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Alberta–Colombie-Britannique : plus de 10 ans de tensions qui perdurent
Crédit: lanature.ca (image IA)

Un sommet régional ravivant un long passif énergétique

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Les relations entre l’Alberta et la Colombie-Britannique s’inscrivent dans une dynamique de frictions bien ancrée, particulièrement autour de l’épineuse question des infrastructures énergétiques. Depuis plus d’une décennie, la construction de nouveaux oléoducs alimente un climat résolument froid entre les deux provinces les plus à l’ouest du Canada. Des dossiers industriels majeurs, tels que le projet Northern Gateway ou l’agrandissement du réseau Trans Mountain, ont régulièrement cristallisé ces divergences territoriales et économiques.

Le premier jour de la récente rencontre des premiers ministres de l’Ouest a offert une tribune publique à ce lourd passif. Danielle Smith, l’actuelle première ministre de l’Alberta, a tenu à souligner que ces échanges tumultueux s’enracinent bien avant l’arrivée au pouvoir de son homologue britanno-colombien, David Eby. Dans un paysage médiatique dense, où l’actualité fait état par ailleurs d’appels préventifs destinés aux partenaires de vie de détenteurs de permis de port d’armes, ce sommet régional a remis la géopolitique de l’énergie au centre de l’attention.

Pour illustrer la continuité de ces obstacles institutionnels perçus par sa province, la représentante albertaine a pointé directement les administrations précédentes de la province voisine. « Que ce soit avec John Horgan ou Christy Clark, cela fait plusieurs premiers ministres qui mettent en place des barrières qui nous empêchent d’amener des infrastructures critiques à la côte [du Pacifique]. », a-t-elle déclaré pour marquer fermement sa position lors de cet événement politique.

La défense de l’administration Clark et la règle des cinq conditions

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Face à ces affirmations directes, la réponse ne s’est pas fait attendre du côté des anciens dirigeants visés. Christy Clark, qui a occupé le poste de première ministre de la Colombie-Britannique entre 2011 et 2017, conteste vigoureusement la notion d’obstruction systématique imposée à l’Alberta. Elle insiste publiquement sur le fait que son administration n’a jamais érigé de murs, mais a plutôt structuré un cadre strict pour garantir l’acceptabilité de ces projets d’envergure sur son territoire.

La politicienne détaille l’approche pragmatique de son gouvernement de l’époque en énumérant des exigences précises dictées aux industriels : « Nous avons mis en place cinq conditions, qui étaient les suivantes : élaborer un plan sur les déversements de pétrole sur la côte, développer un plan similaire en cas de déversement terrestre, s’assurer que les Autochtones étaient consultés, faire en sorte qu’une partie de retombées reste en Colombie-Britannique et qu’il y ait une approbation environnementale fédérale. »

Selon les dires de l’ancienne dirigeante, l’ensemble de ces critères stricts a finalement été respecté dans le cadre spécifique du projet Trans Mountain. Elle reconnaît néanmoins que sa fermeté diplomatique a contribué à lui forger une « image de méchante en Alberta ». Pour clarifier son intention initiale, elle précise : « On n’essayait pas de bloquer le pipeline, on le soutenait et on voulait qu’il soit fait de la bonne façon ». Regardant vers l’avenir, elle espère que des figures publiques comme Mark Carney, David Eby et Danielle Smith s’appuieront sur ces cinq conditions, qu’elle qualifie de modérées, pour tout développement futur de pipeline.

Le rôle fluctuant du gouvernement fédéral au fil des mandats

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L’évolution de la dynamique politique autour de l’or noir se mesure également à l’aune de l’interventionnisme du pouvoir central. L’ancienne première ministre britanno-colombienne note un changement de paradigme significatif au fil des successions à la tête du gouvernement fédéral. Cette mutation des rôles institutionnels a progressivement redessiné les rapports de force entre la capitale, Ottawa, et les provinces frondeuses de l’Ouest canadien.

L’analyse de ces différentes époques révèle des postures contrastées au sommet de l’État fédéral. « Stephen Harper voulait un oléoduc, mais il ne s’impliquait pas dans le développement, Justin Trudeau était très impliqué pour empêcher la construction […] et Mark Carney, il en fait la promotion et il s’implique », affirme-t-elle pour synthétiser cette trajectoire politique. L’histoire factuelle montre qu’en 2018, sous le mandat de Justin Trudeau, le gouvernement fédéral a franchi un cap décisionnel majeur en rachetant Trans Mountain, dont la construction est aujourd’hui achevée, tandis que le projet Northern Gateway connaissait un rejet officiel en 2016.

La période ayant suivi l’administration Clark a marqué une césure dans le discours officiel de la Colombie-Britannique. Lorsque John Horgan a pris ses fonctions, poste qu’il a occupé de 2017 à 2022, le ton gouvernemental s’est durci de manière perceptible. L’ancienne première ministre estime que le monde financier et les investisseurs ont abandonné la province à l’instant précis où ce dernier a annoncé publiquement son intention d’ « utiliser tous les outils dans le coffre pour empêcher [l’expansion] de Trans Mountain ».

Mesures de rétorsion, embargos et batailles constitutionnelles

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Les déclarations incisives de John Horgan se sont rapidement traduites par des tentatives d’encadrement législatif restrictif. George Hoberg, professeur à l’École de politique publique de l’Université de la Colombie-Britannique, souligne de son côté que l’administration britanno-colombienne de l’époque a scrupuleusement tenu sa parole politique face à ses électeurs. L’objectif avoué consistait à freiner drastiquement l’acheminement des hydrocarbures en provenance de la province voisine.

Toutefois, le spécialiste universitaire précise que le gouvernement Horgan « mais a échoué, puisque les mécanismes utilisés par la province, comme la loi qui limitait la croissance du transport de bitume [en Colombie-Britannique], ont été jugés inconstitutionnels ». Cette défaite juridique majeure a ouvert la porte à des répliques économiques directes de la part de l’Alberta, qui a rapidement riposté en instaurant un embargo formel ciblant spécifiquement le vin produit dans la province côtière.

L’escalade de ces mesures de rétorsion a franchi un nouveau palier sous l’impulsion de différentes mouvances politiques albertaines successives. Les néo-démocrates, sous l’égide de Rachel Notley, ont d’abord fait adopter une loi stratégique qui permettrait à l’Alberta de contrôler les quantités exactes de pétrole expédiées vers la Colombie-Britannique. L’application effective de ce texte a ensuite été déclenchée par le gouvernement de Jason Kenney lors de son accession au pouvoir. Ce bras de fer institutionnel a inévitablement provoqué une nouvelle bataille juridique entre les deux provinces, aboutissant à une injonction des tribunaux qui a empêché la mise en application de la loi.

Le contexte géopolitique actuel face à l’urgence climatique

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Au-delà des batailles passées, le contexte géopolitique et économique de la période actuelle présente de nouvelles variables selon l’analyse de George Hoberg. Les alignements internationaux pèsent considérablement sur le niveau d’acceptabilité de ces projets d’infrastructures énergétiques au sein de la population. « Je crois que la relation avec les États-Unis en ce moment a rendu les gens plus ouverts au développement [pétrolier] », décrypte le professeur.

L’équilibre politique interne de l’Alberta continue également de dicter la trajectoire de la province sur le front environnemental. L’expert observe les récentes concessions de l’exécutif sous le prisme direct des tensions souverainistes locales qui animent la région. « S’il n’y avait pas autant de pression pour la séparation de l’Alberta, je ne crois pas que le gouvernement aurait autant reculé sur autant de ses politiques climatiques », avance-t-il pour expliquer les orientations stratégiques récentes.

Le format institutionnel des tractations contemporaines suscite cependant de profondes interrogations chez l’universitaire. Il juge qu’il est « inhabituel » que le gouvernement de la Colombie-Britannique ne fasse pas partie des négociations actuelles, et qualifie de « choquant » le fait que les peuples autochtones ne soient pas consultés dans ce processus. L’enjeu environnemental global demeure l’épicentre de sa réflexion finale : « C’est très inquiétant que le gouvernement de l’Alberta et le gouvernement du Canada soient déterminés à accroître les infrastructures pétrolières alors que la situation climatique empire », conclut-il.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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