Banque de la défense : ce document où Toronto attaque Montréal sur sa langue pour l’emporter
Auteur: Adam David
Une compétition sous haute tension entre Toronto et Montréal

La course est lancée pour accueillir une institution financière d’envergure internationale. D’un côté, Toronto. De l’autre, Montréal. Les deux métropoles canadiennes se disputent l’installation de la future Banque de la défense, un projet d’envergure qui regroupera plusieurs pays alliés de l’OTAN et dont la mission sera de financer des projets stratégiques dans le secteur de la défense.
Dans cette compétition, tous les coups semblent permis. Une bataille d’influence se joue en coulisses comme sur la place publique. Cette semaine, la candidature de Toronto a révélé une partie de sa stratégie, qui consiste à mettre en opposition directe son modèle avec celui de sa rivale québécoise. Une approche qui ne manque pas de faire réagir.
L’offensive de Toronto : l’unilinguisme comme argument de vente

La stratégie de la Ville Reine a été exposée au grand jour dans un cahier de candidature rendu public en ligne cette semaine. Le document, dont le contenu a d’abord été rapporté par le National Post, n’hésite pas à utiliser un angle d’attaque linguistique et politique pour se démarquer. Il fait des allusions peu voilées à la situation politique québécoise, évoquant un potentiel troisième référendum et les lois linguistiques en vigueur dans la province.
Dans une section comparant explicitement les deux villes, le document de Toronto affirme que « l’environnement d’affaires anglophone de Toronto réduit les frictions opérationnelles pour une institution financière mondiale ». Le texte vante également la « stabilité politique sans égale » de la métropole ontarienne, sa « simplicité linguistique et opérationnelle », ainsi qu’un « environnement réglementaire hautement prévisible », libre de toute exigence de « conformité linguistique ou culturelle ».
Un argumentaire à contre-courant du contexte européen ?

Le choix de Toronto de présenter le caractère francophone de Montréal comme une « friction opérationnelle » et de miser sur son propre unilinguisme soulève des questions stratégiques. La décision finale reviendra à Mark Carney, mais sera-t-il sensible à ce type d’argument ? Le contexte même de la future institution semble en effet aller à l’encontre de cette logique.
La Banque de la défense, de la sécurité et de la résilience est pensée comme une institution multilatérale. La majorité de ses membres proviendront d’Europe, un continent où le plurilinguisme est davantage la norme que l’exception. Plus encore, elle sera soutenue par le Canada et l’OTAN. Or, ces deux entités partagent les mêmes deux langues officielles : l’anglais et le français.
Montréal joue la carte du trilinguisme et de l’atout francophone

Face à l’offensive torontoise, Montréal met justement en avant son profil multilingue. Sa candidature s’appuie sur le fait que la métropole québécoise possède la population la plus trilingue du pays, avec un taux de 24 %. Un atout de taille dans un contexte international.
Le ministre responsable de la candidature de Montréal, Christopher Skeete, défend cette vision. Selon lui, le français est un avantage compétitif et non un handicap. « Pour une institution majoritairement composée de pays européens et de membres de l’OTAN, le français est un atout considérable », a-t-il affirmé. La stratégie montréalaise consiste donc à présenter son identité linguistique comme une force d’ouverture sur le monde, en phase avec la nature de la future banque.
Les manœuvres en coulisses du premier ministre ontarien

Cette semaine, le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a tenu à apaiser publiquement les esprits. Lors d’un point de presse mardi, il a assuré ne pas vouloir attaquer les autres candidatures. « Les Montréalais et les Québécois sont des gens bien », a-t-il déclaré. Pourtant, cette main tendue contraste avec des informations rapportées par le journal La Presse.
Selon le quotidien, l’Ontario utiliserait en coulisses l’argument de la souveraineté du Québec pour convaincre les décideurs d’installer la Banque de la défense sur son territoire. Ce n’est pas la première fois que Doug Ford est perçu comme menant un double discours. L’an dernier, il avait ouvertement courtisé les médecins québécois pour les attirer en Ontario, provoquant l’ire du premier ministre François Legault. Cette nouvelle manœuvre s’inscrit donc dans une série d’actions antérieures.
Selon la source : journaldemontreal.com