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Un trésor enfoui au Royaume-Uni révèle l’existence insoupçonnée de chariots à quatre roues
Crédit: Durham University

Une trouvaille fortuite dans le North Yorkshire

L’année 2021 marque le point de départ d’une investigation archéologique majeure au Royaume-Uni. Peter Heads, un homme utilisant son détecteur de métaux, explore la région de Melsonby, située dans le North Yorkshire. Sa prospection le mène à une découverte fascinante sous la surface du sol. Face à l’ampleur de sa trouvaille, il décide de contacter les autorités compétentes.

Son appel est reçu par Tom Moore, chercheur rattaché au département d’archéologie de l’université de Durham. L’expert se penche sur ces amas d’objets métalliques et détermine rapidement leur origine. Les éléments mis au jour remontent à la fin de l’âge du fer. Cette datation s’insère de manière logique dans la géographie locale.

Ces ensembles ont été découverts à proximité immédiate du « site royal » de Stanwick. Ce lieu est reconnu comme un centre de pouvoir majeur durant l’âge du fer. Une étude plus approfondie du site permet à l’équipe de chercheurs de repérer des artefacts inattendus, dont de nombreuses pièces de véhicules. Ces éléments précis ont depuis modifié la façon dont la technologie et la société britanniques de l’âge du fer sont perçues.

L’inventaire d’un dépôt métallique fragmenté

Une nouvelle étude, publiée dans la revue spécialisée Antiquity, détaille la nature exacte de cette découverte. L’équipe y présente un inventaire comprenant plus de 950 objets. Ces pièces ont été réparties et retrouvées au sein de deux trésors distincts enfouis dans le sol. La composition de ce butin interroge immédiatement les spécialistes.

La plupart des objets sortis de terre sont à l’état de fragments. Selon les archéologues, ces morceaux proviennent d’environ 300 objets qui étaient initialement entiers. Les observations montrent que ces éléments ont été délibérément démontés, endommagés, puis déposés au fond de fossés. Cette destruction intentionnelle soulève de nombreuses questions sur les motivations des personnes ayant enfoui ce matériel.

L’analyse matérielle révèle qu’environ deux tiers des artefacts sont composés d’un alliage de cuivre, tandis que le reste est constitué de fer. La majorité des découvertes provient du premier ensemble, désigné comme le Trésor 1. Le second ensemble, ou Trésor 2, contient pour sa part au moins 88 objets répertoriés par les chercheurs.

La preuve matérielle des premiers chariots britanniques

credit : Alexander Jansen, Durham University

L’aspect le plus notable de cette fouille réside dans la fonction des objets découverts. L’équipe affirme qu’environ les trois quarts des éléments issus des deux trésors semblent appartenir à des véhicules. La structure de ces pièces indique qu’il s’agit très probablement de chariots à quatre roues. Cette proportion massive représente la première preuve de l’existence de tels véhicules en Grande-Bretagne.

La liste des objets liés à ces moyens de transport est longue. Elle comprend des bandages de roues en fer, des supports, des clavettes, des garnitures de joug, des chevilles d’attelage, des boulons, des anneaux de rênes et divers ornements tubulaires. Les archéologues ont identifié d’autres artefacts n’appartenant pas à des véhicules : des récipients (incluant un chaudron), des lances, un miroir en fer, des composants de boîtes, un umbo de bouclier, des fixations de bordure et des morceaux fondus d’alliage de cuivre.

Les auteurs de l’étude détaillent leur conclusion : « La présence de chevilles d’attelage (essentielles pour le mécanisme de direction sur les chariots à quatre roues mais pas sur les chars à deux roues), la taille substantielle de nombreux bandages de roues, les supports et les pièces métalliques surdimensionnées de harnais de chevaux indiquent que le dépôt contient les restes de solides chariots à quatre roues au lieu de, ou en plus de, chars/charrettes plus légers à deux roues. L’assemblage s’élève à un minimum de sept chariots, plus si certains véhicules étaient à deux roues, bien que nous ne puissions exclure la possibilité que des pièces de différents véhicules aient été enterrées plutôt que des exemplaires entiers ».

Datation et hypothèses autour d’une richesse enfouie

credit : Durham University

La méthode de datation au radiocarbone permet de situer l’enfouissement de ces trésors entre la fin du 1er siècle avant notre ère et le début du 1er siècle de notre ère. Bien que ces dates soient considérées comme préliminaires, l’équipe précise que la datation est cohérente sur l’ensemble des éléments analysés. Les styles de certains objets présentent une ressemblance avec des objets romains de la même époque. Cette synchronicité est logique, car elle coïncide avec la période de la conquête romaine du sud de la Grande-Bretagne survenue en 43 après J.-C.

L’objectif initial derrière l’enfouissement de cette « énorme quantité de richesses portables » maintient une part de mystère. Les chercheurs formulent plusieurs possibilités pour expliquer cet acte. Ils indiquent en premier lieu qu’un événement significatif, ou une séquence d’événements, a dû se produire à cette époque pour conduire à la destruction et au dépôt d’une telle masse de métaux travaillés. Ils mentionnent l’existence d’un autre trésor trouvé à proximité, à Stanwick, qui aurait pu être la collection d’un travailleur des métaux destinée à une récupération ou un recyclage ultérieur.

Les auteurs avancent que les deux trésors nouvellement découverts auraient pu avoir une vocation similaire. Le manque de creusets et d’équipements de travail des métaux sur les lieux rend cette hypothèse quelque peu improbable. Les auteurs de l’étude expliquent ce point : « Des fragments d’alliage de cuivre fondu provenant de la terre arable ont été précédemment interprétés comme des déchets de coulée, mais une explication alternative est examinée ci-dessous. L’absence d’usure sur les mors et les ornements en corail et en verre bien préservés sur de nombreuses garnitures de harnais plaident également contre l’idée d’objets en cours de recyclage, car ceux-ci auraient probablement été retirés. La nature structurée de ces dépôts et la composition hautement sélective du matériel réfutent davantage le recyclage ».

Les indices pointant vers une pratique rituelle

credit : Alexander Jansen, Durham University

Face aux limites de la théorie du recyclage, l’équipe se tourne vers une autre possibilité : celle d’un événement funéraire. Cette hypothèse est envisagée malgré l’absence totale de restes humains détectables sur le site. L’observation minutieuse des objets révèle que certains d’entre eux présentent des signes évidents de brûlure ou de fonte. Ces altérations thermiques suggèrent l’exécution d’une forme de destruction rituelle lors de l’enfouissement.

L’inclusion dans ces fossés de récipients de festin et d’autres éléments décoratifs vient appuyer l’idée d’une cérémonie. Les chercheurs écrivent à ce sujet : « Les trésors associés à des événements funéraires n’ont pas besoin d’être définis par la présence de restes humains. Il se peut qu’il n’y ait jamais eu d’enterrement à Melsonby, même si le matériel a été exposé à des bûchers funéraires. Malgré le manque de preuves de crémation dans le North Yorkshire — une pratique qui devenait plus courante dans le sud de la Grande-Bretagne à la fin de l’âge du fer — il reste possible qu’un tel rite ait été pratiqué mais que les restes humains aient été déposés d’une manière qui n’est pas visible sur le plan archéologique ».

De nombreuses questions restent en suspens concernant cet événement historique. Ces nouvelles découvertes offrent un rare aperçu de la richesse, des rituels et des connexions de ce qui constituait probablement les élites de l’âge du fer. Elles mettent en lumière les origines du transport à quatre roues en Grande-Bretagne. L’étude de ces trésors se poursuit actuellement et pourrait continuer à révéler des détails supplémentaires dans les années à venir.

Selon la source : phys.org

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