aux coûts d’entretien des autoroutes, inévitablement portées par l’inflation, ont dû être entièrement absorbées pendant toutes ces premières années par l’ensemble des contribuables québécois, plutôt que par les usagers de ces infrastructures spécifiques.

Aujourd’hui, les outils de financement modernes montrent leurs propres limites. Les mécanismes récents, tel que le Fonds des réseaux de transport terrestre, ne parviennent pas non plus à couvrir l’intégralité des dépenses. Cette équation se complexifie considérablement, sans omettre la multiplication rapide des véhicules électriques sur le marché. C’est précisément cette convergence de défis budgétaires qui explique pourquoi il faudra sans doute « considérer » la formule des péages, pour reprendre la terminologie employée par Mme Fréchette.

Selon la source : journaldemontreal.com

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