Caméras corporelles pour les policiers : 90 % des Québécois soutiennent l’implantation du programme
Auteur: Adam David
Introduction et résultats du sondage

Un appui massif se dessine au sein de la population concernant l’utilisation de caméras portatives par les forces de l’ordre. Un récent sondage révèle en effet que 90 % des Québécois se positionnent en faveur de ce programme d’enregistrement corporel, une statistique qui émerge alors que le débat sur cet outil technologique est relancé par des allégations de dérapages à caractère raciste survenues dans l’arrondissement de Montréal-Nord.
L’enquête d’opinion, dont Le Journal a obtenu une copie, a été réalisée au début du mois par la firme Léger auprès de plus de 1000 répondants. Ces derniers ont été questionnés sur leur niveau d’adhésion à un programme visant à filmer et à enregistrer les interventions policières à travers la province.
Les données compilées montrent que près de 60 % des personnes interrogées se déclarent « très favorables » à cette initiative, tandis que 30 % se disent « plutôt favorables ». Cyntia Darisse, vice-présidente pour l’est du Canada au sein de la firme Léger, a souligné cette convergence d’opinions en affirmant : « Les Québécois s’entendent, peu importe leur région, leur genre, leur groupe d’âge ».
Les événements déclencheurs au poste de quartier 39

La discussion autour de cet équipement a pris une nouvelle ampleur quelques jours après la réalisation du sondage, lorsqu’un scandale a éclaté au poste de quartier 39, situé dans l’arrondissement montréalais de Montréal-Nord. Le 12 juin, le chef du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Fady Dagher, a annoncé publiquement que 16 policiers faisaient l’objet de mesures disciplinaires en raison d’incidents à caractère raciste.
Selon les détails de l’affaire, un groupe de policiers se serait encouragé mutuellement à cibler et à interpeller spécifiquement des personnes noires et arabes. Le dossier fait également état d’agents qui auraient collectionné des bouts de cheveux, précisément des dreadlocks, coupés sur des suspects arrêtés afin d’en faire des trophées.
En réaction à ces événements, la mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, a indiqué son intention de faire avancer le projet d’intégration des caméras portatives à l’uniforme des policiers. Elle a précisé que le déploiement de cette technologie améliorerait le « sentiment d’équitabilité » tout en offrant des « outils d’enquêtes » supplémentaires aux autorités compétentes.
Un outil perçu comme protecteur par les experts et le public

L’adhésion aux caméras corporelles s’explique par la perception généralisée de leur utilité bilatérale. Pour la vaste majorité des répondants sondés par la firme Léger, cet équipement représente un outil pratique capable d’assurer non seulement la protection du public lors des interventions, mais également celle des agents de police eux-mêmes.
Stéphane Wall, policier de Montréal à la retraite et spécialiste en usage judicieux de la force, soutient cette analyse concernant la valeur ajoutée de l’enregistrement vidéo continu. Il a expliqué la dynamique en ces termes : « Ça vient donner un autre angle à l’intervention parce qu’on voit l’intégralité. Tu as les mises en garde, tu peux voir aussi si ç’a escaladé trop vite ou pas ».
Les avantages potentiels de ces dispositifs s’étendraient également au système de justice dans son ensemble. Selon une étude mentionnée dans le cadre de l’analyse du projet, l’utilisation systématique de caméras portatives par les agents permettrait de diminuer de 20 % le temps de traitement d’un dossier devant les tribunaux.
Les obstacles financiers et les défis logistiques
Bien que l’outil bénéficie d’un large soutien de la population et de certains experts, son déploiement à grande échelle s’est heurté à des obstacles majeurs par le passé. Des projets pilotes ont déjà été menés sur le terrain, impliquant conjointement le SPVM et la Sûreté du Québec afin de tester la faisabilité de l’équipement.
Dans ces deux cas d’essai, ce sont des coûts qualifiés d’exorbitants qui ont freiné l’implantation définitive du programme. Les dépenses considérables identifiées par les organisations sont principalement liées au traitement informatique des images captées, mais surtout à l’infrastructure nécessaire pour leur stockage sécurisé à long terme.
À ces contraintes budgétaires s’ajoute une charge de travail considérable pour le système judiciaire, puisqu’il faut inévitablement que les vidéos soient analysées. Rémi Boivin, un criminologue ayant notamment évalué le projet pilote du SPVM, a expliqué l’ampleur de la tâche : « Les enregistrements des interventions durent souvent en haut de 20 minutes, et la loi prévoit que les procureurs doivent les regarder dans l’intégrité ». Il a précisé que ce volume élevé d’enregistrements à visionner devient ultimement « ingérable ».
Le cadre légal et les limites d’accès public aux enregistrements
Un dernier aspect fondamental du débat concerne la diffusion finale des images captées par les caméras corporelles. Contrairement à la situation observée aux États-Unis, où il est fréquent de retrouver des vidéos d’interventions policières accessibles au grand public sur des plateformes de partage comme YouTube, le système canadien obéit à des règles différentes.
Les citoyens qui s’attendent à pouvoir visionner librement ces enregistrements en ligne risquent d’être déçus par la réglementation en vigueur. La législation actuelle protège la confidentialité des données visuelles recueillies lors des opérations de maintien de l’ordre, limitant strictement leur utilisation au processus de justice officiel.
Le criminologue Rémi Boivin a clarifié cette distinction majeure en rappelant les règles encadrant la divulgation de la preuve au pays. Il a souligné : « Le cadre légal au Canada fait en sorte qu’on ne verra pas les enregistrements sauf si c’est déposé en preuve, mais ce ne sera qu’à la fin des procédures judiciaires ».
Selon la source : tvanouvelles.ca