RRQ : pourquoi les Québécois paieront des centaines de dollars de plus que le reste du Canada
Auteur: Adam David
Un fossé financier qui se creuse entre le Québec et le reste du Canada

Une nouvelle divergence financière se dessine entre le Québec et les autres provinces canadiennes. Alors que le gouvernement de Mark Carney s’apprête à alléger le fardeau des cotisants au Régime de pensions du Canada (RPC), le gouvernement de Christine Fréchette, lui, n’envisage aucune réduction pour le Régime de rentes du Québec (RRQ). Cette décision creuse un écart qui pourra atteindre jusqu’à 284 dollars de plus par an pour certains travailleurs québécois.
La confirmation vient directement du cabinet du ministre des Finances de la CAQ, Eric Girard. Pour les contribuables de la province, cette différence représente le coût de l’autonomie du système de retraite québécois. Une situation qui intervient dans un contexte d’incertitude économique où chaque dollar compte pour les ménages.
Un « cadeau » de 3 milliards de dollars pour les travailleurs canadiens

Le gouvernement Carney a choisi d’offrir un répit aux travailleurs et à leurs employeurs. Annoncée lors de la mise à jour économique par le ministre des Finances, François-Philippe Champagne, cette mesure représente une injection de 3 milliards de dollars qui bénéficiera à 16 millions de cotisants canadiens. Une aide bienvenue alors que le coût de la vie, du logement aux dépenses quotidiennes, pèse lourdement sur de nombreuses familles.
Concrètement, à compter du 1er janvier, le taux de cotisation au RPC de base diminuera de 0,4 point de pourcentage, passant de 9,9 % à 9,5 %. Pour un salarié gagnant 71 100 dollars ou plus, cela se traduira par une économie annuelle de 284 dollars. Cette somme est partagée équitablement : 142 dollars pour l’employé et 142 dollars pour l’employeur. Le travailleur autonome, qui assume les deux parts, profitera de la totalité des 284 dollars d’économie. Naturellement, plus le revenu est faible, plus l’économie réalisée sera modeste.
Il est à noter que cette mesure ne coûte rien au gouvernement fédéral. Le RPC, tout comme le RRQ, est financé exclusivement par les cotisations versées à parts égales par les employés et les employeurs.
RRQ contre RPC : des chiffres qui parlent d’eux-mêmes

Pendant que le taux du RPC s’apprête à baisser, celui du RRQ de base au Québec se maintient à 10,6 %. La comparaison est frappante : les Québécois paieront 1,1 point de pourcentage de plus que les autres Canadiens pour des rentes de retraite pourtant similaires. Cet écart n’est pas anodin et se chiffre en centaines de dollars.
Prenons l’exemple d’un revenu cotisable de 71 100 dollars. L’an prochain, la cotisation au RPC de base s’élèvera à 6 755 dollars. Pour le même revenu, un travailleur québécois versera 7 537 dollars à son RRQ. La différence atteint donc 782 dollars, soit 391 dollars de plus pour l’employé et 391 dollars de plus pour son employeur. Pour un travailleur autonome, le surcoût annuel est de 782 dollars. Cela représente une augmentation de 284 dollars par rapport à l’écart qui existe déjà entre les deux régimes.
Cette divergence est relativement récente. Il faut se rappeler qu’avant 2012, les taux de cotisation au RRQ et au RPC étaient identiques.
La justification de Québec : une démographie et des salaires différents

Pourquoi le gouvernement québécois refuse-t-il d’emboîter le pas au fédéral ? Le cabinet du ministre Eric Girard fournit une explication claire. « Le Québec a fait le choix d’un régime distinct, adapté à sa réalité et ce choix implique certains ajustements, notamment en matière de taux de cotisation », explique sa porte-parole, Amelia Benattia. Elle ajoute que « L’alternative serait de ne pas avoir notre propre régime de retraite et d’adhérer entièrement au RPC ».
Selon Québec, deux facteurs principaux justifient ce taux de cotisation plus élevé. D’une part, la population québécoise est en moyenne plus âgée, ce qui signifie qu’il y a proportionnellement plus de bénéficiaires de rentes par rapport au nombre de travailleurs qui cotisent. D’autre part, les salaires moyens dans la province sont légèrement inférieurs, ce qui a pour effet de réduire les revenus globaux de cotisation perçus par le régime.
Dans cette optique, le maintien d’un taux plus élevé est présenté comme une nécessité. « Dans ce contexte, un taux de cotisation ajusté est nécessaire pour assurer la solidité du régime », conclut Mme Benattia.
Un débat qui n’est pas près de se terminer

Le bureau du ministre Girard tient à souligner qu’une baisse a récemment eu lieu, faisant passer le taux du régime de base du RRQ de 10,8 % à 10,6 %. Une réduction modeste, mais qui est néanmoins rappelée par le gouvernement.
Cependant, cette baisse ne change rien à la nouvelle réalité : l’écart avec le taux de base du RPC qui sera en vigueur le 1er janvier 2027 s’élèvera tout de même à 1,1 point de pourcentage. Face à cette situation, l’auteur de l’analyse originale conclut son texte par un appel direct au gouvernement.
Il invite ainsi « la première ministre Christine Fréchette à alléger la cotisation au RRQ comme vient de le faire Mark Carney pour le RPC », arguant qu’en ces temps difficiles, les Québécois méritent un tel geste.
Selon la source : journaldemontreal.com