Liste des pays les plus en danger de manquer de pétrole à cause du détroit d’Ormuz
Auteur: Simon Kabbaj
Un conflit au Moyen-Orient, des conséquences planétaires

La guerre qui a éclaté entre l’Iran et les États-Unis se déroule peut-être à des milliers de kilomètres, mais ses ondes de choc se propagent déjà à travers le monde. Le conflit a débuté le mois dernier, suite à une opération militaire conjointe des États-Unis et d’Israël en Iran qui a entraîné la mort du Guide suprême iranien, Ali Khamenei. La riposte de Téhéran ne s’est pas fait attendre : des attaques de représailles ont visé des bases militaires américaines à Dubaï, au Koweït et au Qatar.
Au-delà du chaos généré dans les transports et les déplacements, cette escalade a eu un effet domino immédiat sur les prix du gaz et du pétrole. La situation est devenue si préoccupante qu’un récent rapport dresse la liste des pays les plus exposés au risque de pénurie de pétrole alors que la tension monte entre les deux puissances.
Le détroit d’Ormuz, artère vitale sous blocus

Le nœud du problème se situe dans le détroit d’Ormuz, un passage maritime stratégique. Avant le début des hostilités, ce couloir voyait transiter quotidiennement pas moins de 40 pétroliers, transportant un volume colossal de 20 millions de barils de pétrole brut. Aujourd’hui, le décor a radicalement changé. L’Iran n’autorise plus qu’une poignée de navires à passer, étranglant ainsi une part significative de l’approvisionnement mondial en pétrole.
Cette situation met une pression immense sur de nombreux pays dont l’économie et la sécurité énergétique dépendent de ce flux continu. Parmi eux, on trouve des destinations bien connues des voyageurs, qui se retrouvent soudain en première ligne d’une crise qui n’est pas la leur.
Le Myanmar et le Vietnam, premiers sur la liste des inquiétudes

Selon l’équipe spécialisée dans les matières premières de la SocGen, le Myanmar est dans une position extrêmement précaire. Plus de 80 % de son approvisionnement en pétrole provient de cargaisons qui doivent traverser le détroit d’Ormuz. Pour ne rien arranger, le pays ne disposerait que d’un mois de réserves de pétrole. Chaque jour de blocage rapproche donc le Myanmar d’une crise énergétique majeure.
Le Vietnam, destination prisée des voyageurs, se trouve dans une situation quasi identique. Il dépend lui aussi à plus de 80 % des navires passant par Ormuz pour son approvisionnement total en pétrole. Tout comme son voisin d’Asie du Sud-Est, on estime que le Vietnam pourrait se retrouver à court de pétrole en seulement un mois si la situation ne revient pas à la normale.
Philippines, Singapour et Thaïlande : des réserves qui s’amenuisent

Autre destination de vacances populaire, les Philippines subissent également de plein fouet les conséquences du conflit. Le pays se procure plus des trois quarts de son approvisionnement total en pétrole via des cargaisons traversant le détroit d’Ormuz. Les dirigeants philippins espèrent, comme les autres, une réouverture rapide du passage.
D’après Forbes, la cité-État de Singapour dispose de 40 jours de réserves de pétrole. Passé ce délai, elle devra trouver une autre source d’énergie, potentiellement bien plus coûteuse, si le conflit perdure. La Thaïlande, quant à elle, est dans une position légèrement meilleure mais tout aussi préoccupante. Le magazine rapporte que le pays a encore 50 jours de stocks de pétrole. En temps normal, cette destination touristique reçoit 400 000 barils par jour via le détroit d’Ormuz.
Une crise qui s’étend à toute l’Asie

Ces cinq pays ne sont certainement pas les seuls menacés par les répercussions du conflit. Forbes a publié une liste plus complète des nations en danger, qui inclut également Taïwan, la Corée du Sud, la Chine, l’Inde, l’Indonésie et le Japon. La dépendance de ces géants économiques au pétrole du Moyen-Orient les place eux aussi dans une position délicate.
Pour aggraver la situation, des responsables qataris ont déclaré le mercredi 18 mars que l’Iran avait lancé des attaques de missiles sur la cité industrielle de Ras Laffan. Ces frappes auraient causé des « dégâts importants » à la principale installation gazière du pays. Dans un communiqué, le ministère des Affaires étrangères du Qatar a réagi : « L’État du Qatar exprime sa forte condamnation de l’attaque iranienne flagrante qui a visé la cité industrielle de Ras Laffan, provoquant des incendies qui ont entraîné des dommages importants à l’installation ». Une telle attaque ne manquera pas d’alimenter la hausse des prix du pétrole dans le monde entier.
Face à la flambée des prix, la riposte de Washington

Alors que la guerre contre l’Iran fait rage, le président américain Donald Trump a mis en place des mesures pour tenter de maîtriser la montée en flèche des prix du pétrole brut, qui a un effet dévastateur sur les citoyens. Les attaques iraniennes et le blocus du détroit ont provoqué la panique sur les marchés de l’énergie. Le West Texas Intermediate (WTI), référence du brut américain, se négocie désormais entre 95 et 98 dollars le baril, soit une hausse d’environ 50 % depuis le début de la guerre, selon Trading Economics.
Les citoyens américains subissent de plein fouet les conséquences, avec une augmentation alarmante des coûts de l’énergie, de l’essence et des produits de première nécessité comme l’alimentation. Comment l’administration réagit-elle ? Trois actions principales ont été engagées.
Les trois leviers activés par l’administration Trump

Premièrement, la levée du Jones Act. Cette loi exige que les marchandises transportées entre les ports américains le soient sur des navires battant pavillon américain, interdisant de fait aux navires étrangers d’acheminer du pétrole et du gaz entre ces ports. L’administration Trump a approuvé cette semaine une dérogation de 60 jours afin d’augmenter le nombre de pétroliers pouvant faire escale dans les ports américains.
Deuxièmement, le déblocage d’une partie des réserves stratégiques. Donald Trump a annoncé qu’il allait libérer 172 millions de barils de pétrole brut. Cette décision s’inscrit dans un accord conclu avec une trentaine de pays membres de l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE), qui ont convenu de libérer un total de 400 millions de barils. Le processus prendra environ 120 jours et constituera une baisse de plus de 40 % des réserves énergétiques américaines, laissant le stock à des niveaux jamais vus depuis le début des années 1980, rapporte Yahoo! Finance.
Enfin, une levée de certaines sanctions visant la Russie. Sans préciser lesquelles, le président a annoncé lors d’un événement en Floride au début du mois : « Nous levons certaines sanctions liées au pétrole pour réduire les prix ». Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a qualifié cette action de « mesure à court terme » visant à promouvoir « la stabilité sur les marchés mondiaux de l’énergie », selon la BBC.
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