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Des scientifiques ont trouvé des traces d’humains de l’ère glaciaire là où elles ne devraient pas être
Crédit: lanature.ca (image IA)

Une survie inexplorée lors du pic glaciaire

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Comment les populations anciennes parvenaient-elles à survivre durant les périodes les plus glaciales de notre histoire ? De récentes fouilles révèlent que des réseaux de grottes en Serbie portent les traces d’une occupation humaine durant la seconde moitié de la dernière ère glaciaire. Ces découvertes montrent que des humains occupaient les Balkans à une époque où d’autres parties de la région restaient totalement inhabitées.

Une nouvelle étude, publiée dans la revue scientifique Quaternary, vient éclairer cette période obscure. Une équipe de recherche internationale a mené des fouilles approfondies dans les grottes des montagnes de Serbie. Les scientifiques y ont trouvé des preuves irréfutables d’une présence humaine s’étalant précisément entre 25 000 et 19 000 ans avant notre ère, ce qui correspond à la seconde moitié du pic glaciaire.

Loin d’être de simples abris de fortune, ces grottes servaient de foyers à court terme, un fait que les spécialistes ignoraient jusqu’à présent. En se réfugiant dans les cavités des Balkans centraux durant la partie la plus froide de notre histoire ancienne, ces humains ont fait preuve d’une résilience inconnue des chercheurs. Cette capacité d’adaptation ouvre aujourd’hui une perspective inédite sur la flexibilité géographique de l’espèce humaine.

Le refuge inattendu du stade isotopique 2 marin

credit : lanature.ca (image IA)

Cette occupation humaine correspond au stade isotopique 2 marin, plus communément appelé le dernier maximum glaciaire. Les données recueillies indiquent que les Balkans centraux ont fonctionné comme une sorte de refuge géologique pour les humains face à cet extrême écologique particulièrement rude.

Durant cette époque lointaine, d’immenses calottes glaciaires recouvraient l’Europe, tandis qu’une toundra-steppe au froid glacial s’étendait sur le continent. Les populations humaines ont alors chuté drastiquement. Les individus qui parvenaient à survivre se regroupaient généralement dans des refuges côtiers au climat doux, près de la mer Méditerranée. Selon cette nouvelle découverte, ils trouvaient également abri dans les montagnes escarpées de Serbie.

L’équipe a concentré ses fouilles sur trois sites caverneux situés dans les gorges calcaires et les vallées fluviales du bassin de la rivière Morava. Les indices récoltés laissent penser que la population vivant dans ces grottes était clairsemée et constituée d’habitants à court terme. En combinant ces éléments avec les informations issues des occupations de la mer Adriatique, les chercheurs estiment désormais que les humains rebondissaient d’un site à l’autre entre ces deux zones.

L’arsenal des chasseurs dans les canyons de l’est

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Les auteurs de l’étude classent les trois sites étudiés comme des grottes de petite à moyenne taille. Ces abris sont tous situés dans des canyons étroits et protégés, formés par des affluents de rivières plus importantes. Cette configuration géographique reproduit un modèle observé ailleurs en Europe de l’Est.

La densité du matériel archéologique reste relativement faible dans l’ensemble des trois sites. Les principales trouvailles matérielles se composent de pièces d’outils retouchées, ainsi que de différentes versions de lames et de lamelles, ces dernières étant tout simplement de petites lames.

« La forte proportion de lamelles suggère la présence et l’entretien d’armatures avec des inserts microlithiques », écrivent les auteurs de la recherche. « Il est courant de supposer que de tels outils composites étaient principalement des armes de chasse, mais en fait, une gamme de fonctions beaucoup plus large est possible. »

Velika Pecina : l’artisanat de l’os au bord de la rivière Noire

La grotte de Velika Pecina se distingue par sa topographie singulière. Le site comprend une cavité complexe creusée le long de la falaise calcaire presque verticale, située sur la rive nord de la Crna Reka, que l’on traduit par la rivière Noire.

L’espace principal abrite une chambre centrale mesurant 23 pieds de large sur 26 pieds de profondeur. Bien que de taille modeste, ce lieu a livré de précieux témoignages sur le quotidien de ses anciens occupants sous la forme de vestiges organiques remarquablement préservés.

L’équipe scientifique y a découvert une collection restreinte, mais diversifiée, d’artefacts en os. Le lot comprend notamment deux fines alênes, ou aiguilles, dont les bases sont toutes deux manquantes. Ces objets raffinés s’accompagnent de multiples fragments d’os travaillé, de bois de cerf et d’ivoire.

Des cavernes inaccessibles aux multiples fonctions

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Le deuxième site, la grotte de Velika Vranovica, est une vaste cavité à flanc de falaise dont l’accès a exigé de l’équipement d’escalade de la part de l’équipe. Elle se compose d’une seule chambre de 131 pieds de profondeur, dotée d’un sol en pente qui intègre une série d’abris sous roche peu profonds.

À l’intérieur de Velika Vranovica, les fouilles ont mis au jour des artefacts en pierre taillée. L’analyse des sols a révélé la présence d’ossements de bisons, de bouquetins et de lynx portant des signes de prédation, ce qui suggère que des animaux ont pu utiliser la grotte comme tanière à certaines périodes.

La troisième grotte, Pecina kod Stene, se trouve cachée dans un canyon étroit et sinueux. Ce site se caractérise par des passages étroits menant à de multiples petites chambres. C’est dans ce labyrinthe naturel que l’équipe a retrouvé des fragments de lamelles retouchées.

Une mobilité insoupçonnée face au tumulte climatique

À mesure que les environnements locaux réagissaient aux changements climatiques mondiaux, les populations humaines ajustaient leurs comportements. Elles entraient et sortaient de différentes régions selon ce que la disponibilité alimentaire et l’environnement permettaient ou dictaient.

Les preuves issues de ces grottes révèlent une mobilité humaine inconnue jusqu’alors pendant l’ère glaciaire. Elles lient les populations humaines à des paysages qui répondaient aux besoins des chasseurs-cueilleurs à un moment précis dans le temps. Chaque site présentant une combinaison différente d’outils, ces lieux spécifiques jouaient très probablement des rôles variés pour le groupe plus large de chasseurs-cueilleurs mobiles.

L’ensemble de ces découvertes renforce l’idée que les Balkans centraux ont servi de refuge glaciaire pour les plantes et les animaux, mais tout autant pour les populations humaines. Sa topographie accidentée et sa diversité écologique offraient des poches de paysage habitable, même au plus fort de la période glaciaire. De nouvelles fouilles et datations de ces grottes, ainsi que d’autres sites à travers la région, pourraient révéler de manière encore plus précise à quel point ces peuples se sont accrochés continuellement, ou par intermittence, à ce coin d’Europe alors qu’une grande partie du continent était prisonnière de la glace.

Selon la source : popularmechanics.com

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